La fine ligne entre l’obsolescence programmée et la mauvaise conception

Stan Muraczewski
Nov 7 · 5 min read

Nous avons tous entendus parler de l’obsolescence programmée concernant nos appareils électroniques. Mais qu’en est-il du reste de nos biens, sont-ils également concernés?

Il y a quelques mois, je rencontrais Thomas Radal. Il était de retour d’Asie, où il venait de passer quelques années en gestion environnementale de production. On discutait de nos projets respectifs et lui surtout de son envie de lancer un travail de recherche sur la durabilité des produits textiles, avec la vision de lancer un indicateur fiable pour les consommateurs. En gros un moyen pour tous de savoir quand le tee-shirt qu’on est sur le point d’acheter va tomber en miette au bout de 5 lavages, ou que l’impression “There is no planet B” disparaisse au bout de 3.

La fast-fashion et le développement durable, le paradoxe 2.0

Bref, je me suis dit que c’était une idée et un projet qui valait le coup d’être creuser, autant sur nos fringues que sur nos godasses.

Je me suis donc lancer dans une réflexion autour de cela.

Quelles seraient les moyens de connaître le potentiel de durabilité des chaussures ?

Ma réflexion s’est vite transformée en cas pratique cet été lorsque j’ai acheté une paire de VANS Old Skool, un modèle qui découle du premier modèle lancée dans les années 60.

Il n’était pas passé 3 mois après l’achat que la bande autour de la chaussure s’était déchirée, la semelle en caoutchouc commençait à se décoller sur les côtés et que le bout se déchirait. Pour une marque comme VANS, plébiscitée par les pratiquants de sports extrêmes tel le skateboard et le BMX, qui tous deux génèrent des contraintes fortes au niveau des pieds, c’est problématique.

Alors, à qui la faute? Je n’ai pas marché plus que d’habitude et je ne pense pas que mes 65 kilos fasse exploser les limites de contraintes acceptables sur la semelle.

Ensuite, j’ai passé mon temps à regarder les panards des gens dans la rue (activité que je fais de manière permanente, sans fétichisme, aucun) et j’ai observé que tout ceux qui portaient des VANS, présentaient un décollement de semelle aux points de flexion. Et vu qu’à la maison je ne suis pas le seul à porter des VANS, j’ai pu le voir en direct et le toucher!

A gauche le père, à droite la soeur qui a fait une réparation maison pour ne plus montrer son gros doigt de pied!

Qu’en déduire?

Un défaut de fabrication? Non, les niveaux d’usures des chaussures observées et les pays de production (Philippines et Vietnam) montraient clairement que nous n’avions pas acheté des chaussures provenant du même lot de production.

Il ne nous reste donc que le défaut de conception.

La vulcanisation

Il faut donc remonter sur le type de construction de cette chaussure qui utilisent une technique appelée, la vulcanisation. C’est l’histoire d’un brevet déposé à trois semaines d’intervalle entre Thomas Hancock et Charles Goodyear au 19ème siècle. L’idée; cuire les chaussures dans des fours avec des agents chimiques dit vulcanisant pour rendre le caoutchouc de la semelle plus élastique (déformation réversible) et moins plastique (déformation irréversible). Depuis, la technique a été largement adopté par l’industrie du pneumatique.

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Elle continue d’être utilisée dans l’industrie du chaussant et pourtant on voit clairement que cette construction ne génère pas un produit durable.

Remettre en question les constructions de nos produits

La question de l’esthétique, de la mode et de la consommation de manière plus générale, devraient être posées face à ces constructions qui ne répondent pas aux enjeux sociaux et environnementaux de notre siècle.

Est-ce qu’un produit à la mode et qui génère du chiffre d’affaires devrait être arrêté lorsque celui-ci ne réponds pas aux besoins de durabilité ? Donc dit de manière plus théorique, quelle est la quantité d’externalités négatives et positives que ce produit crée pour le consommateur et la société de manière plus globale?

On pourrait également se poser la question (avec une petite dose de théorie du complot), si les marques utilisant ce type de construction, qui sont donc au courant de ce défaut (ils ont bien dû voir les commentaires sur internet), ne continuent pas à produire des chaussures vulcanisées sachant que automatiquement la durée d’utilisation de leur produit va être réduite. Celui-ci génèrera un autre achat, potentiellement encore chez eux sachant que le produit est à la mode et que si vous êtes un consommateur sensible à cela vous continuerez d’acheter malgré le défaut.

En conclusion

Difficile de dire de manière certaine, à partir de cette analyse, si nous sommes face à de l’obsolescence programmée. En revanche, on peut très fortement en déduire que la construction vulcanisée, ou leur technique de production ne créée pas les conditions favorables à la durabilité du produit.

Ma conclusion personnelle : je n’achèterai plus de chaussures avec une construction vulcanisée.

Envoyez vos photos de chaussures VANS avec ces types de défauts à zero.waste.shoe@gmail.com / On va faire un mur galerie ci-dessous de chaussures avec des trous et des semelles qui pendent, ça va être bien chouette!

Stan Muraczewski

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Entrepreneur, écolo, sportif / Ecouter. Apprendre. Améliorer. Changer / www.zerowasteshoes.com

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