J’ai un sac.

Un sac de voyage marron, avec une contenance assez moyenne, pouvant transporter le nécessaire pour un petit week-end improvisé.

Je le sais bien, car ce sac, il m’a été offert il y a des années par une ancienne petite amie lors d’un voyage surprise. Dedans, elle avait mis deux pulls neufs, autant de t-shirt, des caleçons, etc. Elle l’avait caché dans le coffre de sa voiture, et c’est au premier arrêt sur une aire d’autoroute qu’elle m’a montré l’objet, démontrant ainsi son sens aigu de l’organisation.

Puis quelques mois après, on a rompu. Pour autre chose, bien heureusement.

Mais depuis, j’ai toujours associé ce sac à de bons moments. Le prendre avec moi, c’était surtout une preuve que l’histoire de quelques heures, quelques jours, ma vie allait sortir de sa routine, pour rendre visite à quelqu’un ou pour découvrir un nouveau lieu.

Mais voilà… Il y a quelques mois, j’ai découvert une éraflure sur ce sac. Une marque nette, visible, au niveau de la poche avant.

Ça m’a fait le même effet que lorsqu’on découvre une marque faite à la clé sur la portière de sa voiture neuve. J’ai pesté contre l’univers entier de ne pas avoir fait en sorte que ceci n’arrive jamais.

Cette petite griffe, survenue pendant un moment d’inattention, m’a fait exploser intérieurement, à l’abri des regards pouvant dire «ce n’est qu’un sac, tu sais ?».

Puis les traces du temps se sont enchaînées à une vitesse folle. Ici. Là.

Aujourd’hui, mon compagnon de voyage ne fait plus illusion. Il n’a plus rien de neuf, il porte les marques de plusieurs accrochages, quand ce n’est pas l’usure du cuir qui s’affirme sur le dessous.


Je ne sais pas si je me projète dans ce sac ou si c’est l’idée même de l’effet du temps sur mes souvenirs que je balance sur ce partenaire avec anses et bandoulière.

J’ai juste peur de devoir m’en séparer un jour. De le remplacer. De l’oublier parce qu’en fait, ce n’est qu’un sac de voyage. Ou de ne plus jamais avoir besoin de lui.

Ça n’a absolument aucun sens. Par contre, ça me rappelle aussi les canards du premier épisode des Sopranos. Ce qui est une autre histoire.

C’est fou ce qu’un sac offert par une personne importante peut déclencher des années après.

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