Nous, les marcheurs, nous sommes vos obligés

Tout au long de l’année 2016 puis en 2017, nous sommes venus, un peu par curiosité, découvrir ce nouvel objet politique, étonnamment baptisé En Marche. Nous venions de partout, de tous les territoires, de toutes les situations professionnelles, de toutes les générations, de différentes sensibilités politiques et, pour la plupart, jamais adhérents d’un parti.

Le seul point commun que nous avions était notre désillusion, notre déception à l’endroit du paysage politique mais notre optimisme pour le changement. Nous ne savions pas que ce mouvement allait marcher jusqu’aux portes du pouvoir, nous croyions participer à une démarche citoyenne dont le but était de changer les codes, proposer des solutions, réfléchir, partager nos expériences. Essayer d’être force de proposition, en dehors des clivages. Nous désirions être un laboratoire d’idées nourri par des points de vue divers, citoyens et pluriels. Pas d’élitisme, parole égale pour tous, respect mutuel et passion. Pas de leader, pas de ligne imposée, pas d’a priori idéologique. Rien que l’expression de tous, le débat d’idées, le partage d’expériences, l‘identification des blocages de notre pays, des difficultés des citoyens, du pays…

Puis vint la construction d’un programme, dans une consultation citoyenne bien organisée pour permettre l’expression de chacun. A cette époque, nous étions dans une bulle : bulle de réflexion pour nous tous et bulle médiatique selon les observateurs. A la fin de 2016, début 2017, nous n’imaginions pas l’enchaînement extraordinaire des évènements que la France allait vivre au printemps.

Un homme, accompagné de dizaines de milliers de femmes et d’hommes, allait bouleverser tous les codes de la politique, relativiser l’éternel clivage gauche/droite, renouveler la classe politique de façon peut-être définitive en la rajeunissant, en la féminisant, en la diversifiant et en l’ouvrant à la société civile. Le “dégagisme” n’était pas une fin en soi, le renouvellement est un moyen.

Tout ce qui a été fait a été possible par la volonté des urnes. Tout ce qui a été fait pourra être défait par cette même volonté. Je sais que notre mouvement ne fait pas l’unanimité, suscite l’attente, suscite des inquiétudes voire des oppositions radicales. Mais les français ont voulu “voir”, comme au poker, sans trop d’illusions.

Aujourd’hui, j’ai un peu le vertige. Le pari fou est devenu réalité et nous oblige. Nous oblige à tenir nos engagements, à réussir, à rassurer, à permettre à la vie démocratique de se renouveler, aux oppositions de se reconstituer pour nous surveiller, nous critiquer mais aussi nous aider. Nous aider à n’être pas le parti unique, la pensée unique. Nous aider à conserver notre écoute, notre bienveillance et notre humilité.

Ce pari fou est peut-être aussi l’occasion pour les autres formations de se renouveler, de convoquer l’audace et l’innovation, de se repositionner sur leur ADN, sur ce qui les réunit en interne. Cela n’est pas une injonction, je sais qu’elles le feront sans avoir besoin de ces conseils, elles ont déjà commencé.

Nous avons besoin d’elles , nous avons besoin du débat d’idées et de la contradiction. Il s’agit de l’enjeu majeur de notre avenir démocratique.

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