La vaste blague Images d’art

Essayant depuis plusieurs années, à travers mon engagement bénévole sur les projets Wikimedia, de renforcer la présence des musées français sur les réseaux numériques, participant ainsi au rayonnement de la France dans le monde, c’est avec grand bonheur que j’ai appris que la Réunion des Musées Nationaux poursuivait le même but avec le lancement du site Images d’art (je reprends les mots de leur communiqué de presse).

La proposition du site, reprise en boucle par les articles consacrés au sujet, est donc de mettre à disposition, gratuitement, des représentations numériques de 500 000 œuvres d’art. Passons sur le fait qu’il semble en fait que ce soit plutôt 500 000 images de 360 000 œuvres en mettant cette approximation sur un effet de communication (peut-être est-ce aussi une erreur sur la manière d’interroger la base, ma sollicitation d’hier est malheureusement restée sans réponse) et jetons un œil rapide à cette nouvelle plateforme.

Copyfraud

Rappelons en préambule que la majeure partie des images présentes sur ce site sont des reproductions fidèles d’œuvres du domaine public qui par conséquent devraient être elles aussi dans le domaine public. Je ne détaillerai pas ce point, cet article de Rue 89 paru en 2012 expliquait très bien les choses (et parlait déjà, oh surprise, de la RMN)

768x650

Et commençons par l’élément le plus critique, comment peut-on, en 2015, espérer faire rayonner la France en proposant des images de 768 pixels par 650 ? Pour donner un ordre d’idée et sans entrer dans des considérations techniques sur ce qu’est une résolution d’image, cela correspond à un demi écran du dernier iPhone ! Et très concrètement, cela s’illustre par la comparaison suivante pour La liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix proposée par Gallorum sur twitter. Ce rayonnement international est un peu flou…

À gauche la version disponible sur Wikimedia Commons, à droite celle d’Images d’art.

Un partage très contrôlé

On se réjouira que le partage sur les réseaux sociaux soit mis en avant sur le site, on n’en attendait pas moins d’un site souhaitant valorise les musées français sur le web. On s’étonnera cependant à la lecture des CGU du point sur les réseaux sociaux:

  1. partager les Images uniquement sur les pages des réseaux sociaux Facebook et Twitter de l’Utilisateur;

En dehors de Facebook et Twitter point de salut? Qu’en penser quand on voit que le compte de Gallica sur Pinterest est suivi par 4000 personnes ? (m.à.j. du 16/10: quelques jours après l’ouverture, des centaines d’images y sont déjà partagées)

Rassurez vous si vous disposez d’un site personnel, vous aurez la joie de pouvoir intégrer une image sur votre site web mais attention, pour cela il faut disposer d’un compte sur le site images d’art. J’imaginais donc une intégration très poussée pour justifier cela, même pas, c’est une bête intégration HTML comme proposent Youtube ou Gallica à tous leurs visiteurs.

Pourquoi ajouter tous ces freins à la diffusion ???

Un point positif (quand même)

Un point très positif et qui mérite d’être souligné, le site est accompagné d’une API: http://api.art.rmngp.fr/ qui permet d’accéder a l’ensemble des contenus présents sur le site. Cette API est très bien construite et offre une richesse assez rare dans le domaine des API culturelles françaises.

Mais la encore, les CGU risquent de freiner les ardeurs des utilisateurs potentiels:

Si l’on ajoute à cela la qualité médiocre des images, qui aura envie d’investir du temps pour prendre en main cette API ?

Et alors on fait quoi ?

On espère qu’un jour la RMN évolue vers une vraie ouverture ou que sa tutelle prenne enfin la décision de se couper des maigres ressources issues de la vente de licences de diffusion pour enfin participer pleinement à la diffusion de la culture française.

Sinon on peut aussi déambuler sur Crotos, ce site qui propose de nombreuses options de navigation à travers les œuvres d’art présentes sur wikipédia.