Etre ou ne pas être un entrepreneur

Tout créer soi-même, y compris qui on est ?

Si vous êtes comme moi, vous avez sans doute remarqué que depuis le début de cette décennie, être un entrepreneur est devenu le mojo, le but de vie de beaucoup de jeunes, les fameux Millenials.

Et l’entrepreneuriat ne fait pas rêver que les générations X et Y.

Depuis quelque temps, quand on lit les pages économiques des magazines, quand on regarde les médias télévisés et en ligne, il semble que les seules personnes dont on parle soient ceux et celles qui ont lancé leur startup.

Etre un entrepreneur devient presque le seul objectif d’une vie qui se veut réussie.

Et les licornes du web (les startups devenues multimilliardaires, comme Amazon, AirBnB, Über ou Alibaba) sont devenues le Graal.

Je blogue sur cinq magazines, je diffuse certains articles sur Medium, et en bonne multipotentielle, il m’arrive bien souvent de surfer sur les articles en lien avec ceux que j’ai publiés.

Medium est génial pour ça : il comprend mes centres d’intérêts, me propose des articles qui vont très souvent me plaire - et donc forcément me faire perdre un temps fou.

Mais bon, je suis persuadée qu’il n’y a pas de hasard, et que lire beaucoup contribue à la réussite dans la vie.

Un truc qui fait tilt

Un article de Jon Westenberg m’a particulièrement interpellée - sans doute parce que l’idée me trottait déjà dans la tête.

J’avais récemment découvert qu’une de mes connaissances avait récemment manifesté des velléités entrepreneuriales. Or je connais cette personne : elle est très, très influençable, et a déjà fait des choix de vie pour plaire aux autres, et pas forcément parce qu’elle en avait envie.

Vouloir bricoler parce que le bricolage et le DIY est tendance, lancer un gros projet et… tout laisser tomber (dans les bras des autres).

Ou faire un bébé et… au final, faire à peu près pareil.

Donc là forcément, le sujet a titillé mes neurones, et la lecture de cet article m’a confortée dans l’idée qu’il était temps de jeter un pavé dans la mare.

Louée de toutes parts, la création d’entreprise n’est pas la solution idéale et universelle. Certains profils ne sont pas forcément faits pour ça. (L’Express Entreprise)

Non, tous les salariés ne sont pas des abrutis qui se font exploiter, des feignants qui se complaisent dans une petite vie minable, coincée entre 9h et 17h.

Non, les entrepreneurs de tous poils ne sont pas forcément les « inventeurs de demain », ceux qui ont tout compris et qui forcément feront fortune.

En laissant les « petits » avec comme seule perspective quelques congés payés puis à la fin, des parties de pétanque dans un camping et leur petite retraite.

Jon cite une phrase du coach de vie et conférencier Tony A. Gaskins Jr. :

If you don’t build your dream someone will hire you to help build theirs.

Si vous ne bâtissez pas votre rêve, quelqu’un vous embauchera pour réaliser le sien.

Quand on lit cette phrase, on peut en déduire que travailler pour une autre personne, c’est être perdant. Que de ne pas eu l’idée à la place d’un autre, c’est n’avoir rien compris. Qu’en gros, être un entrepreneur, c’est avoir compris la vie, être salarié, c’est être stupide, être un looser ; rien de moins.

Or comme le souligne Jon, participer à un projet collectif, c’est encore plus beau que de monter son projet tout seul dans un coin. De nombreuses entreprises n’auraient jamais vu le jour si des personnes n’avaient pas accepté de travailler pour d’autres qui avaient lancé l’idée (et pris tous les risques).

Tous les entrepreneurs qui lancent une entreprise et qui embauchent, recherchent avant tout des collaborateurs. Des personnes dont les connaissances, les compétences et l’expérience leur manquent, dont ils ont besoin.

Les bons chefs d’entreprise (et il y en a) ne considèrent pas les autres comme des sous-fifres, des imbéciles qui n’ont pas la chance d’être suffisamment intelligents, ou riches, ou doués, ou créatifs, pour monter leur propre boîte.

J’ai connu quatre entreprises différentes en tant que salariée, de la petite agence à la multinationale.

J’ai connu des requins, j’ai connu les horaires de folie et les sales coups entre collègues.

Mais j’ai aussi connu deux entreprises où tous les salariés allaient dans la même direction, et où on nous remerciait vraiment quand on avait bien bossé.

J’ai connu des patrons qui aidaient leurs salariés quand ils avaient des problèmes personnels ou financiers, des chefs de service qui nous permettaient d’avoir des journées sur mesure en fonction des projets.

Qui nous faisaient confiance.

Il y a aussi toutes ces entreprises, ces commerces, ces ateliers, ces agences, qui sont ou sont devenues des entreprises dites « libérées ».

Des entreprises qui font confiance à leurs collaborateurs, des écosystèmes qui mettent en avant le bien-être, la responsabilité individuelle et l’auto-gestion.

Leurs salariés organisent leur temps comme ils le souhaitent, prennent même autant de vacances qu’ils le souhaitent. Des multinationales comme Netflix aux PME comme l’agence immobilière Avinim située dans les Vosges, de plus en plus d’entreprises ont adopté ce système, certaines depuis une décennie, et leurs salariés sont… heureux.

Et il y a toutes ces autres formes de travail en équipe, comme les ONG ou les coopératives d’associés.

Ces autres formes d’entreprises ressemblent encore moins aux « mammouths », ces grosses entreprises déshumanisées que les jeunes générations exècrent, et qui ont fait souffrir pas mal de salariés issus des générations précédentes.

Elles sont très clairement, tout simplement, constituées par un groupe d’être humains motivés et qui adorent collaborer ensemble. Le type de contrat de travail important peu…

Le salariat pour apprendre

Quand on débute, que l’on soit diplômé(e) d’une formation prestigieuse ou qu’on ait juste ses bras, ses neurones et sa motivation, le meilleur moyen d’apprendre (et vite), peut être aussi d’intégrer une entreprise.

Et j’entends par là, une bonne entreprise. Une « boîte » qui traite bien ses employés, qui ne les considèrent pas comme des propriétés qu’on prend et qu’on jette comme elle le souhaite. Une entreprise qui permet d’apprendre et d’expérimenter.

Rien ne vaut mieux que d’observer ceux qui réussissent.

Si on sait choisir son poste et son recruteur, cela peut permettre de découvrir les rouages d’une entreprise qui fonctionne bien, d’apprendre des compétences en étant payé(e) pour cela. Mais aussi de se créer un réseau, voire de trouver des mentors, de se faire connaître auprès d’investisseurs.

Et si ça tombe, de lancer son propre projet en intrapreneuriat — bien au chaud, avec le soutien de son employeur.

Certains jobs sont des jobs de rêve

Vous pouvez devenir testeur de croisière tous frais payés, faire la fête de Las Vegas à Rio, mai aussi surfeur professionnel, documentariste animalier… et vous éclater tout en étant salarié.

Pas de paperasse, de rendez-vous dans les banques et les chambres de commerce, pas de salons professionnels ou de démarchage à domicile.

Juste le fun…

Certains jobs sont bien payés

Vous aimez les enfants ? Villa de rêve, voitures de luxe, voyages au bout du monde, une vie entre Londres, les Barbades et l’Afrique du Sud en avion privé, vous êtes la nounou qui accompagne quatre bouts de chou pour un salaire supérieur à 100 000 € par an.

Si vous aimez l’aventure et l’extrême et pas tellement être assis(e) derrière un bureau, vous pouvez être ouvrier ou routier dans le Grand Nord Arctique, conduire des trains de transports dans les mines, ou exercer vos compétences d’ingénieur sur une plateforme pétrolière, et à vous les salaires mirobolants, l’achat comptant de votre première maison… sans compter les bonus et les congés rallongés.

Des métiers comme géologue, mécanicien aéronautique, sociologue, statisticien, météorologue ou développeur web vous feront gagner au minimum 55K€ par an. On peut facilement franchir les 100 K€ si vous êtes spécialiste dans un domaine pointu. Les pilotes de ligne et les soudeurs-scaphandriers gagnent plus de 80K€ annuels, les directeurs marketing, juridiques et les gestionnaires dans des multinationales plus de 250K€ par an.

L’entrepreneuriat n’est pas pour tout le monde

Certaines personnes ont besoin d’être accompagné(e)s, d’avoir un cadre, des horaires fixes.

Certaines n’ont pas envie de prendre des risques, pour elles et pour leur famille.

Certaines veulent d’abord construire leur home sweet home avant de se lancer dans autre chose.

Pour certaines, le salariat signifie faire partie d’un tout, le voir grandir, faire partie d’une équipe, voire d’une famille, qu’ils n’ont peut-être pas.

Certaines veulent participer à une ONG, ou travailler pour une ville, une région, un écosystème qu’elles adorent.

Certaines veulent la sécurité, la tranquillité. Certaines n’ont pas la santé, la forme physique (et il en faut pour créer sa boîte).

Certaines veulent rejoindre une structure qui les fait rêver, et qu’elles n’auraient jamais pu créer elles-mêmes (et elles le savent).

Certaines personnes n’ont absolument pas envie de créer une entreprise, et ne l’auront jamais.

Rester ouvert(e) d’esprit

La thématique de mon webzine The Job Revolution, c’est le bonheur au travail. C’est trouver sa ou ses voie(s) professionnelle(e), exercer une activité rémunératrice qui nous correspond, c’est exercer ses talents, c’est oser entreprendre ou oser quitter son job pour un meilleur poste, une meilleure vie.

C’est tout ce qui touche à profiter de son temps sur Terre pour trouver ce qui nous correspond le mieux - et le faire.

Mais cela ne veut pas dire qu’il faut absolument être un entrepreneur, créer sa propre entreprise, ou être freelance, pour réussir dans la vie, et réussir sa vie.

Créer sa boîte, c’est souvent long, difficile, stressant.

Cela peut être un échec, et si on se dit qu’on n’a pas le choix, que c’est la seule voie possible, on peut rater l’occasion de reprendre un poste salarié pour se refaire et pouvoir investir plus - et réussir mieux.

De plus, on peut être entrepreneur ET salarié. Il y a de multiples façons d’exercer ses talents.

On peut travailler comme infirmière, adorer son job, et lancer sa boîte de livraison à domicile, sa boutique en ligne de vêtements pour chiens, le soir et le weekend.

On peut être salarié et écrire un livre, ou faire des conférences le soir, et être payé pour cela.

On peut être chauffeur-livreur la semaine, et tenir un étang de pêche le dimanche.

On peut travailler comme salarié la nuit, et courir le jour, on peut travailler l’hiver, et faire des ultra trails l’été.

On peut être freelance pendant dix ans, puis salarié pendant quinze, puis monter sa boîte, la revendre, et être engagé comme consultant (et gagner des fortunes) parce qu’on a réussi à créer un business qui cartonne.

Mais qu’on n’a plus envie de travailler douze heures par jour.

Se dire que tout le monde doit être un entrepreneur, que plus personne ne doit être salarié, c’est mettre la même pression sociale qu’à celles et ceux qui ont décidé de prendre des années pour élever leurs enfants.

Salariés, et donc des ratés ? C’est encore une fois stigmatiser.

A découvrir :

The Job Revolution sur Facebook et Twitter

Réussir sa vie professionnelle quand on est un(e) multipotentiel(le) ? Un questionnaire sur un projet de livre pour être multipotentiel et heureux !

Originally published at www.thejobrevolution.com on August 29, 2017.

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