Penang.

Culturelle, colorée et attirante. “La perle de l’Orient”.

À Kuala Lumpur je me lève tôt pour retourner en métro à la gare routière. Le soleil est déjà chaud. Je mets plus de temps que prévu : le jeton que j’avais acheté la veille pour gagner du temps est refusé et j’arrive finalement à la gare routière quelques minutes avant le départ. Je trouve le quai d’embarquement sans difficulté, présente mon ticket, monte dans le bus rempli et trouve ma place au fond dans la rangée unique à côté des fenêtres.

Façade du musée Peranakan Mansion, maison traditionnelle des immigrants chinois.

Le trajet est long : presque cinq heures. J’écoute un podcast enregistré sur mon iPhone qui revient sur les grandes grèves françaises de 1995, j’avais 11 ans. Je dors un peu mais me réveille vite. Le monsieur à côté de moi n’arrête pas de regarder sa montre. Le conducteur s’arrête plusieurs fois pour faire de longues pauses.. les malaisiens aiment prendre leur temps. Par les fenêtres je vois des petites vaches et des chèvres très maigres, encore des forêts de palmiers et ces arbres étranges à grosses feuilles réparties en grappe au bout de fines branches longues et un peu tordues. Les routes sont plutôt bonnes, en contrebas je vois de petits chemins de terre ou de pierre pour les piétons et les troupeaux. Vers la fin du trajet j’imaginais pouvoir descendre dans la ville de Butterworth pour pouvoir aller me renseigner à la gare sur le fameux train-couchette qui me permettra de rejoindre la Thaïlande dans deux jours. J’aurais ensuite pu regagner l’île en prenant le ferry jusqu’à George Town, mais j’ai dû me tromper en achetant mon ticket car je vois bientôt le bus s’engager sur un des deux très longs ponts modernes reliant les côtes malaises à Penang. Nous roulons sur une vingtaine de kilomètres juste au dessus de l’eau bleue turquoise, et j’arrive à la gare routière de Sungai Nibong, bien au sud de la ville. J’essaie de trouver un bus pour rejoindre le centre mais on m’explique que ce sera plus simple de prendre un taxi.


🇲🇾 L’île de Penang (Pulau Pinang) 1,6 million d’habitants, est située au nord-ouest de la péninsule malaise. Elle est l’un des trois grands comptoirs britanniques du détroit de Malacca (le premier en date), occupée dès 1786 par des planteurs, marchands, voyageurs puis nombreux travailleurs chinois, indiens, indonésiens ou arabes. Sur sa côte est, la ville de George Town, fondée par le capitaine Francis Light, est l’une des plus intéressantes du pays : les nombreux édifices élégants et patinés par le temps témoignent du passé colonial de la ville. Elle est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2008.

Dimanche.

12.02.2017

J’arrive donc juste devant ma guesthouse, dans la rue Love Lane : un ancien bâtiment colonial magnifique dont la façade blanche est illuminée par le soleil. À l’intérieur : un parquet ancestral, un vieux carrelage à motifs et d’immenses plafonds. Les quelques chambres sont à l’étage, au dessus d’un long escalier droit en vieux bois qui craque, la salle de bain est aménagée sur un balcon abrité de tôle, en se brossant les dents on peut regarder dans la cour silencieuse de l’école chinoise en face. Le mur de fond de ma chambre sans fenêtre est d’un joli vert ni clair ni foncé, j’ai un petit lit sage. Sous le soleil brulant, je pars vers le port d’où partent les ferrys qui font la traversée. J’ai lu dans mon guide qu’il s’y trouve un guichet où l’on pourra peut-être me renseigner sur les trains.. mais il est fermé quand j’arrive. Je pense à prendre en photo l’écriteau pour demander plus tard à la dame de l’auberge la traduction des jours et heures d’ouverture.

Depuis la terrasse de Old Penang Guesthouse, rue Love Lane.

L’île de Penang est ma dernière étape.. je suis lasse de partir avec mon guide touristique et mon sac à dos, suivre des itinéraire et faire des visites. J’ai envie de profiter de ces deux derniers jours pour rester au calme à George Town et me promener au hasard, contempler la mer, lire, prendre le temps. C’est dommage de rater tout le reste de l’île.. mais je reviendrai un jour. Les façades des bâtiments me font beaucoup penser à Malacca mais George Town est bien plus grande et la circulation est épouvantable. Il n’y a quasiment pas de feux de signalisation et on attend longtemps en plein soleil l’opportunité de pouvoir traverser. Je m’imprègne des rues en me dirigeant spontanément vers la mer, au nord de la ville. Elle est claire et large, mais l’endroit où j’arrive est trop fréquenté. Je regarde un court moment l’horizon, depuis le petit muret blanc, puis repars. Des parents et leurs enfants font d’immenses bulles de savon toutes très vite emportées par le vent, je passe au travers. L’air frais fait du bien mais il ne parvient pas à s’engouffrer dans les rues chaudes de la ville. Je marche encore un peu en essayant de retrouver d’où je viens sans l’aide de maps.me, traverse Little India et ses façades multicolores puis passe devant Kuan Yin Teng Temple, le plus vieux temple chinois de l’île, construit vers 1800 et dédié à la déesse de la miséricorde. On y brûle sans arrêt d’énorme bâtons d’encens rouge ou rose fuchsia. Je m’assieds à la terrasse de mon auberge un peu ombragée, l’endroit est magnifique : des tables, quelques vieilles chaises, de gros pots de plantes tropicales. Je lis un peu, j’écris et retouche mes photos. La nuit tombe vite, je suis fatiguée du long voyage en bus effectué ce matin, ma peau a encore un peu bronzé je crois.


Lundi.

13.02.2017

Je me réveille avant la sonnerie de mon téléphone. C’est un plaisir d’aller faire sa toilette seule aux lavabos du balcon, ensoleillés par la lumière du matin. Dans la grande salle carrelée en bas, je prends mon petit-déjeuner sur les belles tables carrées en vieux bois. Il y a une famille avec trois filles blondes assez espacées en âge, je me demande d’où ils viennent, ils semblent parler allemand, je discute un peu avec la plus grande, qui m’apprend qu’ils viennent de Suisse. Je repars assez vite au petit guichet de la gare vers le port, en empruntant le même trajet que la veille. La jeune fille voilée ne peut pas me vendre de tickets, mais je pense arriver à comprendre que je pourrai l’acheter directement à Butterworth demain matin sur la côte en face, qu’il y a un train toutes les heures pour Padang Besar (ville frontière entre la Malaisie et la Thaïlande) et qu’il met deux heures pour y aller. De là-bas, il semble n’y avoir qu’un seul train qui traverse toute la Thaïlande et qui part le soir. Je devrai voir tout ça sur place et surtout partir suffisamment tôt pour parer à tout imprévu.

Je repars vers la mer. Se promener le matin est un peu plus agréable. le soleil chauffe moins mais traverser la circulation est toujours aussi compliqué. Je commence à comprendre qu’il est plus facile de traverser un peu en amont ou en aval des croisements. Je me dirige au hasard là où c’est le plus facile d’aller sans risquer sa vie. Je rejoins l’endroit d’hier où on peut voir la mer depuis un petit muret blanc, cette fois-ci il n’y a personne, je m’assieds face à la mer, à l’ombre. Le vent est agréable, je reste longtemps. Le bruit des vagues et l’immensité bleue turquoise m’apaise. Je n’arrive pas à me rappeler si la mer était plus basse ou un peu plus haute hier soir.. Le gros paquebot Yang Ming mouille toujours au large des côtes, pile en face de moi. Je me demande ce qu’il transporte et ce qu’il attend pour naviguer. Il y a un lézard assez gros dans les rochers plus bas, j’ai peur qu’il vienne vers moi, mais je crois qu’il cherche autre chose à manger et préfère le soleil.

En rentrant vers midi j’essaie de passer par des rues que je ne connais pas encore, je croise par hasard la librairie devant laquelle j’étais passée hier et qui était fermée. Elle comporte de très beaux ouvrages, je trouve un recueil de nouvelles en anglais qui se passent en Asie du sud-est appelé « Trash » et un livre chinois avec de belles photos de plats. Je vais commencer à ne vraiment plus avoir de place dans mon sac. Le monsieur de la boutique me demande d’où je viens, il me montre un livre de poèmes en français et une méthode illustrée pour lire les idéogrammes chinois. Dans une jolie boutique je tombe sur de nouvelles cartes postales avec des vues anciennes de la ville et décide d’en renvoyer deux autres. Je ne trouve pas de timbres, tourne encore un peu en rond et entre dans un café arménien où je peux m’asseoir pour écrire les cartes et boire un smoothie avec plein de fruits. Il n’y a pas d’autre clients, je parle un peu avec la cuisinière et lui demande où je peux acheter des timbres. Elle me propose de lui laisser mes deux cartes écrites et deux pièces pour les timbres, elle les postera pour moi demain. Je la remercie avec un grand sourire et rentre boucler mon sac.

Je redescends dans la belle salle commune pour avoir un peu plus de wifi et récupérer mon linge propre. Il n’est pas encore prêt alors je sors attendre sur la terrasse, la nuit tombe et je discute un peu avec le réceptionniste hindou et son ami, ils discutent entre eux en malais et me posent parfois des questions en anglais, ils parlent très bas et très doucement, je les entends à peine. L’ami du réceptionniste regarde sa montre et m’invite à aller manger avec lui avant d’aller travailler. Nous filons sur sa mobylette dans un Hawker Centre (sorte de place en plein air avec des tables au milieu et des stands de nourriture tout autour) très populaire et réputé qui s’appelle Red Garden. Nous discutons en anglais et mangeons des plats chinois délicieux. Il m’explique qu’il a été marin mais qu’il prend maintenant du temps ici à Penang pour écrire. Il est aussi gardien de nuit. Plus loin, un groupe de musique chinois reprend l’air du vent de Pocahontas, je réalise que c’est la dernière soirée de mon voyage seule, ma dernière soirée en Malaisie. J’ai rempli quarante pages de carnet, utilisé l’encre d’un stylo entier et épuisé ma première batterie d’appareil photo.


Mardi.

14.02.2017

Le réveil est un peu difficile, il est très tôt. Je pars prendre le bateau, qui est plutôt une sorte de plate-forme flottante avec des sièges en métal pas très confortables. Sur la mer, je regarde la ville s’éloigner et repense à tout ce que j’ai vu et vécu. Arrivée à la gare de Butterworth je fais la queue pour acheter mon billet de train en direction de la frontière. Un jeune garçon vient me parler et me pose pleins de questions en souriant beaucoup, sur mon voyage et ce que j’ai pensé de la Malaisie, il est très curieux de connaître mes réponses. Il doit repartir et me propose de faire un selfie. Ici, tout le monde se prend énormément en photo. J’attends le train avec deux cousines françaises de vingt ans qui voyagent ensemble et sont venues s’asseoir à côté de moi. Elles viennent de passer quelques jours en Malaisie pour repousser leurs visas et retournent en Thaïlande.

On parle de tout et de rien, elles sont intéressantes et à l’écoute, c’est très agréable de terminer ce voyage à trois avec elles. À la gare de Padang Besar nous attendons une grande partie de l’après-midi le petit train couchette violet que j’oublie de prendre en photo. Je m’installe et essaie de dormir mais le moteur ronfle en respirant et j’ai envie de voir les paysages par la fenêtre. La climatisation est forte, je vais me changer dans les toilettes. La nuit tombe déjà, le ciel est étrangement gris. Les employés du train viennent déplier les lits, j’escalade l’échelle pour m’installer et dors un peu. J’arriverai dans la ville de Surat Thani vers minuit, y dormirai dans une chambre juste à côté de la gare pour repartir le lendemain en bateau et retrouver les garçons sur leur île en Thaïlande.