J’ai raté le jour du Seigneur… et mon 4h

6h30

le réveil sonne…

Mais pourquoi tu te lèves à 6h30 un dimanche matin ?

Je me lève sans bruit pour ne pas réveiller R et H qui dorment à poings fermés. Le petit-déjeuner est prêt : amandes, thé citron, miel, pain beurre. Je le prends doucement, sans me presser, tout en regardant mon feed Facebook : il pleut sur Nantes m’apprend un statut. Car oui, je suis à Nantes…

Mais qu’est-ce que tu fais à Nantes, levé à 6h30 ?

La douche est prise rapidement mais en profitant de chacune des gouttes d’eau chaude s’échappant de la pomme de douche.

La tenue est prête. Je l’enfile en vérifiant une énième fois que les épingles à nourrice sont bien installées et que le dossard ne va pas se faire la malle…

Un dossard ?

2551, Thibaud, #MarathonNantes peut-on lire sur ce dossard. Car oui, ce matin, je vais courir un marathon. Mon premier.

Un marathon ! La course qui fait 40 km et quelques ?

42km et 195m pour être exact. J’enfile mes baskets, mon sac poubelle, un dernier baiser aux êtres aimés et c’est parti !

Les éboueurs passent le dimanche matin à Nantes ?

Il faut oublier tout désir de glamour quand on participe à une course. Le sac poubelle est juste là pour abriter du vent et tenir un peu chaud en attendant le départ de la course. Il finira déchirer comme le teeshirt d’un chippendale sauf que le chippendale porte des baskets fluo ce coup-ci.

Les 2,5 km qui me séparent du départ me servent d’échauffement.

Ça ne te suffit pas de courir 42 km et quelques ? Tu en rajoutes 2 !

Je me place dans le sas 4h00. Secrètement, j’espère le finir en moins mais comme toutes les premières fois, c’est un saut dans le vide. On verra bien.

9h15, le départ est donné.

Cours Forrest, cours !

9h15, la sirène retentit

Km 1
C’est parti ! Une fois le piétinement des premiers mètres passé, je commence mon marathon tranquillement, à 5min45 du kilomètre, comme prévu. Juste derrière les meneurs d’allure 4h.

Km 2
L’envie est plus forte que la raison. Sans m’en rendre compte, je suis descendu à 5min22 du kilomètre soit un tout petit peu plus de 3h45 au total. Soyons fou, tentons le coup ! J’en arrache mon sac poubelle !

Grrrrrrr !!!

Km 5
Premier ravitaillement. Un peu d’eau, une tranche d’orange. Tout va bien.
5min14 du kilomètre, tout va trop bien.

Km8
Le panneau indique 8 ET 27km. Et oui, le parcours passe plusieurs fois au même endroit. Ça peut paraître anodin mais j’avoue que sur le moment, ça m’a mis un coup. Ah ouaihhhh, quand je repasserai là, on en sera qu’au 27ème…
5min05 du kilomètre.

Km9
Le parcours du marathon longe celui du semi, parti 45 min plus tôt. Ils en sont au 20ème, bientôt la quille, pour eux ;)
5min13 du kilomètre.

Km10
On continue tout droit pour entamer la grande boucle. Tout à l’heure, on tournera à gauche pour attaquer l’ultime kilomètre.
5min18 du kilomètre.

Km12
Toujours pas de pluie. 1er grand pont à traverser. Bourrasques de vent de face.
Une petite raideur momentanée dans la cuisse droite.
Toujours le même rythme. Plus que 30 bornes !

Km16
Commence la partie la moins sympa du parcours : 4km dans une zone industrielle sans âme avec de grandes lignes droites.
Toujours à moins de 5min20 le kilomètre.

Km21
1h52 min, le semi. Un peu plus rapide que prévu mais on y est, plus que 21 km. Mais un marathon, ce ne sont pas 2 semis d’affilée…

Km25
La raideur de la jambe droite n’est plus momentanée et s’est propagée à gauche. Je décide de marcher au moment du ravitaillement pour essayer de détendre les jambes.
5min36 du kilomètre, ça a baissé mais pour l’instant, pas de panique.

Km 29
Je sens que les précédents kilomètres ne se sont pas faits à grande allure mais…
Tout à coup, les Pink Floyd se font entendre dans mes écouteurs. C’est étrange, ils ne sont pas dans ma playlist. Another brick in the wall. Mes jambes se raidissent encore un peu plus, mon allure fond à vue d’œil… Il est là, le mur !

C’est une course à obstacles ou un marathon ?

Tel Rostropovitch à Berlin, je prends mon archet, enfin mes baskets, et je décide de faire tomber le mur. Je vais y arriver…
Mais au 31ème, après être repassé sur le pont venteux, ça ne passe plus. Je marche. Un coureur qui s’arrête en même temps que moi peste Ça va faire plus de 4h, ça ne vaut pas le coup, vaut mieux abandonner. Je repars comme je peux, pas question d’abandonner.
Le 32ème kilomètre est péniblement englouti en 7min33.

Km33
J’envoie un texto à R pour indiquer que j’arriverai un peu plus tard que prévu… Mais que j’arriverai !

Km34
Les meneurs d’allure 4h me passent tels un TGV. Ça c’est rude !

Km36
Je repasse sous les 6min du kilomètre. Ça sera la dernière fois ;)

Km37–40
J’alterne entre course et marche.

Km 40
Je rencontre un compagnon de marche, on discute quelques instants. C’est également son premier marathon. On se motive mutuellement et on se remet à courir. En pleine côte… Lucidité, quand tu nous lâches.

Km 40,5
Ce que je redoute depuis le début arrive. La pluie tombe. Enfin… le Tout-Là-Haut décide de vider sa baignoire pleine sur ma tête pourtant déjà défaite. Raison de plus pour en terminer au plus vite.

Km 41
En réalité, le Tout-Là-Haut vide son bac à glaçons puisque ce n’est plus de la pluie mais belle et bien de la grêle.

Km 42
R, P et H sont là, dans le dernier virage. Comme convenu avec R, je prends H au passage. Ce marathon, mon premier, on le finira à 2, main dans la main. Les gouttes qui perlent sur mon visage ne sont pas de pluie mais de larmes. Larmes de souffrance de ces maintenant 42km effectués, de tristesse aussi parce que mon père n’est plus là pour me dire que je suis taré de faire ça – sa manière à lui de me dire qu’il est fier – mais aussi de joie de faire ces quelques derniers mètres avec H qui à chaque fois que je rentrais d’entraînement me disait C’est tout ?!, sa manière à lui de me booster.

Allez, pour Papi ! lance-je à H à l’entrée de la dernière ligne droite. Il rigole, tout heureux de courir sous la pluie et de courir le marathon comme papa.

Le tapis rouge. La ligne d’arrivée. La médaille des 2 champions comme l’appelle mon fils. La pluie cesse d’un coup. C’est fait. On l’a fait. Je l’ai fait.

4h15min52sec, on est loin du moins de 4h fantasmé mais l’essentiel est ailleurs.

Comme la vérité ?!

Est-ce que je le referai ? Hier, je disais non. Mais c’était hier…

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