La vérité sur Admission Post Bac

Billet d’humeur pour donner une fin heureuse au feuilleton qui anime nos étés depuis 2009

Si la tristesse des lycéens n’était pas au rendez vous, on se serait cru en plein feuilleton estival. L’affaire Admission Post Bac, ou APB pour les intimes, a fait couler beaucoup d’encre et pour cause : par le jeu des classements de voeux et du tirage au sort, des dizaines de milliers de bacheliers n’ont pas pu s’inscrire à la fac. Quand on sait que celle ci est censée être ouverte à tous, c’est une grande nouveauté.

Chaque étape de la sélection a été suivie par les élèves, la presse et les parents, chacun attendant le dénouement heureux de cette sombre histoire. A mi juillet, encore beaucoup d’élèves sur le carreau. Déçus, ils prennent la plume pour dire ce qu’ils ont sur le coeur.

L’un d’eux en particulier m’a fait réagir. Extrait.

Au lendemain du 14 Juillet, fête nationale, je suis triste et déçu de mon pays. Alors que les forces de la Nation ont descendu fièrement les Champs-Elysées, montrant la puissance française au monde entier, j’attendais avec angoisse les résultats de l’ultime vague d’affectation d’ABP. Et le couperet est tombé: rien, aucune université pour me prendre, même pas Nanterre, ma fac de secteur.

Interpellation du président, déception vis à vis de la mère patrie dont l’administration aveugle foule sa jeunesse au pied et un possible départ sans retour pour l’étranger : le ton est donné. Au delà de la détresse de ce jeune homme, je suis abasourdie par le fait qu’il semble ignorer les possibilités qui s’offrent à lui.

Car nombreux ont été ceux qui ont dû composer avec les choix d’APB, les années précédentes. Malgré les effets de communication qui présentent APB comme incontournable, le salut existe hors de celui ci. Les administrations sont en réalité bien plus souples qu’elles ne semblent l’être à travers le prisme APB.

Que les déçus se rassurent, donc: en rusant, ils pourront récupérer la filière qui leur faisait envie… aussi “tendue” soit-elle.

Lycéens, voici la marche à suivre.

Comme Tancrède, vous visiez une filière sous tension à l’université et elle vous a échappé? Essayez d’abord d’envoyer votre candidature papier avec une demande de dérogation pour inscription tardive. Si cela échouait, inscrivez vous quand même dans la faculté que vous visiez, mais dans une autre filière moins convoitée qui ait quelques éléments en commun avec celle que vous voulez vraiment. Attendez une ou deux semaines que les amphis désemplissent pour demander à vous réorienter en interne. Avec un dossier qui montre de la volonté et du sérieux, vous pourrez récupérer les filières les plus tendues.

Vous visiez une filière sélective (BTS, DUT, prépa, etc.) et par le jeu des classements vous ne l’avez pas eue ? Ouvrez votre boite mail et envoyez votre candidature directement à l’établissement de votre choix, car vos résultats du bac peuvent changer la donne. Si les responsables des filières estiment que vous pouvez réussir sans problème chez eux, ils vous ouvriront leurs portes.

Ces méthodes marchent, j’en veux pour preuve mon propre exemple et d’autres plus récents dans mon entourage.

APB existe depuis 2009 et chaque année a amené son lot de déçus qui ont dû ruser pour se faire une place. Après 8 promotions de déception, on est en droit de se demander pourquoi si peu de bacheliers semblent connaitre ces astuces.

Peut être qu’ils ne les ont pas cherchées. Personnellement, je pense que si on est suffisamment malheureux pour écrire dans les colonnes de l’Express, on a dû faire le nécessaire avec les moyens qui nous sont donnés. Le problème vient donc de la faiblesse de ces moyens.

Navigation à vue post-bac

Malheureusement, nous sommes en ce moment dans une configuration où si un élève n’a pas de parents qui connaissent le milieu vers lequel il veut s’orienter, l’institution scolaire lui donne trop peu d’informations consistantes pour qu’il puisse faire un choix éclairé.

Aujourd’hui, combien d’élèves n’osent pas viser des filières “prestigieuses” par peur de la classe prépa, alors qu’elles sont nombreuses à ouvrir leurs portes aux bons élèves de DUT ou de BTS ?

Et combien parmi ceux qui osent savent que même Normale Sup’ recrute aussi en L2 ?

Combien d’élèves aux résultats passables ont rejoint des filières bouchées alors que les seuls qui pourront trouver un emploi ensuite sont justement ceux qui se distingueront par leur excellence ?

Combien d’élèves vont en psychologie, en droit ou en STAPS sans qu’on leur ait parlé des matières qu’ils allaient étudier et déchantent une fois sur place ?

Combien d’élèves laisse-t-on aller en médecine alors qu’ils récoltent à peine la moyenne aux chapitres de SVT consacrés à la biologie ?

Combien de lycéens savent que “management des unités commerciales” veut dire responsable de rayon ou qu’assistant manager veut dire secrétaire de direction et ne réalisent qu’une fois sur place ce que ça implique vraiment?

La réponse : surement autant que d’élèves qui ignorent qu’on peut s’orienter hors APB.

Enseignants du secondaire ou du supérieur, conseillers d’orientation, universités, rectorats… A qui la faute ? On pourrait disserter sans fin sur l’identité du coupable présumé des orientations scolaires ratées. Malheureusement la réalité se passe d’une convention aussi facile : le problème est systémique et ne se résoudra pas sans une réelle volonté politique.

La suite à l’été 2018.