Je crois au hasard

Je crois au hasard. Notre route est semée de carrefours et d’aiguillages dans lesquels on s’engouffre pour mille et une raisons, des raisons intérieures, des raisons extérieures. Si les raisons intérieures peuvent avoir du sens, je crois profondément que les raisons extérieures en sont dénuées.

Il n’y a pas de sens hors de nous qui guide notre vie. Il n’y a pas de destin, de force extérieure qui pose les pièces ou nous pousse ici plutôt que là. Mais il y a du hasard. Beaucoup de hasard.

Et peu de certitudes mise à part notre finitude.

Ce n’est pas confortable, de croire que le monde est comme ça. Formulé ainsi, cela donne l’impression que c’est un choix, une décision lucide, mais il n’en est rien: c’est une évidence. Tout comme pour d’autres l’existence de Dieu est une évidence qui ne se démontre ni ne s’argumente, pour moi la non-existence d’autre chose que la matière qui compose notre monde l’est aussi.

Le monde et la vie n’ont pas de sens en eux-mêmes. Ce qui est arrivé aurait très bien pu ne pas arriver. Les événements qui ont changé le cours de nos vies tiennent parfois à un fil. Un fil aléatoire, plutôt qu’un fil qui nous confirmerait l’intervention d’une main divine au sens large. Nous sommes de petites coques de noix ballotées sur les vagues, qui faisons de notre parcours une histoire qui semblerait nous mener quelque part, alors que le prochain remous peut tout à fait nous couler ou nous envoyer valser dans l’autre direction.

Ce n’est pas confortable. C’est même très inconfortable.

Et ça ne mène nulle part, parce qu’on meurt à la fin, parce que tout le monde va mourir un jour ou l’autre, parce qu’on a beau se reproduire et tenter de sauver la planète, un jour notre terre sera inhabitable, et la vie disparaîtra, et il n’y aura plus rien, et nous ne serons pas en train de parcourir l’univers comme dans les romans de science-fiction en laissant notre planète morte derrière nous, parce que le paradoxe de Fermi (vous connaissez?), enfin pas “parce que” le paradoxe précisément, mais en y réfléchissant, y’a bien des chances qu’on soit tout seuls dans l’univers ou que personne ne fait jamais contact, ce qui fondamentalement revient au même. Et puis bon, un jour l’univers tirera sa révérence, de toute façon, et il n’y aura plus rien de rien nulle part et personne pour le voir.

Et moi là-dedans, je fais quoi? Je la mène où, ma vie? Elle sert à quoi? Ces questions et tant d’autres m’emprisonnent dans des schémas dont je me passerais bien. #vagueblogging, un peu, parce que je peux.

Que personne ne s’alarme. Cet inconfort, il m’accompagne depuis le début de ma vie d’adulte, et peut-être même avant. S’il y a là un fond de désespoir existentiel, que je reconnais volontiers, il ne tend pas à l’autodestruction. Il tend à la quête, la quête, encore la Quête: pourquoi, comment, pour quoi, où vais-je. Je m’accroche aux réponses que je trouve, même si je sais qu’elles sont mal arrimées. Elles me permettent de flotter un peu et d’oublier la profondeur infinie de l’eau sous mes pieds.

Et qu’est-ce que ce serait plus confortable de croire qu’il y a un sens à tout ça, un ordre qui nous dépasse, une raison d’être là.

Mais je ne peux pas.

C’est ainsi.


Originally published at Climb to the Stars.