Le mouton de noël – le sapin de l’aïd

Chaque aïd j’entends une histoire un peu similaire, au vu des bouchers d’un jour à la blouse blanche et aux couteaux sanglants trainant les rues, il y’en a toujours un pour se demander quelle serait la réaction d’étranger (comprenez étranger non musulman) qui se retrouverait pur la première fois au Maroc le matin de Aïd Al-Adha. Souvent des rires s’en suivent, ah la frousse qu’il aurait, et il nous prendrait tous pour des fous sanguinaires.
Ce qui pose deux questions sans trop de rapport avec le reste de ce billet. D’une part ces étrangers, je crois bien que le sous entendu est qu’ils soient occidentaux, n’ont nul besoin de voir ce paysage pour nous considérer comme des fous sanguinaires, ils en sont convaincus depuis longtemps et la mise à jour est à l’image du nouvel iPhone, on vous promet qu’on a tout réinventé mais on y a juste mis un peu de khôl. D’autre part je me demande si ce n’est pas effectivement comme cela que le premier contact post moyen âge se serait fait, ça aurait le mérite de donner un peu de cadre à ses jugements vraisemblablement immuables.
Mais j’ai décidé de me poser une autre question, histoire de renverser un peu l’historique. Imaginons une orientale (pardon Edward Saïd, pardon) qui se rendrait en Europe ou autres États-Unis la veille de noël, pour assister à un défilé sans fin de messieurs bidonnant habillés en rouge avec fausse barbe blanche courant derrières les enfants pour les faire asseoir sur leurs genoux. Pire encore cette promiscuité envers les enfants serait si forte que dans les malls (vraisemblablement ce qui semble être le temple de ces peuples), les enfants feraient la queue pour le privilège. Sans doute prendrait-elle ces gens là pour des fous pédophiles.
Les deux images sont aussi fausses l’une que l’autre, vivre au 21ème siècle et n’avoir entendu parler ni du plus important des rituels de la plus grande religion du monde (le consumérisme), ni de la seconde plus importante (le boulfafisme), c’est vivre au 14ème siècle (et on y voyage pas tant que ça).
Car noël est tout autant barbare (ou civilisé) que l’aïd, on tranche le tronc d’un arbre majestueux pour le plaisir de le voir dépérir en intérieur, on produit un tas de déchets, incluant la carcasse d’un arbre dont les aiguilles tombent à terre et pourraient bloquer les égouts, ainsi que pléthore d’emballages non biodégradables. Avant Noël les places publics sont prises d’assaut par des marchés, où si ne venez pas prendre un vin chaud, vous êtes mis un peu au banc de la société, et après les vacances on dira à vos enfants qui ont eu le malheur de ne pas fêter l’événement qu’ils ne sont pas dignes de la récréation, par manque d’histoires de jouets innovants à partager.
Mais il est plus simple de trouver un sac à sapin au sud de la méditerranée que de trouver un lieu d’abatage avec système de tout à l’égout… au sud de la méditerranée. On vos donnerait plus facilement une autorisation pour faire un marché de noël que pour faire un marché de moutons, bien que la neige se fasse rare par ici, et que le vin frais soit plus en demande que le vin chaud, même en hiver.