Je n’aime pas le logo d’adopteunmec !

(Comme ça, au moins, c’est clair…)

Depuis quelques jours, je vois beaucoup d’affiches aux allures minimalistes faisant la publicité du site “adopteunmec”.

Campagne AdopteUnMec 2012.
Credits photo : Streetpress.com
http://www.streetpress.com/blog/28079-thomas-pawlowski-directeur-marketing-d-adopteunmec-pour-2012-on-vise-15-millions-d-euros-de-chiffre-d-affaires-par-lucile-quillet

Dessus, le logo, en énorme, facilement reconnaissable suite aux différentes campagnes précédentes, et en bas, à droite, un petit message pour dire qu’il y a une nouvelle application disponible.

Certains diront que c’est un peu la rançon de la gloire, de pouvoir ne communiquer que par un logo. Nike l’a fait, McDo aussi, et donc, aujourd’hui, un site de rencontres a pris assez de place dans notre paysage quotidien pour se permettre cette audace.

Sauf que, de façon totalement personnelle, ce visuel me dérange. Ou plutôt, comme j’ai pu le dire il y a quelques jours sur Twitter…

https://twitter.com/sprykritic/statuses/504750415804895232

Le message est simple : une femme, un caddie et un mec dedans.


En un mot, l’Homme est un produit de consommation comme un autre.

On pourrait passer des semaines entières à alimenter le débat sur la représentation du monde par le spectre de la publicité, et j’écouterais volontiers tous ceux qui, preuve à l’appui, me dirait que c’est déjà le cas, et qu’il faut faire avec. Ils auraient peut-être raison, mais mon gêne n’est pas là.

Non, là où le logo me pose un sérieux souci, c’est qu’il est sexiste, et que ça n’a pas l’air de choquer grand monde.

Pourtant, bizarrement, dans mes souvenirs lointains, il me semble qu’une autre représentation commerciale d’une personne dans un caddie avait déclenché une plus grande polémique.

Donc voilà, en 2010, le chanteur Damien Saez avait vu son affiche censurée car on y voyait une femme dénudée (la nuance est importante) dans un chariot de supermarché. La RATP, via sa régie Metrobus, avait refusé de mettre la photographie dans ses couloirs et ses abribus, en se basant sur un communiqué assez clair :

“La publicité ne peut, notamment, réduire la personne humaine, et en particulier la femme, à la fonction d’objet et, lorsque la publicité utilise la nudité, il convient de veiller à ce que sa représentation ne puisse être considéré comme dégradante”.

Je ne reviens pas sur l’aspect nudité, je peux aisément le comprendre. Ce qui m’intéresse sur dans ce communiqué, c’est la première partie. La publicité ne peut réduire la personne humaine, en particulier la femme, à la fonction d’objet.

Quatre ans plus tard, l’inverse est donc possible.


Surtout qu’une subtile différence m’interpelle aujourd’hui : Sur le “J’accuse” de Saez, on ne voit personne d’autre que la femme. Mais on suppose que si l’homme n’est pas à ses côtés, lui donnant aussi le statut de produit, c’est qu’il est donc le consommateur.

En fait, on n’en sait rien, mais c’est implicite.

Sur le logo d’adopteunmec, les choses sont claires : Les femmes sont les consommatrices, puisqu’elles poussent le chariot. D’ailleurs, personne ne se posent la question sur le côté ménagère de moins de 50 ans de l’idée, et c’est pas plus mal en fait.

Je suis une femme, je joue à la marchande, hihihi !

Bref, me voilà donc devant ce logo, à me dire qu’il y a quand même quelque chose qui cloche, et à me dire à chaque fois que si on avait l’inverse devant les yeux, Internet aurait été en feu à la première capture d’écran. Et par inverse, j’étends la métaphore à tout son concept.

Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, si un site adopteunemeuf avait vu le jour dans la lignée de son prédéceseur, une fois encore, on aurait eu des articles traitant du machisme flagrant de l’idée, pendant que d’autres, dans les commentaires, se tueraient à la tâche d’expliquer que si on accepte quelque chose dans un sens, alors on doit pouvoir prendre le chemin inverse, par principe d’égalité.

Simulation approximative du logo d’adopteunemeuf.

Les fondateurs du site expliquent que tout le site n’est pas à prendre au premier degré, qu’il reprend juste des codes pour les détourner et y apporter un dose de second degré. Et, croyez-le ou non, malgré tout ce que je viens d’essayer de défendre, je pense qu’ils sont sincères.

Enfin…
“Sincères” avec le cynisme qu’apporte un chiffre d’affaire conséquent.

Si j’avais ouvert adopteunbebedutiersmonde, avec le même visuel, les charmes, etc, je pense que vous auriez un peu tiqué. Qu’importe si la procédure en back-office était plus que légale, et que le résultat permettait le bonheur d’une famille, le fait de considéré quelqu’un comme un objet de consommation vous poserait un souci.

Bizarrement, pas avec un homme.

Qu’est-ce que ça nous apprend, sur nous, les hommes ? Ben que notre “genre”, celui qu’on a pas décidé d’avoir, pas plus que quelqu’un d’autre, nous donne un statut de privilégié qui nous empêche donc de nous plaindre.

C’est un peu comme les personnes blanches qui ne peuvent pas se plaindre du racisme justement parce qu’elles sont blanches.

En tant que mec, le fait d’être considéré comme un produit de consommation sur un site de rencontres ne doit pas nous poser de problème parce que la société considère la femme pour moins que ça depuis des siècles. CQFD.

Et puis : le second degré, voyons.


Comprenons nous bien, je n’ai rien contre les sites de rencontres. Et je sais qu’ils doivent se différencier entre eux pour occuper l’espace. Mais aussi paradoxal que cela puisse être, j’ai beaucoup moins de mal à tolérér (Comme si on avait besoin de mon accord…) les espaces de rencontres extra-conjuguales par exemple, que les sites qui se basent sur des critères de séléctions strictes (comprendre : “On ne veut que des gens beaux et riches”) ou donc, l’idée que l’autre n’est qu’un objet.

On me dira, à juste titre, que si ça ne me plaît pas, je n’ai pas à participer, et que ça reste bon enfant, entre adultes consentants.

Peut-être.

Mais ça ne m’empêchera pas de dire que d’en arriver là, ça pue quand même un peu.


Le 01 juin 2014, le magazine Zone Interdite diffusait un reportage nommé “Amour, sexe, séduction : les codes ont changé”. Je vous passe le sommaire de l’émission, ce n’est pas ça le plus important.

Dans la multitude de choses qui m’ont été confirmés par l’émission, il y a eu ce passage montrant un homme inscrit sur un site de rencontres et qui n’arrivait pas à attirer l’attention sur lui. Un coach lui conseillait donc de changer sa photo de profil, quelques détails de sa fiche, et de lui laisser les commandes pendant quelques temps pour donner une autre image de lui.

Le résultat ne s’est pas fait attendre, grâce à ces “petites” astuces, son compteur de rendez-vous était reparti.

Et j’ai trouvé ça triste. Triste parce qu’en étant lui-même (chose que pourtant, on nous rabâche à longueur de journée — être soi-même, toujours !), ça n’a pas marché. Il a donc dû se plier à la volonté de la société, voire du marché, pour accéder à un autre niveau de séduction.

Et adopteunmec (toujours lui), c’est donc ça. Un mal nécessaire pour que tout le monde y trouve son compte : les filles ont le sentiment d’avoir le pouvoir, et les hommes… ben j’en sais rien.

Mais c’est bien connu : les hommes, du moment qu’ils peuvent voir des femmes nues, ils se foutent de la méthode en fait.

Enfin voilà.

Quand je vois ce logo, c’est un peu tout ça que je vois.
Un monde qui part bien en couilles en fait, mais on le savait déjà.

D’ici là, peut-être que je me pencherais sur le cas de Banania tiens.

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