Une soirée de 14 juillet, faite de sang et de larmes.

Le 14 juillet 2016 sur la promenade des anglais, ou La Prom’ comme les habitants l’appelle étaient pleines de personnes venues regarder le spectacle qui toutes les années enflamme la baie des anges du côté de Castel plage jusqu’à Magnan. Il est entre 22 heures et 23 heures, les gens se réunissent, la foule immense se place face à la mer Méditerranée et attend.

J’aurai pu me trouver ce soir-là sur ce lieu , comme les années précédentes, à essayer de me frayer un passage pour être le mieux placé pour admirer les belles fleurs pyrotechniques éphémères qui font de la baie un endroit à part. Attendant le final et l’embrasement du château de Nice. Toujours aussi beau, toujours aussi magique..

Ce soir là, un 14 juillet, je n’y étais pas.. Ailleurs..

Dans cet ailleurs, le téléphone a vibré encore et encore..

Mon téléphone vibre, comme à chaque fois qu’il y a une alerte info.

Les alertes info des applications du Monde, de Franceinfo, on y jette un coup d’œil par habitude. Drôle de Monde où un téléphone nous habitue à l’horreur du monde. Des attentats, des morts en Syrie ou ailleurs, des navires de migrants qui chavirent et font des centaines de morts. Ces alertes qui banalise l’horreur, qui font que la mort d’êtres vivants devient une chose banale. Nous sommes banalement informé et parfois indigné..

Installé tranquillement, le message de mes applications se répète une fois, une autre alerte, encore une autre.. la répétition des alertes, comme une sirène d’alarme me met la puce à l’oreille. Je regarde, lis, ne comprends pas ce que je lis! Je ne veux pas y croire..

Un camion a foncé sur la foule ce soir là, le terrorisme à touché la ville de mes amis, la ville dans laquelle j’ai vécu une grande partie de ma vie.

Le temps est suspendu, je digère l’horreur et je commence à réagir, loin de mes ami(e)s, du seul membre de ma famille. Les questions se bousculent, la peur s’installe, téléphone, SMS, réseaux sociaux.. je prends des nouvelles de mes ami(e)s, voulant savoir si ceux qui comptent vont bien ! Attente terrifiante des réponses, le temps se dilate, s’allonge, les minutes se confondent avec des heures..

Marie va t-elle bien, Laurence, Beatrice, Corinne et ma petite Melanie ?

Et mes ami(e)s d’enfance, ceux et celles avec qui j’ai fait les quatre cents coups, Olivier et compagnie.. j’ai eu des nouvelles, les réponses sont venues tard dans la nuit, et tôt le lendemain..

Sauf, un SMS… juste un SMS qui n’ai jamais parvenu au destinataire.

Une bouteille à la mer..

Pas de réponse, le répondeur innervant encore plus la douleur.. On y pense, on pense, on essaye de ne pas nommer la chose que l’on ressent au plus profond de soi.. Et pourtant une petite voix obsédante, une affreuse intuition, la crainte rode autours de moi.. La crainte se nourri de mon énervement devant le silence du téléphone.. le silence .. et puis, le silence est à jamais brisé devant les annonces des noms des victimes..

De personne disparue à victime décédée, l’espoir n’est plus permis. Son nom est cité, sans fautes d’orthographe.

On lit, relit la liste des noms mais le doute n’est plus possible.. La mort à frappé.. il ne sera plus !

Par égard pour ses proches, son nom et son prénom ne sera pas cité dans cet article. Pour ne pas rajouter de l’indécence à écrire son nom sur les réseaux sociaux à cette horrible douleur de perdre un être cher..

Encore aujourd’hui, ce silence téléphonique m’étouffe.. La nuit souvent je repense à ce jour maudit.. Et depuis, il n’y a pas un seul jour où j’essaye de comprendre les motivations d’un homme qui se prépare à massacrer.. Ce pourquoi et ce manque de réponse! Après une année et des récupérations politiques et médiatiques honteuses, les victimes et leurs familles ne comprennent pas. L’enquête n’a rien révélé sur les motivations du tueur. Probablement nous resterons tous avec cette question, nous devrons faire notre vie, la continuer sans savoir ..

Je ne suis pas amer, plus de colère en moi, juste de l’incompréhension. Je ne suis pas devenu cet être méfiant envers l’autre, détestant tout signes qui me rappelleraient la religion au nom de laquelle ces gens sanguinaires tuent des innocents.

Je reste sûr que les humains sont bons quelque soit leur couleur ou leur croyance.

Je m’en veux, d’avoir été si loin ce soir là, d’être trop pris dans l’instant pour ne pas prendre des nouvelles.

Ce soir là, j’aurai pu perdre d’autres personnes. Ce soir là, je ne me pardonnerai jamais d’être

Nous célébrons le 14 juillet notre fête nationale, nous célébrons nos valeurs démocratiques et notre amour de la république, la Liberté, l’Egalité et la Fraternité. Ces valeurs souvent abîmées, bousculées et souvent réduites par manque de courage à des mots vides de sens.

Ce massacre, cet assassinat de masse bouscule notre conception du vivre ensemble, de notre capacité humaine d’empathie et de solidarité.

Le but de ces terribles actes sont fait pour cela, nous faire oublier ce qui nous unis, cette société française colorées, diverses et surtout tolérante.

J’espère que les victimes directes, les familles, et les témoins de ces actes fous font la part des choses, je sais que mes ami(e)s ont dans leur cœur ces valeurs et qu’ils n’ont pas abandonné ces idéaux qui dépassent nos inclinations politiques.

Ce soir, nous célébrerons la première année de l’attentat qui a coûté la vie à 86 personnes et en blessant 430 autres. Nous communierons ensemble dans la peine pour continuer ce devoir de mémoire. Se rassembler, parler et célébrer le souvenir de nos morts et blessés de ce funeste 14 juillet 2016.

Présent par le cœur et l’esprit, comme beaucoup de niçois et niçoises éloignés de la Prom’, notre devoir est de rester unis et tolérant.

Ce moment d’horreur doit nous rappeler que l’unité fait notre force.

Tous les niçois ont laissé un peu d’eux mêmes sur le bitume de la prom’ ce soir là.

Un peu de nous mêmes sous les roues de ce camion fou.

Un peu de nous quand certains cœurs se sont arrêtés.

Un peu de nous dans ces tâches de sang maculant la chaussée.

Un peu de nous dans les larmes versées.

Un peu de nous dans les cris des enfants.

Un peu de nous dans le bruit et la fureur de cette soirée de sang.

Il faut que nous arrivions à dépasser la colère légitime, la tristesse et le chagrin pour montrer que notre ville est la plus belle du monde, la plus forte. Dur a la douleur, fier dans le combat.

En 1789, des hommes et des femmes sont morts pour que des idéaux vivent. Des idéaux forts qui nous permettent aujourd’hui de vivre libres quelque soit notre couleur de peau, croyances politiques ou religieuses, notre orientation sexuelle.

Ce n’est pas en ces moments douloureux qu’il faut mettre à bat nos valeurs. Au contraire, il faut les célébrer. Montrer au monde de ces faiseurs de morts, que la vie est la plus forte.

Que les armes, les bombes, les véhicules peuvent tuer mais ne peuvent éteindre la flamme qui de tout temps à unis les humains, la fraternité dans l’adversité. L’unité quand un facteur de division essaie de nous désarçonner !

Ne cessons jamais d’être libre, heureux et fier de notre ville et de ces habitants soient débout ce soir comme avant..

De tout cœur avec vous mes ami(e)s..

Like what you read? Give Tri !!!!!!!!!! a round of applause.

From a quick cheer to a standing ovation, clap to show how much you enjoyed this story.