De Jogg.in à Jogg.out : 3 conseils pour ne pas se faire berner par un associé

Introduction de Stéphane Degonde, auteur du livre « J’ose Entreprendre »

Mais pourquoi diable les entrepreneurs ne s’entendent-ils donc pas ?

C’est une question qui en deviendrait presque désolante tant les exemples de mariages ratés se répètent. Combien sont-elles ainsi, ces startups promises à un bel avenir, qui voient le ciel de leur développement s’obscurcir parce que les associés ne peuvent plus fonctionner ensemble ? Combien sont-ils surtout, ces entrepreneurs qui ne jugent pas utile le nécessaire apprentissage de l’autre — son fonctionnement, ses valeurs, sa loyauté, sa gestion de l’adversité quand elle survient, mais aussi sa capacité à sortir du concept pour rentrer dans l’exécution avant de formaliser un engagement d’associés par essence durable et contraignant.

Beaucoup. Beaucoup trop devrait-on dire, puisque plus d’une jeune entreprise sur deux fait face, dans les premiers mois du projet, aux conséquences parfois dramatiques d’une mésentente entre associés : conflits d’égos, impossibilité à communiquer, blocages volontaires, et parfois même actions malhonnêtes ou malveillantes, la réalité d’une collaboration, qui n’était jusqu’alors qu’une idée ou un concept, peut révéler des enjeux personnels et des traits de personnalités savamment dissimulés. L’action et le terrain ont une vertu : ils démasquent les imposteurs. Seul hic : l’erreur de casting peut vite tourner au fiasco !

Jogg.in était une startup comme il en existe beaucoup d’autres ; l’expérience de ses fondateurs n’est ni plus ni moins singulière que celle de biens d’autres entrepreneurs. Les enseignements qu’ils en tirent sont éclairants pour une raison: ils parlent à tous ceux qui réfléchissent à un projet d’association et qui, pris par l’enthousiasme et l’envie d’avancer, oublient la nécessaire prise de conscience sur l’importance des hommes ; non pas de la complémentarité de leurs expertises, mais de la nécessaire correspondance de leurs valeurs. »
Stéphane Degonde.


Top Chrono Innovation, société détentrice de Jogg.in, est entré en liquidation judiciaire le 7 septembre 2016 avec une dette de 1,8 millions d’euros. L’histoire était pourtant prometteuse.

Ce réseau social pour joggers, que nous avons imaginé en Janvier 2013 (Laurent et Théo), s’appuyait sur une proposition de valeur intéressante : mettre du « co » et de la « rencontre » dans la course à pied. L’aventure initiée à deux autour de quelques bières dans un restaurant d’altitude de Savoie, s’est rapidement transformée en mariage à trois avec l’arrivée de Thomas Didier. Passés les premiers succès d’estime, et l’organisation d’une des premières courses françaises dédiée aux entreprises, la startup est approchée par l’entreprise Top Chrono, un spécialiste du chronométrage d’événements sportifs. La vente est conclue en quelques semaines. Nous décidons de sortir de Jogg.in, laissant à notre ancien associé Thomas Didier la direction générale de la nouvelle entité Top Chrono Innovation.

La nouvelle direction de Jogg.in se lance alors dans une politique de croissance ambitieuse : 620.000 euros levés auprès de Business Angels et BPI, acquisition des startups Yanoo et GoForRun, embauches massives (plus de 20 personnes), salaires généreux (…), ouvertures de filiales à l’international. Jogg.in, notre Jogg.in, se met à courir vite, très vite, trop vite sans doute, à la conquête d’un business model encore non défini. Bilan des courses : la liquidation judiciaire de Top Chrono Innovation, détentrice de la marque Jogg.in, est prononcée le 7 septembre 2016. Un Jogg.out qui a des conséquences financières non négligeables puisque le montant dû aux associés vendeurs ne sera jamais versé ; 71 associations bretonnes, organisatrices de courses à pied, y laissent également des plumes (89.000 euros se sont évaporés avec le fantasme d’un succès en mode accéléré) ; et de nombreuses dettes sont effacées, laissant fournisseurs, salariés, anciens partenaires (GoodPeopleRun) dans une situation intolérable.

La pilule est amère ; elle était pourtant prévisible. C’est du moins l’analyse que nous en faisons désormais. Nous avions pressenti et capté des signaux faibles concernant notre ancien associé Thomas Didier et la société Top Chrono, mais avons refusé le pari de l’intuition, pourtant si souvent bonne conseillère.

Nous avons ainsi retiré de cette mauvaise expérience entrepreneuriale trois conseils concrets et pratiques, à appliquer dès demain dans votre projet d’association.

Présentez vos futurs associés à votre famille et à vos amis.

Vos proches savent ce qui vous anime, les choses auxquelles vous croyez, les relations qui vous correspondent. Ils vous connaissent parce qu’ils vous voient vivre, évoluer, agir et parfois renoncer. Ils connaissent vos combats et vos passions, vos défauts et vos questions. Ils sont à la fois loin et à côté, proches à la moindre occasion, mais suffisamment distants pour rester lucides. Présentez-leur votre associé, invitez-le à passer un week-end dans votre intimité familiale, incitez-le à se révéler dans la vérité de vos échanges et amitiés… Ils sauront alors vous éclairer, vous dire avec des mots simples et des sensations, si cet associé que vous avez choisi est le bon.

Arrêtez de faire confiance aveuglément.

Quand on démarre un projet d’entreprise, on a évidemment envie de faire confiance. On se dit que c’est bon pour le projet : croire en son associé, en son expertise, en son honnêteté ; penser qu’il pense comme vous, qu’il a foi comme vous, qu’il s’investira comme vous ; se dire qu’il honorera les promesses qu’il formule aujourd’hui, et que les engagements comptent autant que les vôtres… Evidemment que vous y croyez ! Pourquoi ? Parce c’est un moyen de remiser le négatif au placard. On se focalise uniquement sur le positif. On cherche à éviter tout ce qui pourrait freiner le projet. La confiance est une faiblesse pratique. N’oubliez donc pas le pacte d’associés, dans lequel vous mettrez par écrit ce qu’il est si facile à formuler oralement. Le pacte d’associés, ce sont des promesses figées dans le temps, et des mots qui aident à retrouver la mémoire.

Changez votre rapport à l’argent.

Nous avons commis une énorme erreur : ne pas exiger le paiement des échéances aux date initialement convenues. L’acte de cession de l’entreprise signé le 28 juillet 2015 prévoyait 3 versements : 30% à la signature, 30% le 30.09.2015 et 40% le 31.12.2015. Nous n’avons perçu que 40% du montant total, et n’avons commencé à nous en émouvoir que 6 mois après la dernière échéance théorique. Sans doute avions-nous encore un lien émotionnel avec la startup : nous souhaitions la voir réussir, et notre laxisme en termes de trésorerie ressemblait à un soutien déguisé et naïf. Nous n’avions surtout pas imaginé que notre créance servait à couvrir les dépenses inconsidérées d’une croissance mal contrôlée. Une seule règle à appliquer donc : ce qui vous est dû doit vous êtes versé intégralement aux dates fixées. Tout dérapage par rapport à cela est un manquement au contrat de départ, et doit vous faire réagir.


« La chute n’est pas un échec. L’échec, c’est de rester la où on est tombé » Socrate

Nous tournons cette page de notre vie avec un sentiment de dégout et de colère… mais largement emporté par les grandes rencontres que nous avons pu faire lors de ces années et le bonheur de voir tous ces groupes de coureurs continuer à vivre.

Perdre sa startup, et en plus de cette façon, c’est mourir un peu. Mais nous avons su renaitre : Laurent est désormais co-fondateur de Les Coflocs, une agence de production de brand content vidéo ; Théo est intrapreneur au sein d’une société leader dans l’événementiel sportif.

A très vite chaussures aux pieds!

Laurent & Théo

Theo B. & Laurent L.

Written by

Co-fondateurs de Jogg.in

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