Défendre l’Alsace : Oui, mais avec en tête le sens des responsabilités et de l’honnêteté, valeurs alsaciennes s’il en est

Ayant été l’un des premiers élus à m’être battu contre la dilution de l’Alsace dans une grande région, je persiste et je signe. Oui cette réforme est inacceptable, oui, elle vise l’Alsace, non elle ne générera aucune économie. Oui, je persiste à dire au pouvoir centralisateur et jacobin « Touche Pas à l’Alsace » !

Une fois dit cela, que faire ? J’ai organisé les premières manifestations d’opposants, co-organisé plusieurs autres et participé aux plus importantes à Strasbourg, Colmar, Mulhouse. Anonyme, je serai sans doute d’autres cortèges même si je pense qu’il faut revoir les moyens de mobilisation pour la défense de l’Alsace.

La défense de l’Alsace n’est pas un plan média. La défense de l’Alsace n’est pas un moyen de satisfaire son égo. La défense de l’Alsace n’est pas un opportunisme électoral. La défense de l’Alsace passe par l’action « durable » dans le temps et le quotidien. Elle passe par le soutien aux associations en charge de la promotion du patrimoine comme par celles en charge du bilinguisme.

Elle passe par des actions collectives pour défendre le droit local comme par la promotion des projets économiques locaux et localistes, qu’il s’agisse de soutenir une start-up alsacienne comme un circuit court de diffusion de fruits et de légumes. La défense de l’Alsace est polymorphe. La défense de l’Alsace ce n’est pas non plus le « bashing » d’élus que l’on accuse de tous les maux. Qu’aurions nous su faire à leur place ? Démissionner ? La chaise vide aurait été remplie. En ces temps de rejet du politique, il faut penser à la politique, la vraie, celle qui permet ou ne permet pas de construire l’avenir. La défense de l’Alsace c’est la promotion des actes de ceux qui s’engagent ou se sont engagés.

La défense de l’Alsace n’est pas un plan de carrière « médiatique », elle impose la vérité, le vrai !

Osons affirmer que les parlementaires alsaciens, hors PS, se sont battus. Le nier serait mentir. Face à une majorité PS, ils ont perdu. C’est la loi qui frappe la minorité en démocratie. Osons comprendre aussi que la même réforme qui a pu faire verser des larmes de tristesse aux Alsaciens, a réjouit les Normands qui s’unifiaient. La situation alsacienne impose la pédagogie « à l’intérieur ».

On peut naturellement exiger un référendum mais il ne faut pas mentir à la population. Les pétitions que l’on signe doivent respecter les formes, les institutions et l’on sait qu’elles n’auront pas d’effets avant plusieurs mois et années.

La défense de l’Alsace impose la responsabilité. Sauf crise majeure et nationale, des élections se tiendront en décembre. Elles poseront des jalons. La majorité gouvernementale et PS a souhaité dilué l’Alsace dans une méga-région. Ce qu’une majorité peut faire, une autre peut le défaire…mais à l’échelon national.

Mais il faudra au moins 5 à 6 ans. Notons aujourd’hui que seul l’ancien Chef de l’Etat s’est engagé à revenir sur cette loi et que les autres camps se muent dans un silence attristant ou complice. La responsabilité impose de dire aux Alsaciens que si leur lutte contre la réforme territoriale est légitime, nous avons tous loupé ou mal compris l’intérêt de la fusion. Le message n’a pas été émis comme il fallait et pas compris comme il aurait dû. Soit ! Apprenons de nos échecs au lieu de ne faire que nous auto-victimiser. Le passé enseigne mais reste le passé, tournons nous vers l’avenir. La Loi, validée par le Conseil Constitutionnel et bientôt accompagnée de la Loi NOTr sera à combattre et à décrier par tous les moyens légaux. Reconnaissons qu’elles ne seront revues, amendées, annulées que si une majorité nationale le demande. On peut le regretter mais la France n’est pas encore à ce jour une République fédérale. Il peut être facile et romantique de crier à la liberté et à la révolution. L’Alsace sait, elle que les libertés se gagnent souvent sur le terrain législatif et diplomatique.

S’il faut des Alsaciens sur les barricades, il en faut d’autres pour mener le combat diplomatique et institutionnel. Voilà sans doute pourquoi et n’en déplaise à certains, la défense de l’Alsace impose un sens des responsabilités fort et un souci de l’honnêteté permanent. Ne sommes-nous pas là dans le cœur même des valeurs alsaciennes ?

Parodiant Tri Yann, dans « La Découverte ou l’ignorance », je peux écrire « L’Alsace n’a pas de papiers, Elle n’existe que si à chaque génération des hommes se reconnaissent alsaciens ». On l’aura compris, de cœur ou d’adoption être alsacien, c’est avoir conscience de son appartenance, éveiller et cultiver cette conscience chez d’autres. Voilà pour le combat culturel d’une Alsace qui ne saurait mourir. Pour ce qui est des institutions, le combat passe par une reconquête politique régionale et nationale et par la capacité à convaincre Paris que l’Alsace mérite ses libertés, ses particularismes. Il faudra du courage, du renouveau et l’engagement de tous.

Cela sera l’enjeu des débats à venir — le drapeau alsacien pourra être brandi — et l’occasion de dénoncer les plus centralisateurs des partis à l’heure même où nos voisins nous montrent qu’ils ont, comme le rêvait Adrien Zeller, « des pays forts de leurs régions ». Engagement, responsabilité, honnêteté … Voilà ce qu’il faut et faudra pour défendre l’Alsace. Demain commence aujourd’hui !

Stéphane Bourhis Conseiller Municipal de Hoenheim, Stéphane Bourhisest à l’initiative du collectif « Touche Pas à l’Alsace »

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