Le monde selon
Article paru dans le Le Débat,
numéro 163, Janvier — Février 2011
Il se passe quelque chose
[1] Voici un site Internet, qui, lancé en janvier 2004 sur le campus de Harvard avec un investissement de mille dollars, est devenu six ans plus tard la plus fulgurante réussite de l’histoire du web : un demi-milliard d’individus inscrits dans plus de deux cents pays — d’après ce que je sais, on n’a forcé personne. Quand une organisation réussit en moins de six ans à convaincre un humain sur quatorze de la rejoindre, il serait naïf de nier l’évidence : il se passe quelque chose.
Or cette chose est vécue par un nombre grandissant de personnes comme une chose positive : nul n’oblige les utilisateurs à s’inscrire, personne ne les contraint à rester. Personne ne les force à passer sur ce site plus de temps que sur aucun autre[2], et nul ne les violente afin qu’ils y révèlent en moyenne chaque mois soixante-dix informations les concernant[3].
Il ne s’agit pas ici de nier les risques que comporte nécessairement un projet comme Facebook — notamment l’épineuse question du droit à l’oubli numérique, les dangers de prédation des jeunes utilisateurs ou encore les questions suscitées autour de la possession par une société privée de milliers d’informations sur des millions de personnes[4]. Il ne s’agit pas de nier ces enjeux. Mais on voudrait ici se concentrer sur un autre problème : il se passe depuis six ans quelque chose qui n’a eu lieu, dans l’histoire du web, qu’autour de Facebook.
Alors que Facebook ne fut pas, historiquement, le premier site dans son genre — loin s’en faut : MySpace, Friendster ou, pour la France, « Copains d’Avant » existaient plusieurs années avant Facebook[5] –, comment se fait-il que ce fût Facebook, et pas un autre réseau, qui remporta finalement un succès global que rien ne semble pouvoir freiner ? Sur quel accord tacite entre Facebook et ses utilisateurs repose ce succès ? Que nous révèle-t-il sur la personnalité et la société contemporaines ?
Que nous révèle-t-il, également, sur la mondialisation ? Car Facebook a la propriété de se jouer de la frontière pays développés / pays émergents comme aucun autre phénomène — plus, même, qu’un sport comme le football. On ignore souvent que l’Indonésie est le pays où l’on trouve le plus grand nombre d’utilisateurs du réseau après les États-Unis. Si ce succès doit — comme bien d’autres faits — être rapproché du désir de modernité qui travaille en profondeur les sociétés émergentes, tout laisse penser qu’il repose par ailleurs sur des motifs moins évidents[6].
Le réseau social comme clivage mondial
Un site qui convainc cinq cents millions de personnes doit nécessairement mettre le doigt sur un formidable besoin social. Une puissante adhésion, qui d’ailleurs n’émerge pas sans susciter parallèlement un féroce rejet : on ne dénombre plus les critiques émises contre Facebook autour des thèmes du narcissisme, de l’exhibitionnisme, du voyeurisme et de l’addiction. Facebook présente la propriété de cliver l’espace public mondial comme aucun site Internet n’a réussi à le faire jusqu’à présent. Le réseau social est devenu un enjeu politique.
Dans chaque zone de la planète il y a ceux qui sont pour et ceux qui sont contre — parfois même au niveau étatique[7]. Comprendre l’énigme Facebook, ce n’est donc pas simplement saisir le besoin auquel le site a su répondre. C’est comprendre aussi pourquoi l’offre qu’il propose suscite tout à la fois une si forte adhésion et un si puissant rejet.
Afin de tenter de percer le code génétique de Facebook, on peut commencer par se renseigner sur sa genèse. Une genèse qui trouve son point de départ sur la côte est des États-Unis, à l’automne 2003, et qui a mené un très jeune homme, Mark Zuckerberg, à se retrouver quelques années plus tard, à moins de trente ans, muni tout à la fois de la certitude d’entrer dans la postérité et d’une fortune estimée à sept milliards de dollars. Bill Gates peut se réjouir : il n’est plus le grand ennemi de la galaxie numérique[8].
Le genèse de Facebook a été éclairée par un livre — The Accidental Billionaires[9] — qui a donné lieu à la production d’un film sorti sur les écrans du monde entier à l’automne 2010[10]. The Social Network retrace l’aventure de Facebook de ses débuts à l’automne 2003, jusqu’au moment où le site a franchi le cap du million d’utilisateurs inscrits, en 2005. Il ne s’agit pas, dans le cadre de cet article, de proposer une critique du film en tant qu’objet cinématographique. Je voudrais simplement mettre à contribution un film réussi afin d’approcher le code génétique de Facebook.
Plutôt qu’un résumé du film, il faut en proposer une lecture raisonnée : en deçà de la success story mise en scène par The Social Network, quel est le thème prépondérant autour duquel se nouent les premiers mois de l’histoire de Facebook ?
L’histoire d’une accumulation de conflits
Au point de départ, il y a Mark Zuckerberg, étudiant en licence à Harvard. Le voici, trottinant, dans l’hiver bostonien, vêtu d’un hoodie (sweat shirt à capuche), d’un short, de tongs qu’il porte systématiquement avec des chaussettes de sport. Il trottine car il vient de se faire larguer par sa copine, Erica, à l’issue d’une conversation au Thirsty Scholar Pub.
Mark, cela se sent tout de suite, a un certain talent pour le conflit : on peut dire qu’il est cash — méprisant, péremptoire et overconfident. Il est tout cela, mais c’est tout de même un sacré looser, tout au moins dans le cadre de la sociabilité très Nouvelle-Angleterre qui règne à Harvard, où, comme dans toutes les facs du monde, les pros du codage informatique ne sont pas franchement perçus comme les étudiants cool du campus.
Mark, donc, vient de se faire dégager par sa copine, lassée par son mépris. Il se dirige vers sa chambre d’étudiant pour se venger. Il se branche sur son blog et insulte son ex-copine en des termes violents : « Erica Albright est une pétasse. » Et d’enchaîner sur des considérations haineuses sur la taille modeste de la poitrine de son ex.
Mais ce n’est pas tout : il entreprend parallèlement de se venger de la gente féminine dans sa totalité en piratant les trombinoscopes de Harvard puis en codant en une nuit un site sur lequel les étudiants peuvent s’amuser à noter la « canonité[11] » des filles du campus. Il s’agit en somme de stigmatiser les moches, les grosses, les « thons », etc.
Évidemment, le site intitulé « Facemash » fait un carton auprès des garçons du campus. Mais Mark se retrouve bientôt devant le conseil de discipline de l’Université — nouveau conflit, donc — et doit s’excuser publiquement auprès de plusieurs associations, telles que Fuerza Latina (l’association des étudiants latinos de Harvard) et l’abhw (Association of Black Harvard Women)[12].
Mark, toujours en tongs et chaussettes de sport par moins dix degrés, est moins cool que jamais. Ne pas avoir de copine sur un campus est déjà un problème en soi, mais qui aurait envie de sortir avec un garçon accusé publiquement de sexisme ? Mark est alors approché par ce qui se fait de plus hot sur un campus d’Ivy League : deux jumeaux — 1,95 mètres, 100 kilos chacun — sélectionnés aux J.O. pour disputer une épreuve d’aviron, bien faits de leur personne, brillants et venant d’une famille riche : entrent en scène Cameron et Tyler Winklevoss.
Superbes de confiance en eux, les jumeaux ont l’idée d’un site web qui permettrait de rassembler en ligne un réseau social très prestigieux : les étudiants de Harvard. Un club fermé, naturellement, sur le modèle des final clubs hyper-sélect où se rassemble l’élite étudiante de Harvard[13]. À Harvard aussi, qu’on se le dise, il y a une fracture sociale : il y a ceux qui sont dans les final clubs et ceux qui n’y sont pas. Évidemment, Mark n’a aucune chance d’y entrer, alors que les jumeaux Winklevoss en sont des piliers.
Les frères Winklevoss ont été attirés par les talents de programmeur du jeune Mark, et lui font comprendre qu’en coopérant à leur projet il a une chance d’améliorer sa réputation. Mark s’empresse de retravailler l’idée apportée par les jumeaux Winklevoss et entreprend de développer une nouvelle version en solo, sans faire part de son projet aux jumeaux, tout en leur faisant croire qu’il travaille à leur projet. Quelques semaines plus tard, Facebook était né. Mauvaise surprise pour les jumeaux.
Mark cède 30 % du capital à l’un de ses amis, Eduardo, en échange d’un investissement de 1 000 dollars pour constituer le capital de la société. Mais Eduardo, quelques semestres plus tard, finit par se faire éjecter de la société qu’il a cofondée, à cause d’un tour de passe-passe juridique dans lequel il tombe à cause d’un complexe de supériorité sur Mark — que tout le monde prend décidément pour un crétin.
Inutile d’aller plus loin dans le récit du film. Vous l’aurez compris, la fondation de Facebook n’a pas été de tout repos. Du début à la fin, il y a eu du sang sur les murs. À la question posée plus haut — quel est le thème prépondérant autour duquel se nouent les premiers mois de l’histoire de Facebook ? — il faut répondre clairement : ce thème est le conflit.
Film, livre et aussi articles d’époque — notamment dans l’excellent Crimson, le journal de Harvard[14] — convergent vers ce constat : l’histoire de la fondation de Facebook est essentiellement celle de conflits qui, plutôt que donner lieu entre les protagonistes à des règlements pacifiques, atteignent d’entrée de jeu un niveau paroxystique de tension.
Pêle-mêle : conflit sentimental entre Mark et sa copine Erica ; conflit d’affaires entre Mark et les jumeaux Winklevoss qui l’attaquent en justice pour avoir volé ce qu’ils considèrent comme leur idée. Conflit entre Mark et son « ami » Eduardo, qui attaque Mark en justice pour l’avoir évincé de la société qu’ils avaient fondée ensemble[15].
Et puis, au-delà de ces trois conflits principaux, une constellation de conflits moins notoires — mais non de moindre intensité. Un, notamment, très distrayant pour les spectateurs, qui éclate entre Eduardo et sa copine, laquelle, lui reprochant de ne pas avoir répondu à ses 47 sms de la journée, met en toute simplicité le feu à son appartement… Conflit magnifique, encore, entre les jumeaux Winklevoss venus demander à Larry Summers, alors président de Harvard, d’intervenir pour ramener Mark Zuckerberg à la raison, et qui sortent finalement en arrachant de rage la poignée de la porte de son bureau.
Le conflit, partout le conflit, et, si l’on peut dire, d’emblée le conflit de haute intensité. Un conflit toujours plus ou moins à la frontière du déferlement d’hystérie. Tout se passe comme si les protagonistes ne voyaient pas venir le conflit, et du coup, quand celui-ci se manifeste, il était déjà trop tard pour imaginer de dialoguer, débattre, tenter de se mettre d’accord : en un mot, parler[16].
Comme l’a fort bien observé un éminent professeur de droit à Harvard, on a tout le long de cette histoire l’impression de faire face à des enfants qui, faisant la découverte de la contrariété, la refusent en bloc, et s’énervent. Du coup, on n’a pas d’autre choix, pour susciter tant bien que mal un règlement des différentes affaires, de faire appel à des avocats, dont la principale stratégie pour faire gagner leurs clients est de les empêcher de parler — sachant par avance que s’ils parlent, cela va être sanglant[17]. On verra même les jumeaux Winklevoss — qui sont pourtant de loin les protagonistes les plus mûrs de cette affaire[18] — songer sérieusement à tabasser le frêle Mark, voire — ce qui ne manque pas de sel — à embaucher la famille Soprano[19] pour aller régler son compte au moustique.
Ainsi la fondation de Facebook apparaît-elle comme l’histoire d’une succession de conflits mal maîtrisés. La force du film est de mettre en scène l’accumulation prodigieuse de coups fourrés, de dissimulations, de vengeances nécessaires pour que Facebook en vienne non seulement à exister, mais aussi à prospérer. Comme le souligne l’affiche du film : « On ne se fait pas cinq cents millions d’amis sans se faire quelques ennemis ».
Le critère ami / ennemi
Tout le paradoxe est là : l’ensemble de l’architecture du site Facebook est fondée sur la notion d’ « ami ». La seule relation qu’un utilisateur de Facebook peut nouer avec un autre utilisateur est un lien d’amitié[20]. Or, ce qui se dégage de la fondation de Facebook est la prépondérance de la notion d’« ennemi ». Ami, ennemi : comment comprendre que des individus spécialisés dans l’adversité aient eu l’idée de fonder un site spécialisé dans l’amitié ?
Ami, ennemi : qui sont véritablement les uns pour les autres les protagonistes de la naissance de Facebook ? Tout entre eux commence toujours par quelque chose comme de l’ « amitié » : Erica est la girlfriend de Mark, Mark et Eduardo sont amis, et lorsque les jumeaux Winklevoss viennent trouver Mark, c’est très clairement sur un mode amical. Tout commence par de l’amitié.
Et puis, peu à peu, les choses dégénèrent, mais, fait décisif, chacun fait comme si de rien n’était, comme si tout allait pour le mieux. Par exemple, Erica donne l’impression d’éviter de dire à Mark que son mépris la gêne. Jusqu’au jour où, faute d’avoir parlé en temps et en heure, elle le plaque sans plus d’explication. Si brutalement, même, que Mark lui demande : « Is this real ? ». Oui, Mark, c’est réel.
Entre Mark et son ami Eduardo, en surface, tout se passe bien. Mais, dans les profondeurs, le contentieux grandit (Mark et Eduardo divergent sur la manière de développer Facebook). Le jour où le contentieux éclate, pas de retour en arrière possible : Eduardo, sans ultime avertissement, bloque le compte bancaire de la société. Entre Mark et les jumeaux Winklevoss, même schéma : une fois la proposition de coopération formulée, Mark se met au travail à son propre compte, mais continue à faire comme si tout allait bien avec les Winklevoss, et qu’il comptait développer le site avec eux.
En d’autres termes : l’histoire de Facebook est celles d’ « amis » qui, à force de soigneusement refouler des divergences naissantes, les laissent s’épanouir et se retrouvent in fine en situation d’hostilité totale lorsque le conflit, qui a eu le temps de pourrir, se manifeste. Alors, en une fraction de seconde, on passe d’ « ami » à « ennemi » : il y a retournement.
On peut comprendre pourquoi des individus très fortement exposés au conflit ont eu un beau jour l’idée de développer un « réseau social » pacifique, où il n’y aurait pas de place pour le conflit. On peut émettre l’hypothèse que c’est dans l’absence institutionnalisée du conflit que réside le succès de Facebook. Le site fait la promesse à ses utilisateurs de pénétrer dans une petite société où le conflit n’est tout simplement pas une possibilité.
Tout y est fait non pas pour circonscrire le conflit, mais carrément pour le supprimer. Facebook est la « société » où le conflit n’existe pas. Le seul lien possible y est l’amitié. Si jamais quelque chose vous ennuie ou vous gêne avec l’un de vos amis, inutile d’entrer dans un débat avec lui. Vous pouvez décider unilatéralement de « supprimer » l’ami — c’est le vocabulaire utilisé sur Facebook.
Toute manifestation conflictuelle y est méthodiquement stérilisée, neutralisée : les utilisateurs sont encouragés à « signaler » tout contenu qu’ils trouveraient inapproprié (textes, photos, etc.) : « nudité, violence, attaque d’un individu ou d’un groupe, symbole incitant à la haine, consommation de stupéfiants ». Ainsi que l’indique Facebook, en réponse à la question, « Que faire si mon enfant est exposé à des contenus inappropriés sur le site ? » : « Facebook prend la sécurité des usagers très au sérieux et supprime régulièrement certains contenus publiés sur le site. Nous encourageons les utilisateurs à signaler les profils, messages, groupes, événements, articles, photos et autres contenus qu’ils jugeraient offensifs. Les éléments signalés sont examinés par le personnel de Facebook et retirés lorsqu’ils enfreignent notre Déclaration des droits et responsabilités. Chaque utilisateur peut également “bloquer” d’autres utilisateurs afin de les empêcher de le retrouver par le biais d’une recherche, de consulter son profil ou de lui envoyer un message[21]. »
Point supplémentaire, « sur Facebook, tous les signalements d’abus sont confidentiels. L’utilisateur que vous signalez ignore que vous êtes à l’origine de cette action ». Exactement comme lorsque vous supprimez un ami : il n’est pas consulté ni explicitement informé. Enfin, dans le but d’éviter toute possibilité de conflit, Facebook donne un conseil : « Nous recommandons également de bloquer l’utilisateur mentionné dans le rapport. Les personnes que vous bloquez ne pourront pas vous retrouver dans les recherches, voir votre profil, vous envoyer des pokes, écrire sur votre mur ou vous envoyer des messages personnels. Pour bloquer quelqu’un, il vous suffit d’ajouter son nom à la liste qui apparaît en bas de la page Confidentialité ou de sélectionner l’option “Bloquer cette personne” au moment de votre rapport. Ces personnes ne seront pas averties et les liens existant entre vous sur Facebook seront supprimés. »
Cela peut sembler radical, mais je vous garantis que cela est surtout très efficace. Et il me semble que les éléments qui viennent d’être cités ne doivent pas être portés en accusation de Facebook : la promesse tacite faite aux utilisateurs est celle d’un espace social totalement pacifié, et le site, avec pragmatisme, s’efforce de ne rien laisser au hasard pour que cette promesse soit tenue. Et il faut le dire en toute franchise : cela marche.
Rien ne garantit qu’en dehors de Facebook, si un désaccord né en dehors du site — ou sur le site — dégénère, il n’y aura pas de conflit. Mais sur Facebook rien n’en transparaîtra. Récemment, on a eu un exemple spectaculaire d’une telle possibilité. Tony Parker et Eva Longoria, mariés en grande pompe à Paris quelques années auparavant, ont brutalement décidé de divorcer. Eva Longoria a découvert dans le téléphone de Tony Parker une centaine de sms envoyés à une amie proche du couple. Une trahison qui a brisé le cœur d’Eva et qui l’a poussée à demander immédiatement le divorce. Cette femme qui semblait si amoureuse a tout fait voler en éclats en deux jours en déposant une demande de divorce pour « différences irréconciliables[22] ».
Le divorce a été annoncé par les deux protagonistes sur Facebook, avec cette formule énigmatique : « C’est avec une grande tristesse qu’après sept ans passés ensemble Tony et moi avons décidé de divorcer. Nous nous aimons profondément et prions pour que chacun soit heureux. » Tony Parker a inscrit sur son profil Facebook la même phrase, remplaçant simplement « Tony » par « Eva ». Dans la réalité sociale, donc, divorce pour différences irréconciliables. Sur le réseau social, en revanche, l’amitié est de mise : « Nous nous aimons profondément. » Ennemis dans la réalité sociale, amis sur le réseau social. Le convertisseur fonctionne parfaitement.
Utopie ou réalité sociale ?
Avec ce type d’exemples, on se rapproche de l’énigme : Facebook est moins un réseau social — qui s’efforcerait de refléter les interactions que tout un chacun noue dans la société — qu’une utopie sociale — qui s’efforce de gommer une donnée majeure de la vie en société, c’est-à-dire le conflit[23]. Une utopie sociale, dans le meilleur sens du terme : un lieu qui n’existe pas dans la réalité, et qui semblera attirant pour certains et repoussant pour d’autres. En deçà des critiques de surface (narcissisme, voyeurisme) ou des compliments des utilisateurs (« bonne ambiance »), il y a cette donnée qui finalement fait débat : est-il sain de se projeter régulièrement sur un espace social qui refoule systématiquement la dimension de la dissension ? C’est parce que Facebook propose une utopie sociale qu’il suscite des réactions d’adhésion et de répulsion si nombreuses et si fortes. On adore ou l’on déteste, et cela à l’échelle des familles, comme du globe.
Une utopie. Une utopie que je juge personnellement très agréable, plaisante, réconfortante. Une utopie d’autant plus agréable que tout dans son climat s’oppose à celui d’un Internet toujours potentiellement envahi — anonymat oblige — par la culture du ressentiment, et par du contenu plus ou moins violent. Internet est formidable, mais il pose un problème de taille : toutes les rencontres y sont possibles, les pires comme les meilleures, et toutes les critiques y sont formulables, des plus subtiles aux plus brutales. Il y règne, en d’autres termes, une ambivalence morale. L’utopie de Facebook est de neutraliser cette ambivalence.
Pour se convaincre de l’utopie, il suffit de souligner un paradoxe, en constatant le gigantesque nombre d’ennemis qu’a levés le réseau social fondé sur la négation de l’ennemi. Le conflit est là, c’est clair. Il appartient à l’existence des hommes. Et comme on s’est efforcé de le restituer dans cet article, le conflit a été très puissamment en jeu dans la fondation de Facebook.
Et, au fond, la force du dispositif de Facebook ne repose pas tant sur une négation du conflit que sur un mode violent de règlement des différends. Dans ce que l’on connaît de leur vie, Mark Zuckerberg et l’ensemble des individus liés à la fondation de Facebook ne nient pas le conflit : ils l’évitent. Et lorsqu’il surgit, ils le suppriment radicalement en se séparant de l’individu avec lequel il y a conflit. En somme, on a affaire à une situation où tout le monde est ami, jusqu’au point de retournement où l’on se découvre ennemis intimes. Et là, seule solution : la suppression, la séparation. On déconnecte, on « nexte » : on passe à l’ami suivant, tant il y a sur les campus, comme sur Facebook, une immense armée de réserve d’amis.
Mais alors Facebook est-il véritablement une utopie sociale ? En mettant en parallèle l’histoire des protagonistes de Facebook avec le fonctionnement du réseau social, il apparaît que le site reflète une certaine manière de faire société, celle qui semble être — par exemple — celle des jeunes harvardiens en cause, où chacun se doit d’être overfriendly, mais où cette amitié de principe a pour effet d’empêcher à tout désaccord d’apparaître dans l’espace social. Jusqu’au moment où le conflit, délaissé, explose.
Autrement dit, en cas de petit souci avec sa copine, le sujet semble spontanément conduit à l’évitement : ne pas entrer dans le débat. Par peur d’engager le débat, par peur d’être perçu comme un fâcheux, comme un individu « qui prend la tête », on laisse pourrir la situation. Jusqu’au point de rupture. En somme, il semble qu’à force de dénier, de refouler la dimension conflictuelle de la vie entre les hommes on n’arrive au final qu’à une dégradation du conflit. Il aurait pu être débat, il se fera combat.
Le refoulement signifie fuite en avant et appelle finalement le passage à l’acte. Le comportement de défense mis en place pour éviter le conflit laisse toute latitude au différend pour grandir et prospérer, jusqu’au moment où tout moyen de règlement pacifique des différends devient impossible et qu’il ne reste qu’une solution : la guerre atomique. Pour filer la métaphore de la stratégie militaire, on est d’entrée de jeu dans la montée aux extrêmes. Il n’y a pas de riposte graduée. Appliquée aux relations internationales, dans une sorte de Facebook géopolitique — ce serait une chose à essayer ? –, il faudrait imaginer que pendant dix ans on envoie toutes sortes de petits pokes à l’Iran, que l’on fasse comme si tout allait bien et que, un beau matin, on la raye de la carte à coups de missiles intercontinentaux. Avouez qu’il y a une manière plus constructive d’entrer dans les divergences.
Utopie sociale ? Pas si sûr, donc. Il n’est pas impossible que toute une partie des sociétés contemporaines, à l’image de la petite société mise en scène dans The Social Network, fonctionne véritablement selon les règles qui se donnent à voir sur Facebook. « Ne parlons pas de nos désaccords. N’entrons pas dans la discussion. » Le plus simple et le plus sûr est d’opérer une déconnexion, et une reconnexion par ailleurs, avec d’autres.
C’est probablement pour ces raisons que Facebook suscite un tel rejet parmi une certaine partie de la population, qui considère (1) que la vie est faite de désaccords (avec soi-même, avec l’autre) et que (2), lorsqu’il y a désaccord, mieux vaut en parler pour éviter que la divergence tourne au conflit ouvert. Mais, pour toute une partie des sociétés contemporaines, celui qui ouvre le débat est déjà le trouble-fête. Il convient de l’éviter — c’est-à-dire, sur Facebook, de le « supprimer ». Au total, Facebook me semble moins une utopie sociale que le reflet assez fidèle d’une forme de sociabilité, où les bénéfices immédiats de l’évitement du conflit sont à mettre en rapport avec les coûts ultérieurs de sa radicalisation.
Do you confirm Carl Schmitt is your friend ?
L’ennemi, c’est celui dont on désire supprimer l’existence — où Mark Zuckerberg dialogue finalement avec Carl Schmitt. Carl Schmitt n’aurait sans doute pas beaucoup d’amis sur un site comme Facebook, mais je pense qu’il aurait été passionné par le projet. C’est à ce philosophe allemand du XXe siècle que l’on doit l’idée, en apparence choquante, selon laquelle « la distinction spécifique du politique, à laquelle peuvent se ramener les actes et les mobiles politiques, c’est la discrimination de l’ami et de l’ennemi[24] ». La notion de politique reposerait essentiellement sur la distinction ami/ennemi. Il y a politique dès lors qu’il y a la possibilité de distinguer entre l’ami et l’ennemi.
Dans l’importante préface qu’il donne à la traduction française de l’ouvrage, Julien Freund replace la distinction ami/ennemi dans le cadre d’une autre problématique de Schmitt : la spécificité de l’État moderne en comparaison des autres formes politiques. Freund peut ainsi proposer que, selon Schmitt, « l’État moderne se caractérise spécifiquement, par opposition à d’autres types d’univers politiques, par le fait qu’il a réussi à dompter à l’intérieur de ses frontières la relation ami/ennemi, sans l’avoir jamais supprimée. Il est donc à craindre qu’avec l’affaiblissement de l’État et son éventuel dépérissement on réveillera cette relation qui redeviendra une structure fondamentale de l’unité politique qui succédera à l’État. Le critère de l’ami/ennemi reste latent dans l’État[25] ». À l’aune de ces propositions, il apparaît que Facebook, par le jeu constant qu’il opère entre ceux que l’on demande en amis et ceux que l’on peut supprimer en tant qu’amis, est un lieu politique : celui où la distinction ami/ennemi, pour latente qu’elle soit, est fondatrice.
Si, dans la société où l’État a le monopole de la violence physique légitime, la distinction entre ami/ennemi est « domptée », on peut par ailleurs imaginer une société où chacun disposant de la possibilité de supprimer son ennemi la distinction ami/ennemi apparaît en toute clarté. Ce monde est un peu — ici la mesure s’impose — celui de la nouvelle forme de sociabilité dont Facebook n’est pas tant la cause que le reflet. Et cela, dont on ne peut rendre Facebook responsable, n’est pas forcément réjouissant : car la principale conséquence de l’évitement de la distinction ami/ennemi semble être de mener in fine au grand retour de cette distinction. Le « domptage » évoqué par Freund n’opère plus. D’où cette question : dans la sociabilité contemporaine, la distinction ami/ennemi redevient-elle une structure, non plus seulement latente, mais, aussi bien, explicite ?
Le point problématique tient, me semble-t-il, à l’évitement du conflit. Car c’est bien à cet évitement que l’on doit finalement la réapparition de la figure de l’ennemi comme celui qu’on n’a plus d’autre choix que de supprimer. La stratégie d’évitement du conflit est-elle judicieuse ? À cette question il faut répondre par la négative : le conflit appartient à la vie des hommes, entre eux, et en eux.
Primordialement en eux, d’ailleurs : « Nous sommes constitués autour de contradictions béantes. La théorie psychanalytique nous a appris à déchiffrer le conflit comme structurant dans la personnalité. Probablement faut-il se porter plus avant pour mesurer à quelle profondeur l’être humain s’organise dans la contradiction. Non seulement il se définit ordinairement par des formations conflictuelles qui signent sa singularité, mais il est structuré par des antagonismes et des antinomies dont les paroxysmes psychotiques ne doivent pas dissimuler la présente agissante dans l’organisation normale[26]. »
Conflit à l’intérieur du sujet, conflit « normal » dans l’organisation de la personnalité. Conflit, aussi, à l’intérieur du champ social. Sympathie et hostilité se mêlent sans cesse dans la vie des peuples comme dans celle des individus. La société vit et subsiste parce qu’elle comporte nécessairement des conflits. Sans ces conflits, pas de vie sociale : « Un groupe qui serait tout simplement centripète et harmonieux, une pure et simple “réunion”, n’a non seulement pas d’existence empirique, mais encore il ne présenterait pas de véritables processus de vie ; la société des saints que Dante aperçoit dans la rose du paradis peut se comporter ainsi, mais elle est aussi inaccessible à toute modification, à toute évolution, tandis que la sainte assemblée des Pères de l’Église, dans la Disputa de Raphael, se présente, si ce n’est comme un conflit à proprement parler, du moins comme une diversité d’humeurs et de direction de pensée sensiblement opposées, d’où jaillit toute la vivacité et la cohésion véritablement organique de cette réunion de personnes. De même que pour avoir une forme, le cosmos a besoin “d’amour et de haine”, de forces attractives et de forces répulsives, la société a besoin d’un certain rapport quantitatif d’harmonie et de dissonance, d’association et de compétition, de sympathie et d’antipathie pour accéder à une forme définie [27].»
Ces quelques extraits — Marcel Gauchet, Carl Schmitt, Georg Simmel, mais on aurait pu multiplier les références aux auteurs — ont pour fonction de souligner combien il est hasardeux de tenir le conflit comme une chose « négative » et qu’il faudrait en conséquence éviter. Cette dimension participe, avec la sympathie, à la socialisation et à la constitution de la personnalité, et elle est, dans cette mesure, entièrement positive.
Sans cette dimension, c’est le vide redouté par Georg Simmel. Et, en effet, la sociabilité construite sur Facebook prend bien le risque d’un certain vide, de « l’absence d’un processus de vie ». On y tisse un lien social purement affinitaire, qui dessine en arrière-plan une humanité exclusivement constituée d’amis. Il y a sur Facebook, autour de chaque utilisateur, une communauté d’amis, structurée en dehors d’autres communautés d’amis centrées sur d’autres utilisateurs. Il est permis de se demander quelle est la vision de la société implicitement véhiculée par cette sociabilité affinitaire. La société comme multiplication de communautés indépendantes sans objet, et fonctionnant sur le principe d’un « consensus par découpement » ? La question mérite d’être posée. De même que l’on se laissait plus haut à imaginer la substitution du système des Nations unies par Facebook, il faut tenter d’imaginer ce que donnerait dans la pratique une société façonnée par Facebook.
Mais ne nous cachons pas combien cet effort d’imagination paraîtra vain à certains membres d’une société de plus en plus vouée à l’évitement et à la neutralisation. Or, neutraliser le conflit n’est pas le résoudre ; c’est le laisser vivre sa vie au risque de sa détérioration. Ce qui est valable dans l’histoire de Tony Parker et d’Eva Longoria vaut aussi, malheureusement, à l’intérieur du sujet. Moins people, voici un exemple des risques encourus à l’intérieur du sujet. Au printemps 2010, en France, à Troyes, deux adolescents, après avoir évoqué sur Facebook leur intention de se suicider, sont passés à l’acte (et ont pu être sauvés)[28]. Encore une fois, il n’y aurait aucun sens à tenir Facebook responsable de quoi que ce soit dans cette affaire. On peut à l’inverse se réjouir que Facebook ait permis de retrouver en temps et en heure les jeunes suicidants.
Cet exemple est frappant parce qu’il montre combien le déni par le sujet de la donnée constitutive du conflit offre aux contradictions intérieures la possibilité de grandir jusqu’au point de non-retour, où le conflit apparaît dans une transparence qui n’offre plus d’autres possibilités au sujet que de se « supprimer ». Il faut avoir une lecture parallèle de la « suppression » symbolique offerte aux utilisateurs de Facebook en cas d’apparition d’un conflit, avec la suppression physique représentant l’échappatoire de ceux qui se trouvent brusquement confrontés à un conflit intérieur qui semble indépassable à force d’avoir été nié. La négation au long cours des conflits intérieurs au sujet peut ainsi mener à un point où le sujet devient pour lui-même son propre ennemi : celui qu’il convient, dans le vocabulaire de Carl Schmitt comme dans celui de Facebook, de « supprimer ».
À la question posée au début de cette brève enquête — à quel besoin social répond Facebook ? — nous pouvons désormais formuler une réponse. Facebook est le site d’une génération, et possiblement d’un monde, pour lequel, tendanciellement, la dimension de la contradiction, de l’adversité, du conflit est tenue dans une orbite morte de refoulement, d’évitement et de déni. L’énigme de Facebook, en ce sens, échappe aussi bien à ses créateurs qu’à la plupart de ses utilisateurs.
Comprendre le besoin social ne suffit pas. Et cette première tentative d’interprétation débouche dans un problème, qui fera peut-être l’objet d’un prochain article. Ce problème s’articule autour de quatre questions. La première : d’où vient le refoulement du conflit dont l’époque donne tant d’exemples ? Deuxième question : de quels dangers sont porteurs, pour les individus comme pour le fonctionnement politique des sociétés, un refoulement dont la conséquence inexorable semble être la radicalisation du conflit ? Troisième question : y a-t-il quelque chose à entreprendre pour favoriser la réappropriation de la dimension conflictuelle ? pour convaincre que la divergence de vues est une richesse qui, loin de déboucher dans la guerre, est — comme le souligne Simmel — le ressort de toute réalisation à l’intérieur du sujet comme au sein de la société ?
J’aimerais conclure ce volet de l’enquête en soulignant un paradoxe. Il tient au constat que la culture de l’évitement du conflit que l’on a cherché à caractériser a l’intéressante propriété de prendre naissance dans des sociétés démocratiques. Démocraties qui, justement, ont fait au XXe siècle l’apprentissage qu’il vaut mieux accepter la permanence du conflit plutôt que se laisser fasciner par un unanimisme qui ne saurait advenir que par des moyens violents. C’est cette leçon que Raymond Aron interroge en 1952, après l’épreuve des totalitarismes : « Ne cherchons pas dans les nuages des vertus sublimes à la démocratie, mais dans la réalité : la démocratie, c’est l’acceptation de la concurrence pacifique. […] Il n’y a de démocratie que lorsque les individus, les groupes, les classes sociales acceptent les règles de la concurrence et acceptent que cette concurrence soit pacifique. Lorsqu’un groupe veut arriver au pouvoir par la violence et pour réaliser des changements qui ne peuvent être acceptés pacifiquement par d’autres groupes, on sort de la démocratie et on entre dans la guerre civile ou dans la révolution[29]. »
Pour que la démocratie vive, il lui faut des citoyens qui assument la dimension du conflit, si bien que se trouve ouverte la voie vers des compromis. Le paradoxe d’un régime politique reposant sur l’acceptation de la dissension, mais habité par des citoyens l’évitant soigneusement, mène ainsi à une ultime question. Qu’advient-il à un régime politique fondé sur l’acceptation du conflit lorsque celui-ci y est refoulé ? Autrement dit, si l’évitement (du conflit) pave la voie à l’évidement (de la démocratie), qu’arrive-t-il ensuite ?
Jérôme Batout.
Notes
[1]. Cet article faisant souvent référence à des contenus situés sur Internet, on a créé une page sur laquelle est rassemblé l’ensemble des liens cités : http://bit.ly/c0HIiN. En allant sur cette page, le lecteur aura ensuite accès directement aux des références web de l’article.
[2]. D’après une étude Nielsen concernant les États-Unis ( « Time Spent on Facebook up 700 % » ), rendue publique en juin 2009 (voir http://bit.ly/d57pIr). Le temps passé par personne sur Facebook atteint une moyenne de 4 h 39 par mois, ce qui en fait le site sur lequel les Américains passent le plus de temps. À titre de comparaison, l’ensemble des sites de Google atteint une moyenne de 2 h 31 par mois.
[3]. Voir Jeffrey Rosen, « The Web Means the End of Forgetting », The New York Times, 21 juillet 2010, http://nyti.ms/1hNvZdI.
[4]. On peut estimer que Facebook détient au moins l’équivalent de 65 bibliothèques du Congrès, uniquement composées de données personnelles (voir l’étude « La vie téléchargée » sur owni.fr, http://bit.ly/c8XUhe).
[5]. Ces trois sites ont été respectivement créés en 2001, 2002 et 2003. Facebook n’apparaît qu’en 2004.
[6]. Voir « Indonesia Eclipses the UK as Facebook’s Second Largest Market », Insidefacebook.com com, 2 novembre 2010 (http://bit.ly/gnIjVJ). On y découvre l’étonnant taux de pénétration de Facebook dans un pays comme l’Indonésie ( 45 millions d’utilisateurs d’Internet, 30 millions inscrits sur Facebook ). On y voit aussi que l’âge moyen des utilisateurs de Facebook dans ce pays est nettement plus bas que dans les pays développés ( 27 % des utilisateurs indonésiens ont entre 13 et 17 ans, contre 15 % en moyenne ; 46 % des utilisateurs indonésiens ont entre 18 et 25 ans, contre 32 % en moyenne ). Pour des statistiques récentes sur les usages de Facebook, on se reportera avec profit à l’article : « Facebook : synthèse des chiffres et usages 2010 », sur Frenchweb.fr (http://bit.ly/e9Tbec).
[7]. Un exemple parmi d’autres : la Pakistan Telecommunication Authority a bloqué Facebook au printemps 2010 car le site contenait du « contenu sacrilège » (http://nyti.ms/bIlrrf).
[8]. On a vu apparaître aux États-Unis, à l’automne 2010, un nouveau déguisement d’Halloween : non plus monstre ou égorgeur, mais tout simplement, un déguisement de Mark Zuckerberg (voir sur ce point un article du Washington Post sur http://wapo.st/bA7d2W).
[9], Ben Mezrich, The Accidental Billionaires : The Founding of Facebook. A Tale of Sex, Money, Genius and Betrayal (New York, Doubleday, 2009, 1re éd.), traduit en France sous le titre : La Revanche d’un solitaire. La véritable histoire du fondateur de Facebook, Max Milo, 2010.
[10]. David Fincher, The Social Network (Sony Pictures).
[11]. Canonité : de canon, c’est-à-dire sexy. En anglais, on dirait volontiers hot.
[12]. On trouvera un excellent compte rendu de cette séquence dans un document d’époque : un article du Harvard Crimson, journal quotidien de l’université : « Hot or Not ? Website Briefly Judges Looks », 4 novembre 2003 (lien sur http://bit.ly/crimson1).
[13]. Sur la question des final clubs, l’article de Wikipedia anglais fait le point : http://bit.ly/9qPMbJ. Être à Harvard ne suffit pas, encore faut-il être adoubé dans un final club. Ajoutons que les lecteurs ne connaissant rien au fonctionnement de Facebook pourront en comprendre les principaux axes dans le paragraphe « Website » de la page Wikipedia consacrée à Facebook (http://bit.ly/dBqhWH).
[14]. La revue Vanity Fair a eu l’excellente idée de publier un « An Annotated Guide to Every Harvard Crimson Article Mentioned in The Social Network », voir http://bit.ly/acKlTu.
[15]. Ce qui donne lieu à un échange caractéristique : Mark, sommé par le conciliateur judiciaire de s’expliquer sur les raisons de sa sollicitation initiale auprès d’Eduardo, répond : « He was my best friend ». Et l’avocat de la partie adverse d’observer alors : « Your best friend is suing you for six hundred million dollars ».
[16]. Cette atmosphère de conflit est fort bien concentrée dans la bande-annonce du film, que je recommande de regarder sur http://bit.ly/a5IZES.
[17]. On trouvera sur ce lien (http://bit.ly/cO2zxL) l’article de Lawrence Lessig, directeur du Center for Ethics à Harvard et professeur de droit à la Harvard Law School. L’article a été publié dans The New Republic, le 1er octobre 2010. À propos des jeunes protagonistes de l’affaire, Lawrence Lessig n’y va pas de main morte : « This is kindergarten. »
[18]. Les plus mûrs, parce qu’ils sont les seuls protagonistes de l’histoire qui semblent savoir « entrer dans un conflit », c’est-à-dire, accepter le débat, la contradiction et l’adversité. Cela est particulièrement net à travers l’esprit qui les anime dans le sport. Malheureusement pour eux, cette éthique de civilité les mènera droit dans le mur.
[19]. Les Sopranos sont une famille mafieuse, qui a donné lieu à l’une des séries télévisées les plus réussies de l’histoire de la télévision. La série met en scène les difficultés que rencontre le mafieux Tony Soprano à concilier les intérêts de sa famille et ceux de l’organisation criminelle qu’il dirige.
[20]. Sur Facebook, la seule manière de proposer à une personne de rejoindre votre « réseau » est de cliquer sur un lien et de lui envoyer une demande d’ajout comme ami. Si cette personne vous reconnaît comme ami, alors le lien d’amitié se trouve confirmé par les deux parties, et chacun a accès au profil de l’autre (photos, textes, vidéos, informations telles que la date de naissance ou la situation amoureuse — je n’entre pas dans les détails). Autrement dit, sur Facebook, la seule relation qui peut vous relier à une autre personne est une relation de nature amicale.
[21]. L’ensemble des extraits des régulations de Facebook provient de la partie de facebook. com consacrée à la sécurité. Voir : http://www.facebook.com/home.php#!/help/?safety.
[22]. On trouvera un récit de l’épisode dans le magazine Voici — référence incontournable pour ce genre d’affaires : http://bit.ly/aTKMMi.
[23]. Les seules formes de conflit acceptables sur Facebook sont formulées sur le mode du second degré. On trouve ainsi des groupes tels que : « Pour un bombardement de la ville de Neuilly-sur-Seine » (404 membres) ; « Pour échanger Ingrid Betancourt contre Ségolène Royal » (15 346 membres) ; « Pour que le colonel Kadhafi devienne enfin général » (121 membres) ; ou encore le troublant : « La coupe de cheveux d’André Glucksmann est-elle philosophique ? » (401 membres). Notons que ce dernier groupe entretient des liens de capillarité avec le groupe des admirateurs de Mireille Matthieu (5 300 membres).
[24]. Carl Schmitt, La Notion de politique. Théorie du partisan, préfacé par Julien Freund, Calmann-Lévy, 1972. La première édition allemande de La Notion de politique date de 1932.
[25]. Ibid., p. 24.
[26]. Marcel Gauchet, « Essai de psychologie contemporaine, II, L’inconscient en redéfinition », Le Débat, n° 100, mai-août 1998, repris dans Marcel Gauchet, La Démocratie contre elle-même, Gallimard, 2002, pp. 267–268.
[27]. Georg Simmel, Le Conflit, trad. de l’allemand par Sybille Muller, Saulxures, Circé, 1995, p. 21.
[28]. On trouvera un compte rendu de ce fait sur le site du Parisien, à la date du 19 mai 2005 : http://bit.ly/bqYOTP.
[29]. Raymond Aron, Introduction à la philosophie politique : démocratie et révolution, Librairie générale française, 1997, p. 51.