Les enfants perdus

Cela pourrait être le titre d’une célèbre histoire, d’un conte de James Mattew Barrie. Les enfants perdus. Mais point de Peter ni de Wendy, juste de tristes avatars de ces héros mythiques du début du siècle dernier.

Ces enfants perdus ne sont pas les habitants d’un pays imaginaire, depuis quelques années ils habitent mon imaginaire. Bien souvent, le soir j’attend la fenêtre ouverte qu’un Peter virevoltant me fasse voler et m’emmène les rejoindre. Mais assis devant l’écran de mon ordinateur, devant la fenêtre ouverte de ma boite mail, Peter et sa copine Wendy ne viennent toujours pas me prendre par la main et me monter qu’ils existent bien mes enfants perdus. Habitant ce pays pas si imaginaire que ça..

Tout à une origine, l’origine de cette attente est une séparation comme il en existe des centaines en France. Rien de bien extraordinaire, une situation amoureuse sur le déclin, une femme plus jeune qui croise ma route et plus rien ne compte.

Oui plus rien, je n’étais plus un mari, plus un père, j’étais redevenu dans les yeux de cette jeune femme un homme sexuellement attirant. Vertige des sens, sensualité retrouvé, être désirable te désirer de nouveau. Je n’étais que jouissance, érection, draps froissés. Je ne pensais que caresse, je n’étais qu’envie. Dieu m’est témoin qu’à cette époque une seule chose comptée, le sexe tout le temps et partout avec elle. Elle mon incroyable addiction qui m’a fait oublier pour un temps mon rôle de père.

Tout en étant un être érectile, j’étais un être incomplet car je perdais peu à peu le contact avec la réalité. La famille que j’avais construite.

La réalité était devenue un rêve, le rêve mon quotidien dans les bras de celle qui m’a fait reconnaître les sentiers de ma sexualité, redécouvrir les mots volupté, sensualité. Mon Ex était bien ancrée dans la réalité et se débattait entre la colère d’être trahie et celle de l’abandon. Oui j’abandonnais ma famille mais au delà mes enfants.

Je suis un mauvais père, mais un foutu queutar, belle image que je dois à l’imagination fertile de mon Ex. Au fond comme sur beaucoup de choses à l’époque, elle n’avait pas tort…

L’amour est fragile, c’est un équilibre sur lequel deux êtres aimant se tiennent. Quand l’un s’en va, l’autre s’effondre. Dans cette chute il essaye d’entraîner l’autre, le plus loin possible. Je suis tombé si bas, entraîné par un morceau de béton attaché aux chevilles balancé dans un lac judiciaire. Elle m’a si bien plombé que j’ai mis une éternité à remonté des méandres judiciaires dans lesquelles j’étais plongées. Un divorce est un combat, un tribunal un véritable ring.. Je n’étais pas entraîné, j’étais KO en deux séances…

Je me suis vu privé de tout. J’avais perdu l’estime de moi, je ne pouvais concevoir que mes enfants aient une image paternelle si dégradée.

L’homme est lâche, j’ai fui. J’ai rompu le contact petit à petit.

La guerre des Roses !

Au début, j’ai combattu, j’ai renier tout ce que la mère était capable d’inculquer à mes enfants. Je me suis battu pour les voir, luttant comme Sancho Pansa pour gagner un RDV avec eux.. Lutter sans cesse, entre les insinuations horribles, les interrogations de mes enfants, leurs questions.. J’avoue que seul à combattre contre une mère, la justice, c’était inégale. Je ne suis pas armé.. Personne n’est armé pour vivre cela.

Attouchements, violence, coups, blessures, convocations policières. Vie à jamais salie, ce que l’on a fait subir à mes enfants était une horreur. Nous sommes fautifs, mon ex-femme et moi. Nous les avons définitivement abîmés, victimes collatérales d’une guerre conjugale que personne n’a gagné.

Je suis fautif, je les ai abandonné.

Je les aime plus que tout..

Renouer avec eux, reprendre le fil, retisser un lien. Impossible tant que la haine animera celle qui s’est sentie trahie. J’ai trahie une femme à laquelle j’étais marié mais que je n’aimais plus.

M’aimais t-elle au point de me poursuivre de sa haine contre enfant ces sept dernières années ?

Beaucoup de gens, dont des amis très proches m’ont affirmé que la haine est un sentiment si proche de l’amour que parfois il se confondent..

L’amour, la haine, là n’est pas mon propos.

J’aimerai tant que les relations entre parents divorcés soient toujours bonnes et dans l’intérêt de l’enfant mais c’est très peu le cas. Le divorce, la séparation est toujours un échec ! Mais qui est responsable ? Là est la guerre, la responsabilité de l’échec.

J’en assume pleinement l’échec. Ma punition a été à la hauteur. Trop souvent les pères ne sont considérés que comme des portefeuilles. Peut-on bâtir une relation parentale quand ce sentiment domine, prime sur tout le reste ?

Mes enfants perdus.

Pour eux, je ne sais pas ce que je suis, un être impardonnable, un père abhorré comme on déteste les cafards. Un géniteur dont on refuse l’héritage génétique quand dans un accès de colère paternel, on t’assure que tu ressemble à ton père !

J’imagine leurs joie, leurs peines, leurs petits et grands bobos..

Avant toute cette déferlante de passion et de haine, j’étais un père, un vrai papa poule. J’étais présent pour leurs premiers pas, leurs premières chutes, les maladies, les chagrins, les bons bétons, les peurs nocturnes. Les câlins quand mon fils n’acceptait de s’endormir que berçait par la musique et dans mes bras exclusifs. Ma joie, mon bonheur ressenti dans ces moments. Il y avait les Noël familiaux les plus banals, leurs anniversaires… Les grandes joies de la vie d’un homme.

Ce que j’ai compris avec l’âge, c’est qu’être un homme c’est aussi être un père. Savoir bander et être là pour consoler son ado d’un chagrin d’amour.

Je ne suis que la moitié d’un homme, qu’un sexe, qu’un être phallique sans coeur tant il est brisé par leur absence.

Je vous en prie ne me jugez pas, je ne suis qu’un humain avec ses contrariétés, ses lâchetés. Mais avec une peine et un chagrin que rien ni personne ne pourra combler.

J’aime, je ressens, je vis mais il y a toujours un pincement au cœur quand le calendrier s’égrène… Des dates, des lieux et mon coeur explose…

Peter, Wendy ! Hey vous qui voyageaient au pays imaginaire, dites à mes enfants que je les aime. Et que je suis là, je suis un papa désolant, mais un père qui vous chéris de tout son coeur..

Je ne regrette rien, le regret n’a aucune signification, je voudrais pouvoir ne serai-ce qu’une fois être là.. Vous serrer dans mes bras. Dans un monde sans haine maternelle, sans ces phrases assassines, sans les insultes et les mensonges.

Comprendra t-elle un jour, qu’elle n’est plus rien pour moi, qu’il est temps de tourner la page, qu’elle n’est que la mère de mes enfants. Une femme avec laquelle j’ai conçu la plus belle chose de ma vie. La page se tourne, les enfants sont toujours aussi loin… Je sais aujourd’hui que rien ne me les ramènera, ni la colère, ni les pleurs mais juste le temps qui fera son œuvre et contre lequel, toute puissante qu’elle soit, cette mère et amoureuse pathétique ne pourra rien..

Un enfant sans père perd un repère …

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