La bienveillance à l’école, bullshit !

C’est l’histoire classique d’un petit garçon de 8 ans qui rentre en classe après la récréation et qui commence à sentir une envie irrépressible d’aller aux toilettes.

Jusque là, vous allez me dire, c’est plus que classique, c’est banal. Combien d’enfants quand ils reviennent de la récréation se rendent compte qu’ils ont oublié d’aller faire pipi tellement ils étaient absorbés par leurs jeux (c’est le but de la récréation non ?) et demandent à leur instit d’y aller ? Et combien d’entre eux se voient renvoyés dans leurs 22 sous prétexte qu’ils n’avaient qu’à y penser avant ? Ah oui parce que déjà si petit il faut avoir un planning en tête et la to do list qui va avec pendant la récré : penser à faire pipi, penser à me laver les mains, penser à jouer et à m’amuser….ah trop tard ! tu as fait la queue pour aller aux toilettes et du coup tu n’as plus le temps de jouer. Retente ta chance à la prochaine récré !

Déjà là il y a un problème.

Parce que ça signifie que l’école pense que tous les élèves fonctionnent physiologiquement pareil. A force de ne vouloir voir aucune tête dépasser, nous en serions réduits à planifier le système rénal de nos enfants, sans tenir compte des personnes qui souffrent du syndrome de la vessie hyperactive dont souffrent près de 22 millions d’Européens, prise de tête absolue pour les enfants et adultes qui doivent organiser des stratégies de fou pour pouvoir satisfaire un besoin des plus naturels.

Et puis il y a les enfants qui boivent beaucoup le matin au petit déjeuner, ceux qui mangent des céréales dont les fibres ont un effet laxatif à H+1, ceux qui mangent des fruits, ceux qui…..stop ! Ne cherchons pas plus longtemps des exemples, il y en a pléthore.

Les enfants, faut-il encore le redire, sont tous différents et c’est ce qui fait leur intérêt et leur force.

Alors certes il y a des règles à l’école, c’est normal, et heureusement. Ok, c’est mieux de penser à faire pipi ou caca (quand les toilettes sont propres et qu’il y a du papier) pendant la récré. Mais dans le règlement de l’école, où est-ce que c’est marqué qu’il y a des droits et des devoirs pour tous les enfants ?

“Je dois aller aux toilettes pendant la pause de la récréation” ne peut pas aller sans “j’ai le droit d’aller aux toilettes quand l’envie est trop pressante et que j’ai un problème.”

Alors revenons à ce petit garçon de 8 ans. Il mange un gros morceau de pastèque à la cantine en plein mois de mars (cherchez l’erreur). Il part s’amuser avec ses copains en cours de récréation et quand il arrive en classe, il sent un truc bizarre qui se passe dans son ventre : ça tortille, ça fait glouglou et là….urgence, il faut aller aux toilettes.

Maintenant accrochez-vous, parce que l’histoire classique s’arrête là :

Madame je peux aller aux toilettes ?

Tu te moques de moi ? fallait y penser avant, pendant que tu étais en récréation!

Mais madame, c’est urgent” répond-il les larmes aux yeux, sentant la catastrophe arriver….

Non !

Et là, le petit garçon qui a monopolisé toute son énergie pour se retenir malgré la douleur, lâche tout et se fait caca sur lui…dans un silence glacial.

On se représente bien la honte et l’humiliation qu’il a pu ressentir, d’autant plus que ses camarades ont très vite repéré l’odeur, et les enfants étant ce qu’ils sont, ils savent très bien ne pas se faire de cadeaux, surtout quand ils repèrent une situation de faiblesse chez un des leurs.

Ce petit garçon a dû rester 1/2 heure comme ça avant la fin de la classe. Sa maîtresse a vaguement senti une odeur et en a fait la réflexion “hum….ça sent mauvais ici”, sans faire le lien (ou sans vouloir le faire) avec l’interdiction faite 1/2 heure avant.

Je vous passe l’épisode “retour à la maison” et la crise de larmes et de panique qu’il a fallu gérer tellement l’humiliation était violente, la douche qu’il a fallu dédramatiser quand il a découvert l’étendue des dégâts, et la boule de colère chez les parents qu’il a fallu dompter pour la transformer en une lettre/scud et demander un rendez-vous avec la directrice et l’instit pour une explication face à face !

Aucun remord, aucun regret de sa part : “je n’avais pas compris que c’était urgent”, “il ne s’est pas assez clairement exprimé”.

Ben voyons ! C’est tellement facile de jouer la parole d’un adulte contre la parole d’un enfant qui n’osera pas se défendre face à l’autorité de l’école, tellement son estime de lui est descendue en flèche !

Là on frise non seulement la maltraitance psychologique, mais aussi l’abus de position dominante. Qu’est-ce qu’un enfant de 8 ans à qui on inculque des valeurs de respect d’autrui peut répondre quand un adulte lui envoie une fin de non recevoir alors qu’il cherche simplement à assouvir un besoin naturel, et qui plus est, urgentissime ? Il se tait et encaisse…en silence.

Le problème, c’est que cet incident est banal et récurrent dans nos écoles actuellement. La bienveillance n’est pas toujours présente derrière les murs. Le postulat de départ pour certains instits, c’est que si 1 élève va aux toilettes, 10 vont vouloir suivre. Comme si c’était contagieux !

Ok, je suis d’accord, il faut un minimum d’encadrement et d’organisation si on ne veut pas qu’une journée à l’école se transforme en allers-retours incessants aux toilettes pendant les heures de classe. Mais bon, les cadres ça s’assouplit non ? les exceptions ça existe, on n’est pas à l’armée !

Est-ce qu’un jour l’école va enfin comprendre qu’un enfant n’est pas disponible pour comprendre, apprendre et consolider ses apprentissages quand il a la vessie pleine ?

Comment peut-on penser que nos enfants vont se construire positivement avec de tels comportements ? Quelle est leur vision du monde adulte quand ils vivent quotidiennement ce type d’interdictions ?

Comment peut-on penser que les enfants vont avoir envie de respecter l’école et les adultes référents s’ils sont traités de la sorte ?

Dans un document distribué aux enfants en début d’année, les parents ont dû signer les “règles de vie collective”, avec entre autre :

“Respecte les personnes” Faites ce que je dis et pas ce que je fais !

Mais le plus drôle c’est ça : “il est indispensable que des relations de confiance soient établies entre les parents et les professeurs pour le bien être de l’enfant.”

No comment…

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