Ad Vitam Æternam #0

« Un oiseau né en cage pense que voler est une maladie » (Alejandro Jodorowsky)

« L’électroencéphalogramme a détecté une activité cérébrale anormalement intense. Vous avez fait un cauchemar. Ce n’était pas réel. Tout va bien. Le Ministère de la Santé Inaltérable et de la Vie Éternelle a jugé bon de vous réveiller, dans un souci de préservation de votre santé mentale. » C’est en effet le son aigrelet et insidieusement pénétrant émis par son lit médicalisé qui a réveillé Ava#1506. Pas les terrifiantes angoisses de morcellement et de liquéfaction auxquelles elle était en proie dans son rêve, ni cette sensation vertigineuse de chute sans fin vers un abîme dont elle ignorait tout. A présent assise en sueur dans son lit mouillé, il ne lui reste en mémoire que quelques bribes embrumées de rêve, un songe angoissé où il était question d’enlèvement et de séquestration, et dans lequel elle était le personnage principal. Plusieurs fois elle avait tenté de sortir de ce cauchemar, imaginant son réveil, sans succès. Ava déteste être tirée du sommeil par l’alarme sournoise de son lit, mais elle apprécie malgré tout d’être enfin sortie de ce délire onirique. Bien qu’elle soit à présent éveillée, un poids oppresse toujours sa poitrine et son cœur y cogne violemment, semblant vouloir en sortir.

Alors qu’elle tente de retrouver son souffle et que ses tempes pulsent sous l’afflux de sang, la voix synthétique monocorde reprend son laïus : « Poids : stable. Ratio masse musculaire/masse graisseuse : stable. Température : normale. Contractions spasmodiques dans les membres inférieurs détectées. Calcul de votre taux d’oxygénation, de votre tension et de votre rythme cardiaque en cours. Veuillez patienter… Paramètres supérieurs à la normale. Il va vous être administré un sédatif. Vous retrouverez le sommeil rapidement. Reposez-vous bien. N’oubliez pas : vous avez survécu à l’Apocalypse. Vous avez été élue pour participer à notre grand projet, « Ensemble, tuons la mort ». Nous comptons sur vous. Vous êtes indispensable à notre succès. Le Ministère de la Santé Inaltérable et de la Vie Éternelle vous souhaite une bonne fin de nuit ». Avant qu’elle n’ait le temps de penser à tenter une quelconque esquive, un garrot métallique jaillit du côté gauche du lit et lui enserre brutalement le biceps. Un bras articulé se terminant par une seringue surgit à son tour et lui injecte aussitôt une dose de tranquillisant, laissant sur sa peau un point rouge et douloureux cerné d’un petit halo violacé. Une vague de douceur monte en elle, ses paupières ourlées de sel séché se détendent, ses mâchoires se desserrent, sa respiration ralentit et une douce torpeur l’envahit. Ses pensées freinent leur course, elle ne les subit plus, elle se sent rassérénée et profite un moment du calme revenu.

Bien que confortablement lovée dans cette sérénité chimique, Ava ne se sent pas en état de se rendormir. Un genre d’excitation souterraine la maintient en éveil, les sens aux aguets, la psyché sur le qui-vive. Elle se rend compte qu’elle y voit presque comme en plein jour et que la lune est pleine, énorme, et irradie comme un gigantesque soleil sombre et froid marbré de veinules et martelé de cratères. Une auréole mordorée encercle le disque de lumière qui revêt ce soir des allures de projecteur cosmique braqué sur elle. Comme hypnotisée par l’astre, elle reste un moment figée, paralysée par sa beauté et la puissance de son magnétisme. La stupeur passée, elle fait le lien avec son cauchemar ; depuis quelques mois, elle est sujette aux mauvais rêves les soirs de pleine lune, sans qu’elle ne puisse s’expliquer le phénomène plus avant. Elle a un moment pensé à un lien quelconque avec ses menstruations, qui semblent coïncider avec la pleine lune ; avant ses règles, elle est toujours irritable, sous tension, parfois triste et déprimée aussi, parfois tout ça à la fois. Il faudrait qu’elle en parle au médecin de l’étage, pense-t-elle, peut-être existe-t-il un remède pour améliorer cet état prémenstruel, sans pour autant passer par la stérilisation recommandée par le Père et récompensée d’une prime. Elle préfèrerait ne pas en arriver là, mais aimerait se débarrasser de ce mal-être récurrent. Et puis le Ministère ne cesse de le répéter : les émotions négatives ne sont pas souhaitables, ce n’est pas en les laissant gagner du terrain que les Elus vont réussir à tuer la mort. Et c’est le but ultime de tous les habitants de la Tour, cet immeuble titanesque spécialement bâti par le Père et son Ministère pour protéger les Elus de l’extérieur, de ses émanations toxiques et de ses températures extrêmes. Ça fait longtemps qu’elle ne regarde même plus le paysage à travers la vitre, étant donné qu’elle ne pourra jamais en fouler le sol, qui s’étire comme une mince couverture aux pieds du building. A vrai dire, on lui a tellement rabâché les dangers de l’extérieur qu’il l’effraie au plus haut point et qu’elle n’a jamais songé à tenter une sortie, formellement prohibée et, de toute façon, impossible ; aucune porte, aucun accès d’aucune sorte ne permet de sortir de la Tour, hermétiquement close. L’univers d’Ava se limite à ce gratte-ciel sécurisé et à sa chambre, conçue pour garantir une santé optimale : un lit médicalisé, une table et un fauteuil, un ordinateur, un cabinet de toilette, une penderie, un placard à vivres et un réfrigérateur, fermés automatiquement seize heures par jour dans le but de maintenir son poids de forme. Le Père a vraiment pensé à tout. Tout ce dont elle a besoin tient dans cet espace. Quand elle ne travaille pas comme vendeuse chez Dita, le magasin de lingerie rétro non connectée de l’étage 166, elle aime à rester dans le cocon de sa chambre, surfant la plupart du temps sur l’Internet de la Tour, piochant à l’occasion dans son Capital pour se faire quelques petits plaisirs : un nouveau T-shirt, une nouvelle paire de baskets, rarement plus.

Le sommeil se faisant décidément désirer, elle décide d’allumer son ordinateur, pour une petite balade sur la toile et peut-être quelques emplettes, pourquoi pas. Elle ouvre son laptop, entre son mot de passe et aussitôt une volée de pop-ups envahit l’écran : conseils fitness, tutoriels coiffure et maquillage prodigués par l’épouse du Père, modèle vivant de féminité, belle comme une poupée blonde et qui conseille aussi celles qui veulent cuisiner, leur donnant des idées sur la manière d’accommoder les livraisons de nourriture hebdomadaires du Ministère. Un teaser de l’émission quotidienne du Père suit, puis un résumé des moments de « Vis comme un psychotique des temps passés » qu’il ne fallait pas manquer. Les spots publicitaires s’enchaînent, tout en couleurs criardes, mouvements épileptiques et bandes son haletantes, rappelant ce qu’aiment les hommes, et ce que doivent faire les femmes pour les satisfaire. Tout le monde y est beau, jeune, mince et en pleine forme, performant et plein d’une reconnaissance sans bornes envers le Père. Dans quelques minutes va commencer un nouvel épisode de « Vaincre l’insomnie », cette émission de télé-réalité où des candidats tentent de s’endormir dans des conditions extrêmes : bruit assourdissant, froid polaire, chaleur infernale, vents violents, pluies diluviennes, puanteurs pestilentielles, rien ne leur est épargné. Au passage, l’animateur survolté et au grand sourire blanc éclatant glisse des trucs et astuces pour permettre de trouver le sommeil rapidement et prétendument en toutes circonstances. Mais cette nuit, Ava n’a pas tellement envie de se rendormir, elle a plutôt envie de profiter de ce temps libre pour écouter de la musique, un de ses petits plaisirs occasionnels.

A la recherche d’une parenthèse sonore sympathique, elle scroll dans la sélection officielle du Ministère, sans être emballée plus que ça par les titres proposés : « Notre Père qui êtes si généreux », « Le Miracle de la Science », « Demain l’Immortalité », autant de chansons qu’elle apprécie mais qu’elle a entendues mille fois dans les magasins, les ascenseurs et les couloirs de la Tour. Non, cette nuit elle a envie de nouveauté. Ne sachant pas par où commencer à chercher, elle regarde autour d’elle, en quête d’une inspiration quelconque. Et là, énorme, lui faisant face, l’évidence surgit : la lune sera le thème de ce moment de musique nocturne. Dans le moteur de recherche elle entre « lune », « lunaire », « astre », « nuit », et aussitôt apparaît un titre : « Le Pierrot Lunaire — Arnold Schoenberg, 1912 ». Elle n’a jamais entendu parler de ce compositeur, mais aime généralement les œuvres du 20e siècle, et se dit encore une fois qu’elle aurait du vivre à cette époque ; ce n’est pas pour rien qu’elle a choisi de travailler dans un magasin de lingerie rétro non connectée, celle qui ne capte ni la température, ni le pouls, ni l’acidité de la sueur, rien. Ce siècle lui inspire la liberté. C’était avant que tout ne soit contrôlé en permanence par des caméras, micros et capteurs infrarouges omniprésents. Cela devait aussi avoir un côté dangereux, se dit Ava. Le Père ne régnait pas encore, et elle a du mal à imaginer comment pouvait fonctionner une société sans Lui. Ce chef absolu la rassure malgré tout, elle est persuadée qu’il est bienveillant.

Tout sourire, elle clique avec empressement sur le lien et attend que la musique débute. « Attention, vous allez écouter un programme que le Ministère n’approuve pas. Voulez-vous continuer ? ». Les commissures des lèvres d’Ava retombent. Elle ne pensait pas que cette musique puisse être nocive. Elle clique « Oui » malgré tout, animée par la curiosité. « Il vous sera retiré 15 points sur votre Compte Libre Arbitre. Êtes-vous sûr de vouloir continuer ? » « Oui ». Elle ronchonne mais se dit qu’elle s’en fiche, elle ne se sert jamais de ce compte et possède encore tous ses points. Enfin, plus pour longtemps, se dit-elle. « Attention, vous allez écouter ce programme à vos risques et périls. Le Ministère de la Santé Inaltérable et de la Vie Éternelle décline toute responsabilité quant aux éventuels dommages auxquels vous vous exposez en continuant. Confirmez-vous que vous voulez continuer ? » « Oui ». Ava a cliqué sur ce dernier « Oui » avec agacement, mais regrette aussitôt son mouvement d’humeur et prend une grande inspiration pour se détendre. Et elle compte aussi sur la musique pour lui donner un petit coup de pouce dans son entreprise de retour au calme. Elle se réjouit de ce qui va venir, quand un message rouge vif envahit tout l’écran. Un point d’exclamation se dresse derrière le texte qui apparaît, occupant tout l’arrière plan. « Erreur #666. Nous regrettons, après vérification, ce contenu est en cours de validation. Il ne fait pas encore partie des contenus accessibles via le Compte Libre Arbitre. Le Ministère de la Santé Inaltérable et de la Vie Éternelle ne vous autorise pas y accéder. Veuillez entrer une autre requête. » Ava soupire bruyamment et peste un moment, puis commence à envisager une autre recherche quand, soudain, contre toute attente et sans qu’elle ne puisse s’expliquer pourquoi ou comment, le morceau débute. La jeune femme retient son souffle, un brin inquiète ; elle n’a jamais écouté de programme non autorisé, et appréhende ce qui va suivre. Et si elle faisait un malaise ? Et si des pensées négatives pénétraient sa psyché, la rendant folle, ou pire, violente ? Et si, et si… ? Pour se rassurer, elle se dit qu’elle peut toujours presser le bouton rouge de son lit pour appeler l’infirmier de garde de l’étage, mais cette idée ne la réconforte pas plus que ça. En arrêt, la bouche entrouverte et les yeux rivés sur son ordinateur, elle est tout ouïe.

Les premières notes de piano lui évoquent des gouttes d’eau qui tombent, cristallines, brillantes, légères. Une voix de femme aux consonances lyriques se joint à elles, chantant dans une de ces langues anciennes qu’Ava ne connaît pas, peut-être de l’allemand, mais elle n’en est pas sûre. Le chant flirte avec la déclamation, et le duo qu’il forme avec le piano lui fait penser une scène tirée d’une pièce de théâtre. Une flûte s’immisce dans le dialogue du clavier et de la soprano, venant insuffler des intonations fluides à ces harmonies inouïes, étranges et intrigantes. Un violon apparaît, ajoutant encore au côté imprévisible et libre de cette musique qui ne ressemble en rien à celle préconisée par le Ministère ; alors que les chansons officielles sont carrées, lisses, guindées et que rien n’en dépasse, cette musique semble palpiter, être secouée de spasmes puis se détendre, respirer à la manière d’un être intelligent doué de vie. Elle fait à Ava l’effet d’un petit animal merveilleux, indomptable et un poil polisson. Une impression de magie s’en dégage, avec les accents hypnotiques et un peu inquiétants de rigueur. La jeune femme se laisse envouter par ce son enjôleur, quand, environ trois minutes après le début de l’œuvre un accord encore plus dissonant que les autres envahit l’espace sonore, un genre d’agrégat de notes grinçant, totalement neuf à ses oreilles. Sans qu’elle ne puisse se l’expliquer, son corps est aussitôt envahi d’une douce chaleur et d’une joie indicible, comme si le Ministère lui avait injecté une drogue nouvelle et délicieuse. Ava ferme les yeux et laisse l’euphorie l’emporter. Son ventre semble s’ouvrir et recevoir un amour inconditionnel, une espèce d’orgasme diffus lui emplit les entrailles, puis s’étire jusque dans ses membres, ses doigts. Elle n’a jamais rien vécu de tel et goûte un moment cette sensation exquise. Elle a l’impression de vivre pour la première fois, comme si une énergie inédite en elle, puissante et inconnue, était enfin libérée. Ava rouvre les yeux et ne peut s’empêcher de se précipiter à la fenêtre pour observer le ciel, avide de ce qu’elle va y découvrir. Elle en a non seulement envie, mais besoin. Des teintes de cendres, violettes, pourpres, blue-jean délavé, vert de gris et céladon s’offrent à son regard, entraînant celui-ci dans des zones merveilleuses de la palette chromatique qu’il ne connaissait pas encore. Des rayons de lumière de lune filtrent à travers les nuages, donnant à ces boules de coton duveteuses des reliefs et une profondeur qu’elle n’avait jamais perçus auparavant. Elle se surprend à se figurer des saynètes entre ce qui ressemble à un lapin et un oiseau, puis entre une homme barbu et une grenouille. Schoenberg accompagne leurs petites aventures dans les nues, les inspirant. Cette musique incroyable semble révéler la beauté du monde. L’énergie de la jeune femme s’en trouve décuplée, elle a subitement envie de courir, de sauter, danser et chanter, et, dans un mouvement spontané, elle se rue vers la porte de sa chambre, afin d’avoir plus de place pour laisser son corps exulter. Le temps semble s’accélérer et la voilà bientôt dans le couloir de l’étage 169, s’ébrouant comme un jeune chaton enthousiaste, un sourire extatique fixé à son visage. Bien que la musique ne l’accompagne pas dans sa course, sa respiration reste calée sur le rythme de la partition, qu’elle a parfaitement intégré. Elle papillonne sur la moquette moelleuse à bouclettes d’une porte de chambre à l’autre, parcourant avec souplesse et légèreté l’étage réservé aux habitations des vendeurs et commerciaux. Ses cabrioles la mènent rapidement vers l’ascenseur, et l’envie irrépressible l’assaille de descendre au rez-de-chaussée, là où s’étend le Panorama, un hall circulaire et tout en baies vitrées, un espace vierge de tout commerce et toute chambre, où seul l’extérieur occupe le champ de vision. Elle n’y est jamais allée, et peu d’Élus s’y rendent, étant entendu que rien d’intéressant ne s’y passe. C’est du moins ce qu’elle pense habituellement, mais pas cette nuit, pas après avoir entendu cette partition stupéfiante. Elle presse le bouton vert et les portes s’ouvrent sur un espace rectangulaire, d’une vingtaine de mètres de long sur une dizaine de large, tout hérissé de sièges ergonomiques munis de ceintures de sécurité. Elle s’arnache, appuie sur le zéro de la télécommande du siège baquet et la voilà violemment propulsée vers le bas, quelques mèches de ses légers cheveux blonds en l’air. 50, 40, 20, 10, le véhicule ralentit sa course, 5, 3, 1, 0. Les pieds sur Terre. Pour la première fois. Un peu fébrile, tremblante d’excitation, elle se détache et sort de l’ascenseur à la rencontre de la nature.

Le hall est vide, gigantesque et baigné de lumière de lune, son haut plafond est soutenu d’imposants piliers de granit gris, son sol est blanc, lisse et froid sous ses pieds nus d’Ava, comme une patinoire de pierre. Elle traverse cet espace mégalomaniaque avec hâte, passant furtivement devant une gigantesque statue monolithique du Père aux allures autoritaires, et va coller ses paumes et son visage contre la vitre fraîche. Sa respiration rapide y fait un rond de buée, alors elle recule d’un pas et écarquille les yeux. Derrière le verre blindé, les arbres ont les pieds dans le cours du fleuve qui approvisionne la Tour en eau. Leurs racines noueuses et enchevêtrées affleurent une petite plage de sable blond et de terre noire. Ava fait immédiatement le parallèle avec ses veines, dont le dessin sous sa peau rappelle étrangement ce qu’elle voit derrière la vitre. Leurs branches lui évoquent des poumons, ou un système nerveux, en tout cas quelque chose d’un organisme parfaitement équilibré, et elle se sent en communion avec eux. Il lui semble que, bien que séparées physiquement par la cloison transparente, la nature et elle ne font qu’un. Ava se fond dans l’arbre, son écorce, les fleurs roses ou blanches qui bourgeonnent sur ses branches en ce début de printemps, elle est le fleuve qui frissonne, son clapotis muet et les éclats de lune tombés dedans, elle est la roche, le lichen et la mousse qui y prospèrent, elle est l’herbe, la pâquerette et le moucheron posé dessus, elle est l’air et la terre. Et ils sont elle. Tous, ils partagent l’instant, ici et maintenant. La nature résonne en elle, avec elle, et vice versa. Tout est à sa place, calme, serein, paisible. Rien à voir avec la nature sauvage et hostile que décrivent le Ministère et la propagande du Père à longueur de journée. Se laissant tomber à genoux, elle observe la terre humide et ses habitants, araignées minuscules, vers filiformes et autres petites créatures fascinantes. De microscopiques fourmis rouges entreprennent une mission délicate mais qu’elles réussiront, celle de déplacer une libellule morte pour aller la manger à l’abri de leur fourmilière. Leur proie est cinquante fois plus grosse qu’elles, mais, en nombre, elles sont les plus fortes. Cette vision éveille en Ava un sentiment confus, mélange d’angoisse et d’espoir, de révélation et de culpabilité. Submergée par l’émotion et en colère, elle se met à frapper la vitre de ses poings. Un cri déchire sa gorge et le silence du hall. Elle tambourine avec rage, ses poings rougissent, son visage aussi, elle hurle, elle veut sortir de là, elle veut aller embrasser les troncs dehors, elle veut sentir le vent, autrement que dans un simulateur de réalité. A ce moment précis, elle n’a plus peur de l’extérieur, elle sent qu’elle appartient à ce qu’elle voit dehors. De grosses larmes roulent sur ses joues et un sentiment de claustrophobie l’envahit. Alors qu’elle est secouée de violents sanglots et qu’elle commence à suffoquer, une main gantée se pose brutalement sur son épaule, et un masque épouse son visage.