Multipotentiel, arrête de chercher ta passion !

Depuis le lancement de mes blogs, et la publication de posts sur les réseaux, j’ai eu le grand plaisir de recevoir des emails ou des commentaires de personnes qui me disaient toutes : « Je me suis reconnu(e) dans ton article, c’est fou, j’ai enfin compris qui j’étais : multipotentiel ! ». Et ça me fait tellement, tellement plaisir, de voir qu’en parlant de ce sujet, d’autres que moi peuvent enfin, tout comme je l’ai fait, mettre un nom sur « qui ils(elles) sont ».

Enfin, DES noms : moi je préfère me définir en tant que « scanneur », car on peut l’utiliser en verbe (« Je scanne plein de choses dans le domaine du sport en ce moment ») ou un néologisme qui n’appartient qu’à moi : ma « scannitude ». Par exemple : « C’est à cause de ma scannitude que j’ai passé trois heures à surfer d’un article à l’autre alors qu’au départ je vérifiais juste ma messagerie ! »

Mais en France, le terme le plus connu semble être « multipotentiel« . Et « multipotentielle » pour les filles ! Ou encore « Esprit Renaissance » pour tout le monde. Le nom le plus joli je trouve ! Mais qui ne change rien aux questionnements de ces « multipotes ».

Car en parallèle, les scanneurs/mltipotentiels me font souvent part de leurs difficultés dans la vie de tous les jours. Une des remarques qui revient en boucle, et qui a encore émergée dans les discussions lors de notre rencontre entre multipotentiel(le)s est : « Je n’arrive pas à trouver ma passion ». « Je veux trouver ma voie, je ne sais pas quoi choisir… Je trouve et puis après… je n’aime plus, je change, je m’ennuie… ».

Cher amis et chères amies scanneurs, scanneuses, multipotentiels, il est temps de vous rendre compte, pour votre propre bien-être psychologique, d’un point essentiel. Vous êtes par essence multi-tout, vous ne trouverez donc jamais VOTRE passion, car vous en avez plusieurs ! Et ce n’est pas un problème…

Multipotentiel : on se trompe…

“Quelle est votre passion ? Qu’est-ce qui vous intéresse dans la vie ?” On vous dit depuis deux décennies que la réponse à cette question était la clé d’une vie et d’une carrière professionnelle réussie. Mais si cette question n’était pas la bonne ? Discutons cette idée manifestement très tendance.

Selon ce principe de départ, vous avez donc une et une seule passion, et votre job (via des tas de livres, de séminaires et de séances avec un coach) est donc de la trouver. Et de ne vous consacrer qu’à cela, sans dévier de votre but unique. (Déjà, le terme « unique » devrait vous chatouiller dans les coins). Et toute votre vie entière, genre jusqu’à la fin.

Pour résumer :

Je trouve MA passion > Je trouve le métier qui va avec > j’exerce ce même métier de 20 à 60 ans > je pars en retraite (là je peux scanner autant que je veux, tout le monde s’en fout, je vais bientôt mourir de toute façon) > mort.

Une fois que vous avez trouvé votre passion, tout devrait, alors, se mettre en place comme par magie. Vous adorez le tricot ? Jouer de la guitare ? Faites-en votre métier ! Et il est vrai que cela colle parfaitement avec le concept expliqué par John Williams, dont je vous conseille le livre :

Si vous ne lisez pas l’anglais, je vous traduis le titre, qui fait rêver il faut le dire : « Comment faire ce qu’on aime et être payé pour cela ». Et sachez aussi qu’il fera partie des dizaines de livres non traduits en français avec lesquels je travaille pour écrire mon livre sur les scanneurs !

Premier point : une PASSION n’est pas un OBJECTIF. L’un et l’autre n’ont absolument rien, mais RIEN, à voir. Une passion c’est une flamme qui se déclenche pour quelqu’un, pour quelque chose, à un moment ou à un autre. Qui va durer deux jours, deux mois, deux ans ou deux décennies, on ne sait pas ! C’est quelque chose de pulsionnel, pas de rationnel.

Deuxième point : et si la guitare ne vous rapporte pas un kopek ? Elle a alors bon dos, la passion ! Vous connaissez combien de personnes qui aiment la musique ou le cinéma ? D’accord. ….. Combien d’entre eux gagnent leur vie dans la musique ou le cinéma ?… Et on parle de ceux qui bossent dans le cinéma et qui galèrent avec des salaires de misère et des patrons très très cons ?

Dans son livre, John WIlliams ne parle pas du tout du fait qu’il faut rester collé(e) jusqu’à la fin de sa vie à une et une seule route, un seul « hobby qui paye ». Non seulement on peut en changer, mais on peut aussi en cumuler plusieurs pour arriver à boucler ses fins de mois… voire à s’enrichir !

C’est quoi gagner sa vie exactement ?

Vous allez me dire : oui, mais je dois bien trouver un moyen de gagner ma vie ? Et si possible, faire un métier que j’aime ?

D’abord, ouvrez votre esprit, sortez de votre zone de confort, retirez vos œillères, éclairez le tunnel, bref embrassez l’univers des possibles. Je ne sais pas si c’est le fait d’avoir été très tôt mise à l’écart et vue comme une personne « bizarre » par mon entourage et mes congénères, si c’est le fait d’être zèbre et donc avec une pensée différente, ou autre chose. Mais moi, je vois souvent la vie avec beaucoup de recul, et donc notamment tout ce qui sort du cadre, en plus de ce qu’il y a dedans. Je suis d’abord toujours surprise quand on me parle uniquement de travail salarié. En France, en 2017, seules 10% des embauches se font en CDI. Pourquoi voir le moyen de gagner de l’argent uniquement via un travail, et en plus, avec une seule forme de contrat ?

On peut gagner sa vie de bien différentes manières, sans même avoir un « travail », tels que beaucoup l’entendent. Or c’est le but au final, gagner de quoi vivre, beaucoup si on a besoin de beaucoup, juste ce qu’il faut si on a besoin de peu (et certaines personnes, autosuffisantes, ont besoin de peu de revenus). Surtout dans le monde d’aujourd’hui : on peut multiplier les sources de revenus. C’est même ainsi que certains ont eu de nouvelles idées d’entreprises, de services : LeBonCoin, BlaBlacar sont nés de l’idée et de l’envie de gagner de l’argent « autrement ». D’avoir des revenus complémentaires, de mettre du beurre dans les épinards. Il n’y a pas que la feuille de paye et le contrat de travail dans la vie.

On peut tricoter de jolies écharpes et les vendre sur Etsy ou Little Market, gagner de quoi se payer de belles vacances, et arrêter quand ça nous gave. On peut jouer de la guitare dans un bar et se faire de petits ou gros pourboires, et s’acheter d’autres guitares, voire un camping-car pour voyager le weekend dans tous les bars de sa région. On est alors, comme le décrit John Williams, payé à faire ce que l’on aime ! Mais à aucun moment condamné(e) à le faire TOUTE SA VIE. Qui nous y oblige ?

Le monde change très vite

Il est définitivement aléatoire de choisir un seul métier pour le reste de sa vie quand on sait qu’en moyenne, on en changera de toute façon entre 5 et 10 fois. Cela n’arrive plus, ces personnes qui ont fait toute leur carrière au sein de la même entreprise. La moitié des métiers de 2050 n’existent pas encore, et un million de nouvelles entreprises attendent d’être créées. En 2015, 16% des actifs jonglent entre deux métiers, soit tout de même plus de 4 millions de personnes. Cette idée de « passion » qui vous condamne peut-être à rester coincé(e) dans un job sans avenir ni revenu, n’est pas forcément la meilleure, comme l’est la « vocation ». En fait, tout le monde sera peut-être multipotentiel sans le savoir — ou le vouloir !

Alors, quel métier choisir ?

Depuis des décennies, on nous a appris qu’il fallait faire le même métier que Papa, puis un métier qui gagne de l’argent, et maintenant la nouvelle injonction est de trouver sa passion, et donc le métier qui y correspond. Si tu ne trouves pas, tu rates ta vie. Or tu as déjà, scanneur, multipotentiel, de multiples passions, et ton essence c’est de surtout pas être coincé(e) dans une seule. C’est bien trop stressant de chercher SA passion. Profite de TES passions, et amuse-toi avec !

Mes éléments de réponse sont :

  • Scanne et tente dans les domaines qui te font vibrer sur le moment. Il se peut que ton « job de rêve » DU MOMENT se trouve dans une expérience que tu tentes. Tu as envie de faire de la vente ? Prends un job de vendeur, et teste-toi. Si ça ne te plaît pas au bout de deux jours, passe à autre chose. Sinon, profites, apprends, fais des sous et mets-les de côté pour les moments où tu auras envie de faire tout autre chose. Le multipotentiel a déjà bien plus de chances, en faisant cela, de trouver le « job de ses rêves » DU MOMENT (Rappelle-toi : le monde change vite, tu changes aussi, la vie est longue…).
  • Trouve quelque chose qui apporte de la VALEUR. Qui répond à un besoin.
  • Essaye de résoudre des problèmes. Apporte des solutions.
  • Le succès peut nourrir la passion autant que la passion peut amener au succès. (Ou, je sais, ça fume là-haut.)
  • Prends un CDI le temps de t’acheter une maison et une voiture, de souscrire tous les crédits que tu veux. Après, tu n’est plus obligé(e) d’être salarié(e). Et tu es vraiment sûr(e) que tu veux rester scotché(e) dans cette ville ou ce patelin pendant les 20 ou 25 prochaines années ?…

J’ai combiné là en petit frichti mes connaissances des multipotentiels et mes compétences en tant que conseil en stratégie d’entreprise. Il y a beaucoup à dire sur l’adéquation entre passions et offres de services… En attendant, j’ai hâte de lire vos commentaires !

Originally published at www.thejobrevolution.com on June 17, 2017.