Commerce et noblesse 

Le gai savoir — Nietzsche


Acheter et vendre passe de nos jours pour quelque chose de vulgaire, comme l’art de lire et d’écrire ; tout le monde y est exercé de nos jours, même sans être commerçant, et continue chaque jour de s’initier à cette technique : exactement comme autrefois, à l’époque où l’humanité était plus sauvage, tout le monde était chasseur et s’exerçait jour après jour à la technique de la chasse.

La chasse était alors quelque chose de vulgaire : mais de même que celle-ci finit par devenir un privilège des puissants et des nobles et par perdre ainsi son caractère banal et vulgaire — en cessant d’être nécessaire et en devenant une affaire d’humeur et de luxe — , il pourrait un jour en aller de même de l’achat et de la vente.

On peut concevoir des états de la société où l’on ne vend et n’achète pas et où la nécessité de cette technique se perd peu à peu : et peut être qu’alors des individus moins soumis à la loi des conditions générales s’autoriseront l’achat et la vente comme un luxe de la sensibilité. Alors seulement le commerce deviendrait noblesse, et les aristocrates s’adonneraient peut être aussi volontiers au commerce que jusqu’à présent à la guerre et à la politique : tandis qu’inversement, l’appréciation de la politique pourrait alors avoir changé de tout au tout. Elle cesse d’être le métier de l’aristocratie : et il se pourrait qu’on la trouve un jour assez vulgaire pour la ranger, à l’égal de toute la littérature de partis et de journaux, sous la rubrique “ prostitution de l’esprit ”.

art : Jockum Nordström

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