Musicien : tu vas devoir tout casser

Je sais combien je peux parfois saouler les gens par un certain radicalisme concernant la musique, principalement son évolution et son apprentissage.
Mais il n’en reste pas moins que 80 % des musiciens que je rencontre manquent cruellement de curiosités ou pense que tout a déjà été fait.
Penser que tout a déjà été fait et que rien ne pourra surpasser les « grands anciens », ceux grâce auxquels on a découvert l’instrument que l’on joue, la musique que l’on compose ou que l’on pratique, est pour moi un grand manque de courage et de confiance en soi, certain musicien me font penser à ces adolescents qui doivent « tuer le père » pour pouvoir avancer dans la vie, si ils ne le font pas, ils ne grandiront pas, ils ne seront jamais eux-meêm et ça c’est vitale…il arrivera toujours un moment où nous devrons apprendre de nous même, où il faudra se challenger, se révolter, tout casser pour mieux reconstruire, comme l’enfant qui demande à son père de l’aider à construire ce Faucon Millenium en Lego et qui juste après les heures passées à le bâtir détruit tout d’un revers de la main…pour reconstruire SON vaisseau. D’où vient ce besoin irréversible de repartir à zéro ?
L’être humain est fait pour créer, tout autant que la pro-création, la création est dans notre instinct, dans nos gènes, nous ne sommes jamais plus heureux que quand nous créons, pensez y !
Certain genres de musique stagnent depuis des dizaines d’années, je pense au Rock notamment, sauf quelques exceptions, qui est surement le style qui a le plus de mal de s’affranchir de ses idoles, bien plus que le jazz et, même, plus étonnamment, de la musique classique qui ces dernières années a su trouver un nouveau souffle principalement au travers de collaborations et métissages très créatifs avec des labels comme Neue Meister ou même le mythique Deutsche Grammophon.
Le manque de curiosité est lié très souvent au même phénomène que cité plus haut : « J’ai ma vieille collection de vinyles, donc pourquoi chercher plus loin ? Tout est là ! » oui tout était là à ce moment M de ta vie…
« De toute façon, aujourd’hui, on ne produit plus que de la merde commerciale, les gens ne savent plus jouer, il ne savent qu’appuyer sur un bouton, blah blah » Franchement, certaines fois, j’entend de jeunes musiciens et j’ai l’impression d’entendre un vieux grincheux sur son banc qui discute avec ses amis boulistes, ou une conversation de bistrots.
C’est tellement facile de ne pas faire le moindre effort…essayer autre chose, c’est sortir de sa zone de confort, risquer de ce planter, d’être ridicule…Les plus grands, ceux que l’on idolâtre et que l’on pense indépassable n’ont jamais rien fait d’autre que de casser les codes et c’est pour ça et rien que pour ça, qu’on les reconnaît aujourd’hui.
Quand tu essais d’enseigner la musique ce problème t’impacte également, combien de mes élèves arrivent avec des influences d ‘un autre temps, un temps ou leur conception n’était même pas un projet, et pourtant…on me ressort encore et encore les Jimi Page et autre Clapton …BORING !
Alors ma mission, c’est de faire comprendre à mes élève ou stagiaires qu’ils ont tout autant de potentiel de leurs idoles, mais que ce n’est pas en les copiant qu’ils le libéreront. Par contre, apprendre d’eux un vocabulaire est tout autre chose, transcrire ce n’est pas copier, transcrire un solo de Charlie Parker n’a pas pour but de le jouer, notes pour notes, lors de la prochaine Jam Session à laquelle on a participer, d’ailleurs si on le fait, on prend le gros risque de ce faire virer, parce que, bien évidement, on ne pourra en sortir qu’une très pale imitation de l’originale. A contrario, utiliser le vocabulaire Bebop de Parker, dans le solo de son morceau de Metal sonne déjà comme quelque chose de bien plus excitant non ?
Pour étayer mon propos, je vous propose de regarder cette super vidéo de Rick Beato, un immense pédagogue, musicien et ingénieur du son americain. : https://www.youtube.com/watch?v=cE51I1A9J4c
A bientôt pour la suite
