Spry : Vie Créative

Facebook, le 13 avril 2017.

Je change ma biographie pour “Parfois, je crée des trucs. Et parfois, je crée d’autres trucs.”
Je trouve que ça résume bien la situation.
Je fais des “trucs” parce que je n’ai pas assez confiance en moi pour dire ce que je fais exactement.

Il faut dire que vingt-trois années plus tôt, en 1994, j’étais dans ma chambre, à écrire mon premier texte de rap sur une page simple et perforée, avec de grands carreaux.

Je ne m’embarrassais pas encore de la structure, du rythme. Je collais des mots les uns après les autres. Pour faire des phrases. Pour faire un texte.
Tout ça, c’était avant internet, avant les flows techniques et l’autotune, avant les versions instrumentales disponibles en un clic.

En 1994 donc, pour la première fois et sans être forcé à le faire, j’écrivais des mots.
Mes mots.

Un peu dans tous les sens.
Parce que ça me faisait plaisir.
Et parce que ça me fait du bien.

Alors qu’avant ça, j’avais passé beaucoup de temps à dessiner.
Ou du moins, j’avais essayé de le faire.
J’avais surtout reproduit beaucoup d’œuvres japonaises, avec plus ou moins de succès.
Je n’avais pas tout simplement pas le talent nécessaire pour créer à partir de zéro, surtout en comparaison à d’autres amis qui maniaient le critérium avec élégance.

Voilà pourquoi, ce jour là de cette année précise pendant laquelle Iam dansait le Mia, moi, je me sentais bien avec les mots.
Mes mots.

Je m’amusais pour la première fois à les structurer pour appuyer des sons, et ce nouvel espace créatif venait de moi.
Juste de moi.

Alors j’ai continué.
Après ce premier texte, j’en ai écrit beaucoup d’autres pendant presque une décennie, sans jamais vraiment l’assumer. À pouvoir répondre “je chante” quand on me demandait ce que je faisais principalement de ma vie.

Tout comme je n’ai pas eu le courage de dire “je danse”, malgré plusieurs années dans la même compagnie.

Il faut dire que je m’étais lancé dans cette autre aventure par curiosité, mais aussi par envie de toucher à un autre domaine artistique.
Élargir mon domaine de compétence ainsi que mon terrain de jeu.

Et finalement, chanter, danser, et même mettre en scène un spectacle sont devenues des provocations créatives.
Bafouiller dans un micro ou en monter sur scène pour danser sans être le meilleur, c’était ma façon un peu tordue de dire :

“Pour le moment, toi qui m’écoutes ou me regardes, sache que je tente des choses. Même si je ne sais pas trop quoi. Mais si tu as la réponse, fais-moi signe”.

Et personne ne m’a fait signe.
Ou disons que je n’ai pas voulu les voir.
J’ai continué à cacher mes envies créatives.

Mais en octobre 2004, voilà que j’ouvre un blog.
Mon blog.

Avec comme premier titre “Spry : Sa vie, son oeuvre, et le reste…”

Selon moi, et malgré mon manque certain de légitimité, j’avais donc un pseudonyme, une vie ET une oeuvre qui valaient la peine d’être racontés.
Et pour ça, j’avais pour ambition de me détacher du lot.
Quelques mois plus tard donc, j’ai redesigné mon site.

J’ai donc plongé mes doigts dans d’hostiles lignes de code, sans aucune formation sur le sujet, juste avec ma curiosité et sens de la déduction, la seule contrainte étant : “ça marche ou ça ne marche pas.”
Et une fois encore, j’y ai pris goût.

Donc j’ai créé un site, puis deux, puis trois… jusqu’à finalement en faire mon métier.
Puis j’ai écrit pour d’autres, qui ont su me faire confiance.
Quand ensuite, j’ai invité des amis et des anonymes à me rejoindre dans des aventures temporaires.
J’ai profité de ces nouveaux terrains vagues pour tenter des choses, avec pour seules limites mes moyens techniques et le temps que je pouvais y accorder.
Voir tout ce que je pouvais humainement faire.

Alors j’ai voulu me lancer dans la photographie.
J’ai voulu écrire.
J’ai voulu dessiner.
J’ai voulu faire des films.
J’ai voulu animer des émissions.
J’ai voulu que des gens puissent s’exprimer librement.
J’ai voulu m’amuser.

Et j’ai fait tout ça.
D’une manière ou d’une autre, et toujours sans l’assumer, j’ai fait tout ça.
Parce que je pouvais le faire.

Si bien qu’aujourd’hui, je suis incapable de dire si je suis “webdesigner”, “auteur”, “artiste” ou autre chose.
J’attends toujours que quelqu’un me dise, pour ne pas arriver à le croire.

Mais en attendant, voilà pourquoi je dis encore “Parfois, je crée des trucs. Et parfois, je crée d’autres trucs.”
En espérant que ça ne s’arrête jamais.

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