Nouvelle donne, quelles perspectives ?

Au delà des espérances développées dans mon précédent article : “Nouvelle donne”, il convient de s’interroger sur les craintes que j’y ai exprimées.

“Si on suppose que (le) renouvellement majeur s’appliquera aussi aux élections locales (municipales entre autres), n’y aura-t-il pas un gâchis de ressources humaines, compétentes et maîtrisant les enjeux locaux ?”

Il faut absolument dépolitiser les élections locales, à commencer par les élections municipales. La gouvernance locale n’a que faire de l’ancien clivage droite/gauche. Des listes rassemblant des hommes et des femmes, diverses dans leurs parcours, dans leurs origines professionnelles, implantés dans la cité et compétents devront se créer, sous l’égide de plusieurs formations politiques dans le cadre d’un projet partagé. Cela permettrait de conserver les anciens élus mus par leur connaissance des réalités du terrain et de donner une place aux nouveaux venus, capables d’apporter l’innovation sur leur territoire.

“Le risque du “Parti Unique” fédérant toutes les tendances progressistes, rendant inaudible la contradiction des deux oppositions paradoxales, et, in fine, ne pouvant se nourrir du vrai débat démocratique parce que porteur de la Vérité absolue.”

L’instauration d’une dose de proportionnelle aux différentes élections, y compris au Parlement, permettrait de maintenir le débat démocratique vital pour un pays. Il n’est pas pensable que des partis comme le PC, le PS, EELV, UDI, MOdem et même…le FN ne puissent être représentés de façon démocratique. Avec l’impossibilité, en l’état et pour certains, de créer des groupes parlementaires. Sans revenir à la IVème république, notre pays ne peut se passer de partis d’opposition en capacité de laisser entendre leur petite musique et, pourquoi pas, se constituer en forces d’alternance.

“(…)Cet état de fait rendrait caduque la possibilité de l’alternance. A moins, en cas d’échec, de voir accéder au pouvoir une de ces forces radicales, portée par un peuple totalement désenchanté, voire révolté.”

Le débat démocratique et pluriel permet, en partie, de se tenir à l’abri des tentations populistes ou extrêmes. La compréhension de la complexité du monde demande la diversité des points de vue. Tous les citoyens doivent pouvoir se sentir représentés et écoutés. Un seul parti, aussi ouvert soit-il, ne peut confisquer le débat, au risque de marginaliser les divergences et de susciter la colère. Ce parti ne peut prendre le risque de se replier sur lui-même, sous prétexte qu’il fédère dès sa création, de nombreuses sensibilités.

Ce parti, au pouvoir, doit laisser la porte ouverte à de nouvelles expériences partisanes qui naîtront dans le futur, en mettant en oeuvre une part de proportionnelle.

La République En Marche ne doit pas absorber ses alliés d’aujourd’hui (MOdem, une part de l’UDI, des membres de LR et du PS, ou ce que ces formations deviendront) : elle aura besoin de structures politiques différentes pour alimenter le nécessaire débat.

“(…)mais qui doit nous interroger tous sur l’équilibre “bénéfice/risque” d’un traitement totalement expérimental, innovant et plein d’audace.”

La République En Marche devra avoir conscience, à chaque instant, de sa responsabilité face à ces enjeux essentiels pour l’avenir de la démocratie française en faisant son introspection régulière des fonctionnements inédits qu’elle y a suscités.

Ce nouveau parti est condamné à la réussite et est porteur de la responsabilité immense que les circonstances et les électeurs lui ont confiée.

La République En Marche, au-delà de l’espoir qu’elle suscite, est aujourd’hui garante du pluralisme et du multipartisme. C’est ainsi que nous la voulons. C’est pour cela qu’elle peut mériter notre espoir.