Yvonne — Marrainer de grands projets

Quand @bertrandmocquet m’a proposé d’être “marraine” du réseau VP TICE (Vice président des universités voué à la transformation numérique) cela m’a fait rire. J’ai toute de suite pensé à Yvonne de Gaulle, son chapeau, son sac, cassant une bouteille de champagne sur le flanc aride du France, entourée d’évêques psalmodiant d’inaudibles bénédictions. Ou à Madame Chirac collectant pour JF Dhainaut les pièces jaunes qui ont financé dit-on la maison de l’adolescence à Cochin.

Mais il y a d’autres images plus charmantes de marraines efficaces, les deux plus épatantes sont celles de Cendrillon et de Peau d’Ane. Delphine Seyrig, voilà le top de la marraine qui réussit.

Quel grand projet a cette association de VP Numérique pour s’associer une marraine à baguette connectée (si seulement !) ? La transformation numérique de l’ESR (Enseignement Supérieur et Recherche), pas moins.

Du Vice président chargé des TICE aux VP “Transformation numérique”

Il y a un peu plus de dix ans, les premiers VP TICE sont apparus. Comme les VP Vie étudiante, ils étaient nommés par les présidents et donc moins dignes que les VP CA et CEVU, élus. Dans bien des cas ils sont apparus parce qu’un grand projet pédagogique, un campus numérique, une université virtuelle, de l’enseignement à distance, un usage massif d’un LMS (Learning Management System) imposait un contre-poids à l’hégémonie des systèmes informatiques de gestion. Cela peut sembler absurde mais auparavant l’informatique collait strictement à la gestion et le métier universitaire, enseignement et recherche, n’apparaissait pas dans la gouvernance ni dans l’organigramme fonctionnel, ni dans les ressources opérationnelles. C’était il y a très très longtemps.

Presque aussi longtemps que le lancement du France. Un autre temps.

Aujourd’hui si la situation est plus équilibrée, et si les VP TICE sont remontés de beaucoup d’étages en répandant la dénomination VP numérique, ou même VP chargé de la transformation numérique, la gouvernance de la transformation pédagogique reste peu lisible au niveau des universités et encore moins au niveau des COMUES.

La pédagogie “numérique” carrefour de tous les processus

Or la transformation numérique pédagogique de l’ESR est la clé de la qualité de nos universités : la pédagogie est le carrefour de la recherche, de l’enseignement et de la vie étudiante. C’est là que se rencontrent absolument tous les usagers de l’ESR, étudiants, enseignants, vacataires en nombre immense (et dont l’apport n’est jamais analysé ), adultes (FTLV — Formation Tout au Long de la Vie). C’est là que convergent tous les processus de gestion de la scolarité, inscription, notes, diplomation, logistique, emplois du temps, wifi, bibliothèques et bibliothèques numériques, resto U, learning center, centre de langues, coworking spaces…

Les VP numériques ont un beau chantier devant eux, amplifier, rendre visible, la transformation numérique pédagogique. Passer de bibliothèques de ressources à de nouveaux usages des universités. Nos étudiants ne viennent plus seulement “nous écouter”. Ils viennent travailler dans les murs. Ils veulent se retrouver, concilier sociabilité, engagements de vie (association, sport, solidarité, culture), et études. Que cela plaise ou non, ils viennent vivre une expérience de vie, une expérience d’apprentissage, et les espaces universitaires mutent des salles de cours en espaces de co-travail, mutent en learning centres. On y apprend à apprendre. Apprendre à apprendre, le vrai métier de toujours d’un étudiant. Sauf que. La bascule du teaching au learning met cul par dessus tête pas mal de rites, pas mal de configurations et crée d’énormes besoins d’un redesign des universités. Les espaces, bien sûr, les bibliothèques, les salles de cours, les cafeterias. Mais aussi les “services”, qui vont devenir user centric. Nous attendons tous l’équivalent d’un CRM pour accueillir et accompagner les étudiants de l’inscription à la formation tout au long de la vie. Nous attendons tous une politique des données (learning analytics, recherches sur l’apprentissage, valorisation et protection).

Les universités ne sont plus des lieux où, essentiellement, on écoute en étant assis.

Pour avancer sur tous ces sujets, les VP se rassemblent en association. Ils ont bien raison. C’est la bonne voie pour partager, amplifier, organiser l’université du partage, ouverte à toutes les idées, pour potentialiser les expériences, les convictions, les idées.
Et en se faisant marrainer, c’est tout le Conseil national du numérique qu’ils impliquent, un conseil convaincu que l’éducation est la question brûlante pour nos sociétés, et que l’ESR a la grande mission d’embrasser tous les problèmes et de dessiner le devenir. L’ESR qui doit non seulement assurer sa propre transformation numérique mais également faciliter la pollinisation de la société par le savoir. En quelque sorte, l’ESR est le carrefour où se pensent les évolutions techniques et sociales, de pouvoir et de savoir, et un creuset pour maitriser des évolutions, pour imaginer et expérimenter des modes de pensée, de recherche, de création, d’entreprise.

Les VP Numérique interlocuteurs de l’écosystème numérique

En se constituant en association, les VP numérique vont devenir pouvoir travailler de façon transversale entre universités, au sein des COMUEs et entre régions. Ils vont pouvoir s’organiser pour une veille internationale, pour présenter leur approche auprès d’instances de décisions. Ils gagneront en compétence pour évaluer avec les DSI les partenariats industriels. Ils pourront s’adresser en tant que “métier” aux collectivités. Ils seront des interlocuteurs pour de nombreuses questions que se posent les publics en formation sur le devenir numérique de nos universités.

A un moment crucial où de nombreux aspects de la mission des universités, l’insertion professionnelle, la certification, l’aide à la réussite, les réseaux d’alumni, l’édition savante, la mise à disposition de contenus pédagogiques, la formation tout au long de la vie, se retrouvent sous des formes complémentaires ou concurrentes dans des communautés d’apprentissage autonomes ou pilotées, coopératives ou marchandes, il était temps que les VP officialisent une forme de professionalité, ou d’expertise,par cette joyeuse organisation qui rassemble des talents très divers et donne toute la palette de compétences d’où émergeront les nouveaux Chief Digital Officers dont l’ESR a besoin