Coût + qualité / délai : quelle formule pour mener un projet ?
La mission d’un chef de projet est de poser un engagement plausible vis-à-vis de son donneur d’ordres et de piloter le projet avec maîtrise jusqu’à l’atteinte des objectifs. Pour y parvenir, il doit trouver un équilibre entre trois notions fondamentales : le coût, la qualité et le délai.
Comprendre les termes
Le coût. C’est le budget complet du projet : coûts humains, dépenses liées à la sous-traitance, licences, prévention et remédiation des risques, etc. Les coûts concernent l’ensemble des phases du projet : étude amont, réalisation, tests, recette, exploitation, hébergement, maintenance sur x années, mais également mise en place des processus adaptés, formation et accompagnement des utilisateurs.
La qualité. Cette notion synthétise le soin apporté au projet dans sa réalisation technique et fonctionnelle de manière à livrer au donneur d’ordres une solution répondant à ses exigences, sans oublier les exigences techniques sur l’évolutivité, la documentation, la maintenabilité, etc.
Le délai. C’est la durée du projet avec deux jalons majeurs qui sont la date de mise en production et la date de mise en service. Cette durée est évaluée sous l’autorité du chef de projet en croisant les exigences du donneur d’ordre, les ressources humaines et les moyens budgétaires disponibles. Urgent ou non, stratégique ou opérationnelle, tout projet a une date au delà de laquelle il devient caduque.
Comprendre leurs interactions
Coût, qualité et délai sont liés entre eux. Les bonnes pratiques enseignent qu’un projet rapide, de grande qualité et peu cher est une quête impossible. Il est nécessaire de sacrifier un des trois axes pour mener à bien un projet.
Un projet rapide et peu cher peut être de qualité médiocre. Malheureusment, ce type de projet est régulièrement demandé… En revanche, ce choix est viable pour des expérimentations ou des prototypes. En quelque sorte, c’est du « jetable ».
Un projet rapide et de bonne qualité mobilise un budget important. Lorsque la maîtrise d’ouvrage dispose des moyens budgétaires importants, ce choix est pertinent. C’est bien en mobilisant les moyens humains nécessaires pour garantir une couverture fonctionnelle large que le coût du projet devient important. Cet arbitrage est adapté pour des projets stratégiques dont les enjeux sont essentiels pour un sponsor de haut niveau.
Un projet de bonne qualité avec un budget “serré” est long. Cet arbitrage au détriment du délai est réalisé pour les projets sans enjeu voire « bouche trou ». Ces projets évoluent sans engagement pendant des périodes de plus faible activité. Les moyens humains ne sont pas prélevés sur les autres travaux, les équipes peuvent ainsi être réduites, ce qui permet de contenir le coût.
Donc, réussir un projet rapide, peu cher et de bonne qualité est un mythe. A contrario, il existe aussi des accidents industriels : des projets lents, de mauvaise qualité et cher. Il est préférable de passer sous silence les exemples… Les causes sont multiples : absence de cadrage préalable, indécision sur les choix à prendre, absence de culture projet, pilotage défaillant…
Comprendre la maîtrise d’ouvrage
Le chef de projet doit comprendre et s’approprier les attentes de la maîtrise d’ouvrage. Car évidemment, un projet stratégique ne se pilote pas de la même manière qu’un prototype ou un projet technique.
Le chef de projet doit être force de propositions et de conseils pour son donneur d’ordres. Il doit évaluer correctement la dimension à “sacrifier” pour mener à bien le projet : coût, qualité ou délai. Sa capacité à accompagner son donneur d’ordres, avec pédagogie, caractérise sa maîtrise du pilotage. C’est la clef du succès du projet.
Et l’administration ?
L’administration doit être exemplaire dans la qualité de ces réalisations et dans l’usage des moyens financiers.
Au lancement d’un projet, nul doute possible : le délai est sacrifié. Les coûts doivent être maîtrisés et toutes les fonctionnalités sont nécessaires…
Au fil des mois, la réalité contredit les prévisions : les délais s’allongent. Et inévitablement, l’exigence de livrer une solution dans les délais devient de plus en plus forte : les coûts sont alors sacrifiés. Le budget est revu à la hausse, les fonctionnalités parfois à la baisse, le tout pour permettre au projet d’être mené à son terme.
La presse se fait régulièrement l’écho des “fiascos” des “grands” projets informatiques de l’Etat : retards, surcoûts, bugs et autres travers. Oui tout n’est pas idéal. Et alors ? Faut-il arrêter d’innover ? Faut-il ne plus réformer, car des projets parfois échouent ou coûtent plus chers que prévu ?
Non, l’Etat doit continuer à innvoer dans de grands projets SI de l’Etat.

Oui, droit à l’erreur, droit à innover.
Un projet c’est une ambition, une transition vers un mieux. Un projet c’est une prise de risques. Un projet c’est une aventure avec ses bonnes surprises ou ses petits problèmes. Un projet c’est un voyage.