Un Président de la République, cela sert à quoi ?

Je me pose cette question depuis quelques temps. Je ne suis pas le seul sûrement. En particulier de façon plus insistante depuis quelques semaines en me projetant après le 7 mai.

En effet un néophyte encore jamais élu à l’Elysée et donc à ce poste va être notre Président de la République pendant 5 ans. Est-ce si important ou si grave qu’il le soit ? A priori cela l’aurait été, mais en fait peut être que non.

J’ai repensé à un passage de la biographie de Danielle Mitterrand qui fait réfléchir, illustre ma pensée et beaucoup de choses :

« Mai 1981 fut un mois de grande activité, car c’était la préparation de l’arrivée au pouvoir de François. J’essayais d’apporter tout ce qu’il y a de meilleur en moi, pour que ce rêve d’avoir une société socialiste, quoique à l’européenne, devienne réalité. Mais bien vite j’ai commencé à voir que cette France juste et équitable ne pouvait pas s’établir. Alors je. demandais à François : ‘‘Pourquoi maintenant que tu en as le pouvoir ne fais-tu pas ce que tu avais promis ?’’ Il me répondait qu’il n’avait pas le pouvoir d’affronter la Banque mondiale, le capitalisme, le néolibéralisme. Qu’il avait gagné un gouvernement mais non pas le pouvoir. J’appris ainsi qu’être le gouvernement, être président, ne sert pas à grand-chose dans ces sociétés sujettes, soumises au capitalisme. J’ai vécu l’expérience directement durant quatorze ans. Même s’il essayait d’éviter le côté le plus négatif du capitalisme, les rêves ont commencé à se briser très rapidement. […][…] Durant la célébration du Bicentenaire de la Déclaration des droits de l’Homme – juillet 1989 – j’ai pu voir jusqu’à quel point nous étions soumis aux Etat-Unis. L’Etat français n’invita pas plusieurs dignitaires, en particulier des Latino-Américains. Comme par hasard, c’était ces pays-là que Washington voulait détruire. […] Je me rappelle avoir dit à François : ‘‘Jusqu’à quel point allons-nous être dépendants de l’humeur des Etats-Unis, ne pas pouvoir choisir nos invités pour nos festivités… ?’’ Ce fut une honte. […]
En France, on élit et les élus font des lois qu’ils n’ont jamais proposées et dont nous n’avons jamais voulu. […] La France est-elle une démocratie ? Une puissance mondiale ? Je le dis en tant que Française : cela ne veut rien dire ».

Vous avez pu lire la réaction, après 14 ans au pouvoir, d’une femme profondément déçue de notre relative faiblesse dans ces années 1981/1995. Qu’est ce qu’il en serait aujourd’hui, où à notre faiblesse politico-économico-diplomatique de l’époque s’est ajoutée une faiblesse/dépendance financière abyssale ?

Aujourd’hui donc, non cela ne serait être grave : un Président cela ne sert à plus grand chose. Il serait élu avec une faible marge de manoeuvre et ne pourrait pas trop être contre ces éléments construits depuis des années pour exister à l’échelle de la planète. Car oui et que cela ne déplaise à ceux qui mettent dans leur programme que la France peut être/vivre mieux “seule” cela n’est pas possible. Même avec tous les programmes et mesures les plus inventives et/ou utopistes. Nous aurons toujours besoin des autres pays comme eux auront besoin de nous.

Ceci étant dit et compte tenu des forces en présence, on ne va pas élire le plus honnête car c’est une gageure, le plus expérimenté car cela reviendrait à une forme d’immobilisme et j’en passe sur tous les qualificatifs possibles qualifiants ces candidats.

A quoi bon se déchirer pour l’un ou l’une si c’est pour aboutir au même résultat ? Ne faut il pas tout simplement changer notre vision de la politique ?

Revenons aux rudiments. La première des choses que j’attende personnellement d’un President est de la bienveillance ou “au pire“ ”de l’empathie. Qu’il n’y ait plus cette distance insupportable et cet éloignement des préoccupations des français. Qu’il connaisse aussi le prix du pain au chocolat mais aussi la nécessité de recourir parfois aux établissements de crédits.

Une fois cette bienveillance acquise, un candidat à la présidence n’a pas à mon sens besoin de nous dire au millimètre ou la seconde près le détail de son programme pour une élection présidentielle. Nous savons tous que les promesses électorales resteront pour la plupart que des promesses.

Il y a juste à donner des grandes lignes à tenir sur comment : la France peut être et rester forte, qu’elle soit sécurisée, nous ferons ensemble des économies, nous payerons nos créanciers, que nous puissions continuer à bénéficier de services publics que beaucoup nous envient et que nous y développions tous azimuts des projets numériques ambitieux et j’en passe…

Mais, et c’est le principal, reste de réagir face à l’inconnu, aux imprévus et aux événements extérieurs, aux choses qui ne sont jamais dans les “programmes”, de la meilleure et plus agile des façons quitte à aller à l’encontre de ses idées premières si justement un événement/une catastrophe venait à arriver. Si par exemple un pays que l’on peut dire ami au départ commet quelque chose de grave, il serait du devoir du Président de réagir en fonction et de façon marquante contre ce pays ami et ne pas faire perdurer un quelconque faux semblant diplomatique.

Donc, là, oui un Président cela sert à quelque chose. A être à l’écoute, agile, à réagir de façon humaine et pas comme une machine politique inaccessible et sans émotion.

Nous avons d’après les sondages qui donnent les mêmes grandes tendances, 6 finales au second tour possibles. Une est impossible à supporter, pas besoin de la décrire. La différence viendra des personnes un peu désabusées comme moi qui auraient vôté blanc ou se seraient abstenus si nous n’étions pas en danger.

Votons donc au 1er et 2nd tour et donnez ensuite la meilleure chance à notre pays en votant aussi en juin lors des élections législatives pour que nous ayons pour ces 5 prochaines années des réelles chances de voir sortir la France de ces années de léthargies.

Ne réfléchissons plus à voter à droite ou à gauche car nous avons plutôt des candidats dans le cadre et d’autres hors cadre. Prendre le meilleur des uns et des autres a toujours été ce qui permettaient aux familles et aux sociétés d’aller de l’avant. Pourquoi ne le ferait-on pas en politique ? Pourquoi devrions-nous être favorables à telle ou telle position sous prétexte que c’est untel ou untel qui l’a dit ? Oublions les termes d’opposition et transformons le en apporteur d’idées. Les apports permettent en tout dialogue d’avancer, pas de se figer en juste s’opposant. Que le futur Président prenne le meilleur de la France et des français.

Je vous laisse, avec ces quelques idées, réfléchir qui des 11 candidats restent figer sur des vieilles idées ou de vieilles postures. Il n’en restera pas beaucoup vous verrez.

“Le choix en politique n’est pas entre le bien et le mal, mais entre le préférable et le détestable.” disait Raymond Aron.

L’avenir ne tient plus dans les vieilles querelles mais dans un réel et définitif changement de la vie politique en France. Nous avons une chance de l’appliquer tout d’abord le 23 avril puis le 7 mai. Alors votons, nous savons contre qui et quoi en tout cas pour ma part ce sera contre le sens commun !