Marathonien, ça c’est fait !
Il y a deux semaines je me réveillais avec de la fièvre, des courbatures et une toux bien sèche : une espèce de mini-grippe m’a cloué au lit pendant 4 jours, mais surtout entamé sévèrement le moral et fait perdre une sacré dose de confiance en moi.
J’ai repris non sans mal la fin de ma prépa, mais en gardant tout de même l’objectif de base en tête : passer la ligne d’arrivée en 3h15 et tenter de garder une allure autour de 4'30"(ce qui fait un chrono de 3h09 en vrai… un doux rêve).
Ca va être tendu, mais ce n’est pas une petite grippette qui va me saloper ces trois mois de préparation. Et puis c’est un objectif que j’annonce aux copains depuis un moment, je ne vais pas me débiner AVANT la course.
Samedi midi, le frangin arrive chez moi. On est content de se retrouver. On jauge notre état. On échange nos derniers ressentis d’avant course. Une chose est sûre : on passera la ligne d’arrivée coûte que coûte.
Petit run de warm up histoire de commencer à se mettre la tête et les jambes dans l’épreuve. Il fait frais, les jambes sont lourdes… comme à la veille du semi. Tout va bien alors, me dis-je. En vrai je flippe un peu. Beaucoup.
Samedi soir, rendez-vous avec les copains pour la pasta party. Les quatre futurs marathoniens trinquent à la bière : fuck les conseils diététiques, on est là pour prendre du plaisir avant tout, et ce ne sont certainement pas ces 25cl qui vont tout gâcher. Santé !
Chacun mange à sa faim. Pour ma part je tourne au malto depuis trois jours et même si j’ai sauté le repas de la veille au soir, je pense que me réserves sont bien remplies. Reste la question du petit dej…

Dimanche, 5h30, le réveil sonne : grosse patate ! C’est le jour J, tant attendu. Je sens mon estomac encore bien rempli, je décide donc de faire un repas léger : citron chaud, thé, 1/4 de Gatosport et une banane. Pas envie de revivre cette fin de semi où j’ai dû sacrément serrer les fesses… surtout que malgré plusieurs tentatives, je n’arrive pas à aller aux toilettes. Damned. C’est MA hantise : devoir m’arrêter pendant la course pour me cacher derrière un fourré. Pas grave : un paquet de mouchoir dans le short, au pire je perds 30 secondes. Ne te gâche pas la course pour un truc aussi merdique.
7h30, en route pour Charles de Gaulle - Étoile. Le métro est bondé de coureurs. A la sortie, tout le monde se dirige machinalement vers les vestiaires.
On pose les sacs. La tension monte sévèrement. Il est 8h20 et je sais que le sas est encore loin : j’abandonne donc Dorian et Alister car je pars quelques minutes avant eux et j’ai besoin de me mettre dans la course. Courage les gars, on se voit après la ligne d’arrivée !
Après quasiment un petit kilomètre de footing pour rejoindre le sas, c’est bon, j’y suis, prêt à en découdre avec ces 42,195km. A l’intérieur je croise des copains de boost qui visent à peu près la même allure que moi, on prendra le départ ensemble.
8h56 : bip, bip. Ca y est, je passe la ligne de départ. Première impression : wow, y a du monde ! Seconde impression : wow, ça part vite ! Je prends alors très vite la décision de courir seul, à mon allure : on a dit 4'30", ce ne sera pas plus rapide.
On s’élance donc sur cette avenue des Champs Elysées, l’obélisque de Louxor ensoleillé droit devant nous. Ca en jette !
J’ai plus ou moins mémorisé toutes les positions des supporters : je sais que le premier coup de boost sera au KM5, juste après Bastille. Je profite donc de ces premiers kilomètres pour bien caler mon allure, ce qui n’est pas évident avec tout ce monde : je commence déjà à doubler pas mal de coureurs. Est-ce que je vais trop vite ??
J’avais gardé une bouteille d’eau avec moi pour la première partie car il paraît que le premier ravito est un peu chaotique à Paris : en effet, c’est la guerre à Bastille. Je me félicite pour ma stratégie et contourne l’attroupement pour continuer sans me soucier de quoi que ce soit d’autre que d’être vu par les copains qui attendent à la sortie de la place. Ca ne loupe pas. Gros sourire. Merci !
Pour moi la course commence vraiment à partir de ce moment là. C’est parti pour attaquer le premier gros morceau : direction Vincennes et les souvenirs du semi de début mars.
Cette première partie sera pleine de doutes. Notamment à l’arrivée dans le bois où l’on est tout de suite replongé dans les sensations de la fin de course d’il y a un mois. Les pattes deviennent lourdes et je comprends vite que ça ne va pas être une partie de plaisir pour les 30k restants… surtout à cette allure.
Je me remets alors les prochains objectifs en tête : je sais qu’au KM19 Yannis sera perché pour prendre des photos, juste avant la rue de Charenton qui descend, puis le retour sur Bastille et enfin Paul-Alain qui me récupère au KM24 pour m’épauler sur la fin de course.
Allez, les 10 prochains kilomètres sont programmés, y a plus qu’à… et ça marche ! On sort du bois, le semi est derrière nous. Le K19 est proche, je me cale bien sur la droite, le regard fixé sur les spectateurs. Ils sont là ! Je lève les bras, grosse banane aux lèvres, prêt à réceptionner les précieux encouragements. Ca fait un bien fou !

Arrive le semi : 1h34, je suis pile poil dans les temps. Régularité parfaite. Je reprends confiance. On redescend sur Daumesnil : Bastille est en vue… et un drapeau « Pigalle » sur le côté. Cool, des copains, merci !!
Le temps de se remettre dans la course et c’est de nouveau la place de la Bastille. Noire de monde. On sollicite les encouragements. Faites du bruit !
Laissant la place derrière moi, je me concentre sur mon prochain objectif : récupérer Paul-Alain. Si tout se passe bien, il m’attend au K24, juste avant la descente sur les quais. J’en profite pour ouvrir un nouveau gel… et en perds un en même temps. Damned. Heureusement, j’en avais prévu un en rab. Plus droit à l’erreur désormais.
KM24. Paul-Alain est bien là, je ne peux pas le louper avec son t-shirt République. C’est parti, on descend sur les quais. Je connais ce tronçon par coeur, ça devrait bien se passer. Apparemment j’ai bonne mine contrairement aux autres coureurs. C’est parce que j’ai une super technique : quand tu en chies, souris. Ca fait croire à ton corps que tout va bien. Ca marche plutôt bien… jusqu’à un certain degré de douleur et fatigue.
Ca déroule plutôt bien sur les quais. Les fameux tunnels et leurs sorties « casse-pattes » sont bien gérés. Le prochain objectif est clair : passer le 30K, là où commence vraiment la course.
Je passe l’arche des 30 non sans une certaine appréhension, surtout que quelques mètres plus loin il y a ce faux « mur » qui nous rappelle que ce n’est pas encore fini. Quelle idée ce truc. Je le passe en offrant un joli doigt d’honneur. C’est gentil de nous rappeler que c’est dur, mais non merci !
Je zappe très vite cet épisode car c’est bientôt là que le gros des copains nous attend, au pied de la Maison de la Radio.
Bingo, tout le monde est là ! Je tends la main, croise les regards, les sourires… ça me regorge d’énergie. Quelques mètres après, ce sera Kevin et sa fille : un bisou pour les remercier d’être venus également. Merci, merci !!
Allez, il reste désormais moins de 12K. C’est l’inconnu pour moi, mais le moral est là. Les jambes commencent à tirer mais on oublie le corps, c’est à l’esprit de prendre le relai maintenant.
Kilomètre 33, on arrive dans le bois de Boulogne. Il reste 9K. Ca commence à devenir vraiment difficile, d’autant plus qu’autour de moi ça se met à tomber comme des mouches. Je commence à envisager de ralentir. Paul-Alain n’a pas la même idée en tête : on tient l’allure, tu n’as pas fait tout ça pour rien. Allez. Il a raison.
7, 6, 5… la technique du sourire fonctionne de moins en moins bien. Plus du tout en fait. L’arche du 38 est passée et après elle cette interminable ligne droite. Mon champ de vision devient très étroit. Je serre les dents. J’ai envie de marcher. Juste quelques mètres, pour reprendre du jus. Mais non, ce serait une erreur. 3, 2… C’est interminable. L’avant dernier virage est infernal. Ca monte, putain !
Allez, plus qu’un kilomètre. Moins de 5 minutes de souffrance et ce sera bon. Tiens le coup. Serre les dents. Cours, t’aimes tant ça !
La porte Dauphine est en vue, Paul-Alain va s’écarter. Le finish se savoure seul. J’arrive dans le rond-point, je vois l’arche, on y est presque. Les jambes se réveillent, le sourire revient. Dernière ligne droite. Je sais que j’ai réussi, je suis heureux. Plus que 50 mètres. Allez, allez ! C’est bon !! FINISHER !!! Je stoppe net, je n’en peux plus, les douleurs musculaires apparaissent instantanément. Je regarde la montre, je le sais, mais je n’y crois pas : 3h09 ! J’ai tenu mes 4'30" d’allure, wow ! Je n’ai même plus assez d’énergie pour pleurer.
Je l’ai fait. Mon premier marathon. Après des mois de doutes, de blessures, mais aussi et surtout de plaisir et d’envie. Je suis marathonien. Ca c’est fait. Et le meilleur dans tout ça : c’est que j’ai envie de le refaire, fort des enseignements de cette première expérience réussie.

Merci à tous ceux qui m’ont aidé, que ce soit par leurs conseils, leur soutien ou leur présence lors de cette prépa. Merci à tous ceux que j’ai soulé avec ce marathon. Merci à tous ceux qui m’ont soutenu sur le parcours. Merci Paul-Alain. Et surtout bravo à tous ceux qui ont franchi la ligne d’arrivée !
