Nuit Debout aux prises avec la réalité

Place de la République à Paris, le 16 avril ©Olivier Ortelpa

Né de la volonté du peuple, le mouvement citoyen Nuit Debout a fort à faire afin d’asseoir sa légitimité, et vit au jour le jour. Avec la rentrée de septembre, la mobilisation fait face à un nouveau défi : l’élection présidentielle de mai 2017.

Réforme de la Constitution, mobilisation contre la loi Travail évidemment, mais aussi problématiques de santé publique, éducation, migrants, écologie… Nuit Debout propose, mais ne fédère pas. Nuit Debout offre un espace de discussions, mais refuse de faire partie de la vie politique française. Pourtant, ça marche : le mouvement a essaimé dans toute la France en seulement quelques semaines, pour toucher aussi bien des villes comme Marseille ou Lyon, que Clermont-Ferrand, Grenoble, Rennes, et même Montréal.

Carte des rassemblement de Nuit Debout en Europe (nuitdebout.fr)
Début de Nuit Debout Montréal, le 29 avril 2016

Nuit Debout se veut une tribune, où chacun peut donner son opinion, construire un groupe de travail, sensibiliser à toutes les causes — du sexisme en politique au manque de considération des chauffeurs de bus.

Mais cette belle utopie se heurte rapidement à la réalité. D’abord, il est avéré que Nuit Debout n’est pas ouvert à tous les mouvements, notamment d’extrême-droite, qui boycottent d’ailleurs assez largement la mobilisation citoyenne, le Front National en tête. Résultat : des débordements de certains, critiqués par les autres et excuses publiques dans les médias.

Alain Finkielkraut insulté à Nuit Debout

Ce fut le cas le 16 avril, lorsque le philosophe Alain Finkielkraut s’est vu violemment insulté et chassé de la place de la République à Paris, exactement comme pour les “Veilleurs” le 9 juin (mouvement né lors de la Manif pour Tous). Voilà l’avantage, mais aussi l’inconvénient de ce mouvement né en marge des manifestations contre la loi Travail en mars 2017.

Ensuite, le mouvement est régulièrement aux prises avec les forces de l’ordre, suite à des débordements d’activistes ou à des actes des casseurs, ou bien seulement parce que Nuit Debout viole de quelques heures le couvre-feu par exemple. Ces « dérapages » décrédibilisent fréquemment le mouvement face aux médias et à l’opinion publique. Lui se voudrait exemplaire, et plus influent.

Le défi de 2017

Mais le principal frein à l’extension du mouvement pourrait être la prochaine élection du président de la République. Si Nuit Debout tente de concilier toutes les idées présentes sur ses forums, c’est parce qu’elle ne souhaite pas jouer un rôle effectif dans la politique actuelle. Elle se voit plus comme un lieu de conseils, de réflexion sur comment améliorer la société et redonner la parole aux citoyens. Et, il faut bien le dire, a su renouveler certaines questions de société.

Nuit Debout se voit plus comme un lieu de conseils, de réflexion.

Mais, alors que le mois de mai approche, les questionnements se font plus nombreux : Nuit Debout va-t-il se ranger derrière un candidat ? En proposera-t-il un, ou suit-il les partisans du vote blanc ?

Capture d’écran du forum numérique de Nuit Debout

Des questions laissées sans réponse, ou plutôt à la responsabilité de chacun. Car Nuit Debout est un mouvement citoyen et donc protéiforme, multiculturel et multi-valeurs. Si le groupe apporte les idées, le libre-arbitre reste l’enjeu principal de cette mobilisation citoyenne. Du moins dans la volonté première… Car à force de voir le mouvement laissé libre de ses choix, sans leaders ou porte-voix, certains pourraient se dire que personne n’est à la barre, et quitter le bateau, qui avait pourtant survécu à la flegme de la pause estivale.