L’écritoire — part.#1

Un jour, je ne sais plus si c’était un matin ou un soir, j’ai décidé de me lancer. L’envie d’écrire grandissait telle que je ne pouvais simplement plus la contenir.

Bon, en réalité, ça ne s’est pas fait en un jour et surtout ça s’est concrétisé dans une symbiose avec une idée de récit. Étant donné la relative complexité de l’idée, j’avais besoin de la coucher sur papier par un schéma narratif afin de ne pas m’y perdre, de découper le récit de manière cohérente et pouvoir y poser un coup d’oeil global à tous moment. L’idée du récit partait autour d’une boucle temporelle. Il faut savoir que j’adore ce principe, même s’il est très (très) casse-gueule… Ce que j’aime surtout là-dedans, c’est le fait d’injecter une pointe de surnaturel dans un environnement d’aujourd’hui, réaliste. Il apparaît comme un élément perturbateur et incontrôlable dans la vie d’un protagoniste lambda. Ici, un policier déchu qui traîne la patte en tant que détective privé. On nage en plein polar surnaturel. Sans doute pas très original, mais qu’importe, l’envie d’écrire prédomine quitte à pondre quelques gros clichés. Je pense même que c’est nécessaire dans un premier temps et surtout, dans un premier récit.

Mon schéma narratif sous les yeux, je peux commencer l’écriture proprement dite. Ma première fois. Je fais un rapide constat étonnant : l’écriture est un saut à pied joint dans l’improvisation.

Malgré une ligne de conduite plus ou moins précise par mon plan séquentiel, je suis surpris à quel point le récit se nourrit de lui-même.

Je pensais, sans doute naïvement, qu’écrire le récit serait une sorte de remplissage de case pré-formatée par mon plan narratif. Pour bien comprendre, il faut se rendre compte que mon plan est une ligne du temps qui découpe grossièrement mes chapitres, chacun résumé en quelques mots avec, ici et là sur la ligne du temps, des indications importantes pour certains moments clés de l’histoire. A ce moment-là, je pense que la phase créative est terminée. J’ai tout le fil de l’histoire en tête, je sais où je vais et l’écriture devait en quelque sorte “remplir” ces chapitres. Et bien, tout ça n’est qu’une vaste mascarade, car l’écriture joue sans cesse des coudes avec ce plan narratif. Elle le bouscule, le tortionne, le remet en question alors que la raison essaye de s’y tenir pour que le récit continue de rester un tout cohérent. Mais l’écriture est plus forte. Elle nourrit l’imaginaire, et donc le récit proprement dit, en temps réel. Cela provoque un vrai combat intérieur. Mais je réalise rapidement que c’est un combat très sain, car il en émerge de magnifiques idées impossibles à obtenir sans avoir réellement commencé à écrire. Quand on dit que les personnages vivent d’eux-mêmes, c’est tellement vrai. Mes protagonistes vivent quelque chose sur lequel je n’ai pas toujours le contrôle. C’est perturbant et grisant à la fois. Ils sont lâchés dans la nature de l’imaginaire et l’auteur ne fait finalement que retranscrire ce qu’ils vivent. Cela en est à un tel point qu’à un moment donné, j’ai dû brusquement tout arrêter.

Comme si je devais reprendre mon souffle et faire l’amer constat que je n’aurais matériellement pas le temps d’aller jusqu’au bout d’un récit dont j’avais perdu le contrôle.

Autrement dit, pour aller jusqu’au bout des idées qui étaient arrivées pendant la phase d’écriture, je devais, premièrement, reconsidéré mon plan narratif, pas dans son schéma global, mais dans sa durée. Les événements ne savaient plus tenir en quelques jours comme originellement prévu. Deuxièmement, il y avait beaucoup de choses à revoir dans les quelques dizaines de pages déjà écrites. Et je n’avais malheureusement pas le temps à y consacrer pour l’envergure que le récit prenait au fur et à mesure que les pages se succédaient. Pas aujourd’hui, pas avec deux tout petits enfants, une famille, un boulot, des amis et des loisirs. Je visais un récit d’une cent cinquantaine de pages. Quelque chose d’assez bref et concis. C’était raté. Et je n’avais surtout pas envie de saboter l’histoire et les personnages en condensant les idées. Tant pis…

Je mets cette première tentative au frigo, après tout, ce n’est que partie remise. Il me faut tout de même quelques jours pour digérer une frustration certaine. Mais germe déjà une nouvelle idée... Je prends une feuille de papier vierge pour retracer une ligne du temps, nouveau plan narratif, nouveau récit. Plus simple, mais toujours cette idée de boucle temporelle.

C’est reparti, mais je bloque très vite… Ce qui m’amènera à un autre article : l’importance du lieu.

L’écritoire est une sorte de tribune où je raconte mes déboires et mes modestes expériences personnelles avec l’écriture.

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