Malacca.

Toute petite ville historique. Colorée et ensoleillée.

Je suis partie de Singapour ce matin dans un bus rouge ultra confortable mais beaucoup trop climatisé. Heureusement, en France avant le départ, Nathan m’avait prévenue de prendre un pull pour les déplacements entre les villes. Les sièges étaient quasiment vides : un très jeune couple de chinois, une malaisienne et moi. Nous avons mis une heure pour traverser la ville et parvenir à la frontière, je regardais défiler l’immense port par la fenêtre. Nous passons les deux douanes grâce aux explications du conducteur hindou moins agréable que les grosses guirlandes de fleurs colorées accrochées à son rétroviseur. Me voilà sur les routes de Malaisie. Il reste deux heures pour rejoindre Malacca, j’observe énormément de forêts de palmiers plantés pour l’huile, et quelques petites maisons sur pilotis avec des toits de tôle colorés. Des malaisiens se tiennent accroupis devant et fument.

Les fameuses façades des rues chinoises Hang Jebat et Tun Tan Cheng Lock.

Mercredi.

08.02.2017

Arrivée à la gare routière (Melaka Sentral), je dois m’occuper de deux choses avant de trouver le bus qui m’emmènera jusqu’au centre-ville. Au milieu des stands et magasins de la galerie marchande je cherche un distributeur pour retirer une liasse énorme de ringgits malais qui suffiront largement à couvrir la semaine que je vais passer dans le pays. Je trouve et achète sans difficulté un nouveau billet de bus pour repartir au nord direction Kuala Lumpur dans deux jours.

De l’autre côté du gros bâtiment, le fameux bus numéro 17 apparemment bien connu des touristes met du temps à arriver et c’est la cohue au moment de grimper dedans. Le bus est vite rempli mais je trouve quand même une place assise au fond, avec mon gros sac à dos sur les genoux. Je ne sais pas combien de temps le trajet va durer, je ne sais pas non plus où je dois descendre : les arrêts ne sont pas matérialisés. Arrivés sur la Place Rouge, surnommée ainsi à cause de la couleur brique de ses vieux bâtiments hollandais, le conducteur s’arrête et se lève pour indiquer aux touristes qu’ils doivent descendre. Je traverse le petit pont au dessus de Malacca River pour rejoindre ma guesthouse. L’entrée est calme et lumineuse. Cette fois-ci j’ai une chambre pour moi toute seule, c’est agréable d’avoir un grand lit et pouvoir m’étaler un peu, même s’il y a trop de climatisation et que le matelas est mou. Une grande vitre avec un store donne sur le couloir et apporte un peu de lumière naturelle.


🇲🇾 Malacca (Melaka) est une petite cité touristique sur la côte ouest de la Malaisie, au nord de Singapour. C’est la plus ancienne ville du pays, sous domination portugaise au XVIe siècle, puis hollandaise, elle devient propriété britannique en 1824. Son port de commerce était idéalement placé sur le détroit reliant l’océan Indien à la mer de Chine. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2008, ses édifices gouvernementaux, églises, places et maisons témoignent de ses multiples influences asiatiques et européennes et apportent à la ville une identité multiculturelle unique.

Je repars dans les petites rues sans trop savoir où je vais. Ici tout se fait à pieds. Je rejoins le quartier chinois, assez fréquenté, plein de boutiques de souvenirs ou restaurants. J’achète un jus de coco à emporter, c’est frais et délicieux. Je re-traverse le pont dans l’autre sens, m’arrête pour regarder la rivière en bas. Elle est verte, et de gros varans impressionnants se reposent au soleil, c’est la première fois que je vois des animaux comme ça en vrai. L’église Christ Church et le vieux Stadthuys rénové (hôtel de ville construit en 1650 et résidence officielle du gouverneur néerlandais) de la Place Rouge ne m’intéressent pas trop, je préfère les veilles façades.

Au dessus de la rivière, je touche un très vieil arbre sur une petite place ombragée et laisse ma main longtemps contre son écorce. Je descends marcher sur les jolis petits quais ensoleillés et piétons avec leurs maisons un peu décrépies blanches ou bleues, j’atterris devant l’église St Francis Xavier, je la contourne et suis la route jusqu’à un ancien cimetière hollandais. Sur la droite, un petit chemin discret monte à la colline du quartier colonial. Un vieux malais souriant m’arrête pour me demander d’où je viens et si je me suis perdue, si j’ai un plan pour me repérer. Nous discutons un moment en anglais, il connaît toute l’histoire de la ville, me raconte qu’il possède plein de vieilles photos en noir et blanc chez lui.

Chinatown : lampions, jolis porches ombragés et inscriptions chinoises.

Je continue mon chemin et grimpe aux ruines de l’église Saint-Paul, construite en 1521 par les portugais puis transformée en temple protestant par les hollandais. De grosses stèles en pierre avec des inscriptions gravées en néerlandais sont exposées à l’intérieur. On voit bien la ville, depuis là-haut et il y a un peu plus de vent. Je redescends par le chemin plus touristique qui mène à la Place Rouge, le ciel devient orageux, il est tout blanc sur mes photos. Je crois qu’il se met à pleuvoir un peu. Je rentre, fatiguée du voyage et de ma première journée mais heureuse de découvrir un pays où tout le monde sourit tout le temps, où je me sens accueillie et aidée. C’est simple, le sourire. C’est universel.


Jeudi.

09.02.2017

La ville est vraiment très petite : je laisse le guide dans ma chambre pour marcher au hasard des rues encombrées et des jolis petits quais délabrés. Les gens me remarquent plus qu’à Singapour, fini l’anonymat des grandes villes. Rares sont les occidentales qui voyagent seules. Aujourd’hui il y a plein de soleil, l’orage est passé. Les façades de Chinatown sont vraiment jolies, avec leurs porches, leurs peinture aux couleurs écaillées et les plantes en pot. Des ombrelles et des lampions sont accrochés en l’air et donnent un air de fête. Je passe devant la mosquée Masjid Kampung Kling et son minaret carré et blanc. À l’intérieur de la cour, des colonnes corinthiennes, des carreaux de mosaïque turquoises et un joli bassin pour les ablutions.

Les couleurs et ombrelles du quartier chinois.

Quelques mètres plus loin, le temple chinois Cheng Hoon Teng en rouge et en or, considéré comme le plus vieux de Malaisie. Dragons, fleurs, lions, tout ça est un peu trop chargé pour moi. J’apprends que la petite marche à enjamber sous les porches sert à empêcher les esprits rampants de rentrer. La plupart du temps elle sert surtout à me faire trébucher. Je fais demi-tour et rentre au hasard dans quelques boutiques. Je trouve enfin des cartes postales et de jolis timbres fleuris en même temps, mais toujours pas de thé malaisien pour rapporter en France. J’achète cette fois-ci un jus de citron vert fraichement pressé qui me suffit pour l’après-midi. Je n’ai pas vraiment faim depuis que j’ai commencé ce voyage, peut-être la chaleur, peut-être l’exaltation.

Le soleil devient écrasant. La ville est grouillante et bruyante, le chant du muezzine se mélange à la musique chinoise traditionnelle des boutiques et aux décibels balancés par les Trishaws (gros tricycles qui baladent les touristes) décorés de fausses fleurs colorées. Je voudrais voir la mer mais il y a trop de monde à cause des embarcations de bateaux touristiques et plus loin, je ne trouve pas de port de pêche : il a été déplacé ailleurs dans la ville. Je tourne un peu en rond et échoue dans un pub anglais pour écrire mes cartes, assise toute seule face à de grande baies vitrées ouvertes qui donnent sur la rivière et la mer et font entrer un peu de vent.

Petits passages pavés derrière les maisons, au calme et loin de la foule des rues.

Pour fuir la foule je finis par disparaître dans de petits passages vides et presque frais derrière les maisons. Façades blanches et ocres, gros pots de plantes : on dirait un peu l’Italie. Ça sent la lessive et l’encens, il n’y a personne à part quelques chats. Le soir j’aimerais manger dans un bon restaurant chinois mais je n’ai toujours pas envie d’être seule face à mon assiette. Je rentre me reposer, demain je pars encore un peu plus au nord direction Kuala Lumpur, capitale de la Malaisie.

Les bonzaïs devant le Cheng Hoon Teng Temple et les façades des quais.