Pour bien comprendre ce qui se joue dans le domaine des opérations IT, commençons par une brève histoire de la production informatique.

Les sixties et les seventies

C’était le temps du mainframe. A cette époque, l’opérateur montait lui-même la bande magnétique, puis faisait tourner le programme qu’il avait conçu et sortait des listings avec bande caroll qu’il distribuait aux utilisateurs. Dans les sixties et les seventies, il y avait peu de distinctions entre code et opérations.

Sur un mainframe, l’opérateur est à la fois codeur et administrateur.

Les eighties et les ninenties

C’était le temps de l’informatique départementale avec les minis (AS 400 et VAX) et les PC. Les opérateurs (parfois les comptables) avaient juste assez de connaissances pour faire “crasher” les systèmes. Ensuite, on a relié les PC entre eux dans des réseaux locaux et distants, on a fourni aux utilisateurs des espaces pour partager leurs fichier, on leur a offert du support… C’était l’époque, peu glorieuse, où les utilisateurs se sentaient super-compétents (ils avaient leurs propres PC à la maison) et les administrateurs étaient dépassés. Pour s’en sortir, on a lancé ITIL qui a permis à ces derniers de comprendre que leur métier n’était pas que de la technique, mais aussi du service.

Sur un mini, l’opérateur devient administrateur système.

Puis, ce fut troisième révolution technologique, celle du web avec l’introduction du browser, mais surtout la multiplication à l’infini des serveurs (des milliers chez mes clients, des millions chez Facebook). Le problème de la production devient alors un problème d’échelle avec des solutions remarquables : le monitoring qui permet d’automatiser la surveillance des machines et la virtualisation qui permet de s’affranchir des configurations.

Des rock stars ? Qui sait, une fois qu’ils auront démêlé les fils…

Les administrateurs systèmes deviendront-ils des rock stars ?

Oui, s’ils comprennent que l’infrastructure devient du code. Il y aura toujours des datacenters, de racks, des machines, des baies de stockages… Mais ce n’est plus la raison d’être de la prod. Les sys admins manipulent des objets devenus virtuels : des images, des drives, des ports… tous ces composants qui n’ont plus rien à voir avec la couche matérielle sous-jacente. Et pour cela, il faut coder.

Oui, s’ils la jouent ChaosMonkey. ChaosMonkey ferme au hasard les services de Netflix. Le tout pour savoir si le système est bien résilient. Il l’est.

Oui, s’ils sont des cost-killers. Le cloud est imbattable si l’infra est sujette aux hausses de charges. Mais peut-être pas autant que ça quand la demande est stable; ce qui laisse penser que l’architecture propriétaire de grandes entreprises peut rester pérenne. Les rock stars la joueront alors hybride et “corporate”.

Oui, s’il font aussi de la techno. La prod va jouer un rôle important pour déployer les nouvelles infrastructures web : IPV6 et au-delà.

Oui, s’ils ont la Devops attitude. Devops consiste à travailler en continu avec le dev qui lui-même publie de plus en plus fréquemment en mode itératif et collaboratif. Devops, c’est l’agilitéà la prod.*

Rock the prod !

Vincent Tallepied

Intrapreneurs

*Je donne une conférence avec mes amis de Sopra-Steria sur le sujet à Lille le 8 mars.

In Transformation de la DSI Tags IT ops, Production informatique, administrateur système, devops