Ralentir

Depuis fin juin, j’ai mis les bouchées doubles. Et le site est en ligne. Mais moi, j’ai besoin de ralentir. Je cours-cours-cours, comme je l’ai fait tout l’été, moins quelques semaines début juillet où j’ai levé le pied un peu car mon cerveau avait frisé la surchauffe. La ligne d’arrivée est franchie mais je me sens emportée par mon élan.

Des fois, je me souviens d’un conseil qu’il m’avait donné: marcher lentement. Bouger lentement. Moi qui ne vais nulle part ou presque sans courir, qui fais tout le plus vite possible, qui enchaîne pour ne pas perdre de temps.

En fait, je sais prendre le temps. Mais parfois j’oublie, quand je suis lancée, à quel point c’est important. Là, ça fait une dizaine de jours que je suis en décélération. Enfin, que j’essaie. Ça marche, parfois, parfois pas. Comme tout à l’heure quand je suis rentrée avec mes courses et que je sentais l’urgence de vite-vite les sortir de la voiture les amener à l’appart les ranger —

Ben non en fait. Pas besoin. Je peux trainer.

Comme tant de choses c’est une question de regard et de perspective. De la prise de conscience nécessaire, alors que je suis engluée dans le moment présent, que l’urgence c’est moi qui la crée, que je peux en fait ralentir mon pas, monter les escaliers un à un, respirer, ou même m’asseoir un moment sans rien faire.

C’est dur, de ne rien faire. Vous avez essayé? Pas de méditer, non, ça c’est déjà faire quelque chose. Juste de ne rien faire. J’ai vite la bougeotte quand je tente ça. Oh là là, il faut faire ci, il faut faire ça, et si je faisais truc, ah, je sais, je vais arroser les plantes, je me lève — stop, non, je reste assise et je continue cet extraordinairement difficile exercice de ne rien faire.

Dans deux semaines, si tout va bien, je suis dans l’avion pour l’Inde. Je n’ai pas acheté mon billet, encore. Demain. Mais sinon, ma journée n’est pas trop pleine. Je dis pas trop, parce qu’une journée de week-end vide, comme j’aimerais en avoir, juste là maintenant on n’y est pas encore.

Mais ça vient.

Je ralentis.


Originally published at Climb to the Stars.

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