Chammal : Les objectifs de la mission (2/4)
Chammal est une opération conduite par les armées françaises depuis septembre 2014. Elle est le volet français de l’opération Inherent Resolve (OIR) lancée par la coalition d’une soixantaine de pays et placée sous l’égide des Etats-Unis. L’opération est destinée à arrêter la progression de daech, à affaiblir ses capacités militaires et à rétablir la stabilité dans la région.

1. LES OBJECTIFS DE L’OPERATION CHAMMAL
L’opération Chammal repose sur deux piliers : un pilier aérien qui permet de frapper les capacités militaires de daech en Irak comme en Syrie ; un pilier de formation des forces armées irakiennes.
La composante aérienne
L’action aérienne repose principalement sur trois types de missions :
- des missions d’appui au sol au profit des soldats irakiens engagés au combat contre les forces de daech (missions de Close Air Support ou CAS). Il s’agit de missions d’opportunité réalisées en fonction de l’évolution des combats au sol ;
- des missions planifiées de frappe dans la profondeur, en Irak et en Syrie, contre des objectifs préalablement identifiés grâce aux missions de renseignement ;
- des missions de renseignement destinées à alimenter le processus de ciblage.
Du 19 septembre 2014 au 30 juin 2016, les forces armées françaises de l’opération Chammal ont ainsi réalisé 4 156 sorties aériennes et 734 frappes qui ont permis de détruire plus de 1 285 objectifs. Le nombre hebdomadaire de missions a été doublé depuis les attentats du 13 novembre 2015.

Les missions d’appui au sol
Les missions d’appui au sol (Close Air Support ou CAS) sont des frappes d’opportunité destinées à aider les forces irakiennes engagées au sol dans les combats contre daech. Ces missions permettent d’exercer une pression permanente sur l’adversaire, tout en confortant l’action des troupes au sol.
Dans les zones les plus sensibles ou les zones d’effort, ce soutien est quasi permanent, de jour comme de nuit. Pour les combattants au sol, cette permanence représente la garantie de pouvoir bénéficier à tout moment d’une frappe permettant de venir à bout d’un point de résistance ou de se dégager d’une difficulté.
Dans la troisième dimension, cette notion de permanence reste toutefois très délicate. En effet, un avion ne peut demeurer indéfiniment en vol. Pour obtenir une telle permanence, la coalition doit donc s’appuyer sur l’ensemble des chasseurs dont elle dispose, en répartissant leur emploi selon des créneaux horaires (Slot ou Time Block) sur une zone donnée. Assurer les combattants irakiens de pouvoir disposer d’un appui CAS implique donc un travail de planification important des moyens aériens disponibles.
Chaque patrouille de chasseur est ainsi engagée dans le cadre d’une manœuvre d’ensemble, sur un créneau horaire spécifié et au-dessus d’une zone précise. En fonction du déroulement des combats au sol, les aéronefs peuvent être amenés à réaliser une ou plusieurs frappes. Coordonnées depuis le centre de commandement des opérations aériennes d’Al Udeid (CAOC), elles sont conduites sur demande des forces locales engagées contre daech. Elles ne sont donc pas systématiques. Il arrive par conséquent que certains chasseurs rentrent de mission sans avoir eu à utiliser leur armement, alors que d’autres seront amenés à bombarder à plusieurs reprises. L’appui au sol constitue une capacité déterminante apportée par la Coalition aux forces irakiennes dans leur lutte contre daech, tant sur le plan moral (certitude de pouvoir bénéficier d’une frappe) que sur le plan tactique, lorsqu’un bombardement frappe effectivement l’adversaire.

2. FRAPPES PLANIFIEES ET MISSIONS DE RENSEIGNEMENT
Les frappes planifiées ciblent les infrastructures clefs de daech. Elles nécessitent un important travail préalable de renseignement destiné à alimenter le processus de ciblage. Ce processus conduit à une analyse « systémique » de l’ennemi, c’est-à-dire « des systèmes et des acteurs, de leurs capacités et de leur rôle dans l’évolution de la situation ». Il s’agit donc de déterminer quels sont « les leviers d’action pertinents » sur lesquels agir pour faire évoluer favorablement la situation opérationnelle. Le résultat de cette analyse aboutit à la constitution de dossiers d’objectifs relatifs à des cibles « militaires » destinées à être frappées en fonction des effets à obtenir sur l’ennemi.
Après les frappes, un nouveau cycle de renseignement est initié pour conduire une analyse après action qui vise à évaluer les dommages provoqués tant sur les objectifs que sur leur environnement. C’est le « Battle Damage Assessment ». Cette démarche permet de juger de l’efficacité de la mission et de déterminer s’il y a lieu, éventuellement, de procéder à une nouvelle frappe. Elle permet également de garantir l’absence de dommages collatéraux. Les missions de renseignement sont actuellement réalisées par deux types d’appareils : les chasseurs Rafale et l’avion de patrouille maritime Atlantique2 (ATL2).
3. LA COMPOSANTE FORMATION EN APPUI DE L’ARMEE IRAKIENNE
Déployée à Bagdad, la composante formation conseil repose sur deux entités dont les missions sont complémentaires : la Task Force (TF) Monsabert et la Task Force (TF) Narvik.
Les instructeurs français engagés dans ce programme de formation n’accompagnent pas les forces irakiennes au combat.

Task Force Narvik
Les militaires de la TF Narvik forment les soldats de l’ICTS (Iraki Counter Terrorism Service), équivalent irakien des forces spéciales qui dépendent directement du Premier ministre. L’ICTS est engagé en première ligne contre daech dans diverses opérations en Irak. L’instruction dispensée au profit de cette force couvre une grande variété de domaines tels que le sauvetage au combat, la lutte contre les engins explosifs (pièges disséminés sur le terrain), le combat en zone urbaine ou encore l’instruction au tir de combat. Elle vise à former de nouvelles recrues ainsi que de futurs instructeurs, mais également à remettre à niveau des unités revenant du front, en vue de parfaire leurs savoir-faire tactiques
Task Force Monsabert
La mission de la TF Monsabert consiste à améliorer les capacités de commandement des forces irakiennes. Les équipes d’instructeurs français forment et conseillent l’état-major de la 6e division d’infanterie irakienne, dont la mission prioritaire est d’assurer la protection de Bagdad.
La formation dispensée vise à améliorer des capacités existantes plutôt qu’à bâtir une nouvelle armée ou à la réformer. Des conseils et des stages sont dispensés dans les domaines des opérations, du renseignement, de la logistique, des transmissions, de la santé et du combat d’infanterie. Des instructeurs sont également formés afin de faciliter la diffusion de ces savoirs faire au sein des bataillons de la division.
