Le pire ennemi des entrepreneurs

Quelques pensées de noctambule. Tout n’est pas rose dans l’entreprenariat.

Sur les blogs Startups et en particulier qui viennent des états-unis, il y a un tabou qui commence à tomber. C’est principalement un évènement triste qui pousse les entrepreneurs à lever ce tabou. Austen Heinz s’est enlevé la vie à l’age de 31 ans. C’est celui de trop qui nous rappelle tous les autres. Cet article sur Business Insider en parle très bien : http://uk.businessinsider.com/austen-heinzs-suicide-and-depression-in-startups-2015-7?r=US

On se sent vite seul contre tout

Je raconte cette histoire à chaque fin de Startup Weekend. La première fois que j’ai rompu avec mes associés, c’était pas facile. Je l’avais pas vu venir. Et j’ai récolté pas mal de “T’as voulu être entrepreneur aussi”. Y’a aussi eu des gens qui m’ont écouté, qui ont exprimé de la compassion. Mes potes qui ont la fibre entrepreneuriale ne m’ont pas laissé seul. J’avais l’impression d’être un peu ce mec qui vient de se faire larguer. Il met pas l’ambiance aux soirées, mais on veut pas qu’il soit seul.

Quand j’ai quitté mon CDI pour me consacrer à l’entreprenariat, ça a vite tourné au vinaigre. Ceux avec qui je devais m’associer se sont dérobés rapidement. Je décide de me mettre à faire du Freelance, parce que quitter un CDI avait déjà été assez dur et je sais que je ne veux pas avoir à repasser par là pour créer. Là, c’est pas la fête. Mois de carence, pôle emploi veut pas de toi. Faut que tu t’achètes une machine pour réaliser tes prestas. Et tes potes te traitent de chômeur. “T’as choisi d’aller pointer au pôle emploi ?”. “C’est pour payer ton indemnité qu’on côtise tous ?”. En pratique, je toucherai pas grand chose comme indemnité bien sûr. Et puis les contrats ça vient pas tout seul. En même temps, tu démarres ton activité fin juillet, c’est pas le moment. Alors tous les matins je prospecte. Mais ça vient pas. Je passe les journées chez moi, très seul dans l’appart. J’ose pas trop aller aux soirées, parce que j’ai pas vraiment les moyens de ramener à boire. Peu à peu, je m’isole.

Quand le premier contrat tombe, ça tombe mal. C’est la semaine de vacances que ta copine a posé y’a plusieurs mois, “quand t’avais un CDI”. Tu devais la passer avec ta famille que tu vois que 2 semaines par ans. Je me retrouve à effectuer 5 jours de presta sur la cote d’azur. “Mais on profite pas des vacances, tu travailles tout le temps”.

Bref, au bout d’un moment ça commence à prendre. Sur les 300 prospects à qui t’as envoyé des randoms mails, il y en a deux trois qui ont ouvert des leads. Un client content en ramène un autre.

Tu commences à rencontrer les clients qui ont des problèmes de deadline. Les deux clients qui se réveillent et qui veulent être livrer en même temps. Celui qui prend son temps pour payer la presta.

Bref, tout ça peut paraitre anecdotique, mais c’est pas facile. Et le plus dur, c’est de trouver les gens à qui parler.

Il faut parler, mais à qui ?

J’ai de la chance d’avoir eu le soutien de pas mal de personnes.

La première, c’est Lucie, ma bien aimée, qui croit en moi, même si je rentre le soir et que je lui dit qu’on a cassé le CDI sur un coup de tête. Je t’aime.

Y’a ma maman aussi. Je serais toujours un champion, pour elle, les deux pieds les deux mains dans la merde. Sérieux, elle m’aimera toujours, que je sois barbu, tondu ou punk à crête bleue. C’est la numéro 1 pour liker toutes mes pages facebook, partager toutes les annonces.

Quand elle voit une photo de moi passer sur Facebook, elle la partage. Normal. Y’a qu’une maman pour faire ça. Au début, ça m’embarrassait pas mal. Un peu comme un pré-ado qui veut pas que ça mère l’accompagne au collège. Maintenant, c’est important pour moi.

Dans l’article en haut, ils parlent de ces patrons de PMEs qui se trouvent un peu dans une situation délicate. Ils ont pris de l’argent à de la famille, mais là le business décolle pas. À une table ronde organisée par l’école, il y avait un ancien qui disait dans l’ensemble, “On s’accroche à chaque petite victoire”, ça décolle pas, on a emprunté de l’argent à la famille, mais on s’accroche. Et on continue d’y croire. Et au bout d’un moment ça commence à prendre.

Oui c’est dur de prendre de l’argent à la famille pour démarrer un business. C’est dur de les regarder et de leur dire : “Ça va pas”. Surtout que ce ne sont pas forcément des investisseurs aguerris. Ils s’attendent pas forcément à perdre. Mais, dans le fond, même s’ils te targuent à propos de l’argent, c’est toujours un proche qui tiens à toi, non ?

Solidarité entre Freelances

Se tourner vers ses homologues ? On est là pour faire des affaires, pas pour prendre le thé. Quand ça va pas, ceux qui pouvaient être tes partenaires vont vite t’oublier. Si t’as donné pas mal de service sans rien attendre en retour, tu peux espérer un peu de franchise et de soutien.

Là où j’ai trouvé de l’aide, c’est chez d’autres freelances. On a pas les mêmes compétences, on se fait pas concurrence. Et par contre, on passe par les même difficultés. Quand j’ai eut des clients un peu complexes, j’ai pu en parler avec certains. Ils m’ont pas forcément donné de solutions, mais quelques gestes font beaucoup. “Raaah, dur. J’ai connu ça aussi, attend je te raconte mon histoire.”, parfois, ça fait relativiser. “C’est qui ? Vas-y je fais passer le mot à mes potes prestas qu’ils se fassent pas avoir”. Ouais on se serre les coudes. Et en province, on est pas forcément nombreux, alors on a plutôt intérêt à être solidaires. En fait, rapidement, on va pouvoir se refiler des leads : “Tiens, moi je suis chargé, prend ce contrat”. Collaborer : “Sur cette presta, y’a ça à faire, c’est pas mon truc, on prend le contrat à deux ?”. Y’en a quelques-uns qui devraient se reconnaître, je vous dis merci, je vous renverrait jamais assez l’ascenseur.

Etre à l’aise avec l’échec

Avec les Labels French Tech, les concours d’entreprenariat, les médias Startups qui ne parlent que des “Startups qui ont le vent en poupe”, on a tendance à fuir ceux qui se plantent. Comme si l’échec était un truc contagieux. Genre, si on me voit avec ce mec qui s’est planté, on va croire que je vais me planter aussi. On se croirait dans un Lycée américain, avec ce Looser, le paria que personne ne veut fréquenter.

On veut fréquenter les entrepreneurs à succès. Je connais un pote qui s’entend bien avec un mec qui a croisé un jour le fondateur de tu-sais-cette-startup-swag à un apéro parisien. #Wouhou

A un Startup Weekend Parisien, une fois, Liam Boogar nous a fait un welcome to failure pitch qui m’a beaucoup inspiré. “Entreprendre c’est échouer”. Vous avez perdu ce Startup Weekend et ce n’est que le début. Si vous surmontez cet échec, vous allez rencontrer le suivant. L’échec de la mise sur le marché. L’échec devant un investisseur. L’échec de l’internationalisation. En fait, entreprendre c’est échouer et se relever.

Ça m’a permis de voir mon parcours différemment. Bien sûr, en tant qu’entrepreneur, mon parcours est une succession d’échecs. Et alors ? C’est comme ça que j’avance. J’ai jamais eut l’impression de reculer. Chaque fois que je me relève après un échec, j’ai l’impression d’avoir monté une marche. Et tous ces échecs m’ont amené là où je suis aujourd’hui. Quand j’ai voulu rejoindre l’équipe de Tripndrive, mes anciens associés ont envoyé de cools recommandations, de chouettes portraits dont je suis super fier.

Et je raconte ça aux participants du Startup Weekend le dimanche soir. Bien sûr que vous allez vous planter ! Et c’est comme ça qu’on démarre. Allez-y ! Echouez gaiement ! Vous verrez, c’est cool !

“You will FAIL and that’s ok” — Startup Weekend Facilitator Deck

Lorsque je facilitais à Brest, ça m’est venu spontanément : “Echouez tant que vous voulez, le jour où vous réussirez, tout sera oublié”.

L’important c’est la communauté

Les potes qui m’ont soutenu, c’est des mecs de Startup Weekend. Pourquoi on a besoin de tous ces clubs d’entrepreneurs ? Parce qu’on a besoin d’un endroit un minimum intime pour en parler.

Après avoir raconté mes échecs aux participants, je leur explique pourquoi la communauté est importante. Je leur dis d’envoyer du #KerKer à la communauté, d’envoyer des ❤. Ouais, on utilise des moyens détournés pour dire qu’on s’aime, parce qu’on est forts, un entrepreneur se doit d’être solide. Et les sentiments c’est pas l’attribut des personnes fortes, hein !

Parce que la première cause d’échec des entrepreneurs, c’est la solitude, l’isolement, la dépression. Soutiens la communauté, elle te soutiendra en retour de milles bras quand tu en auras besoin. Crois en ta communauté. Elle croira en toi, lorsque tu auras des doutes. Parce qu’un entrepreneur entouré d’une communauté forte, je pense pas qu’on puisse l’arrêter. Il aura beau échouer, qu’il se relèvera toujours. Et au bout d’un moment, il réussira.

Et à ce moment là, les participants partagent tous le même sentiment. Ils forment une communauté bien vivante. On vient de signer un pacte. On se promet d’y aller tous ensemble. On se promet de se soutenir à tour de rôle. Et au bout d’un moment on réussira tous. Et quand l’un d’entre eux réussi, ils ont tous le sentiment d’avoir réussi.

We ❤ you — Startup Weekend Facilitator Deck

En parler

L’isolement commence quand tu as peur de parler des difficultés que tu rencontres. Il faut savoir faire preuve d’humilité et en parler pour trouver du soutien.

Prenez le temps de dire merci. Envoyez des lettres d’amour. Ça prend du temps, mais ça aide tout le monde.

Si l’on veut mettre fin à ce mal qui ronge les entrepreneurs, il faut rompre le tabou. 30% des entrepreneurs souffrent de dépression, alors il n’y a pas de mal à l’avouer. L’accepter, c’est déjà le surmonter. Se relever, encore une fois?


Je partage mon experience avec vous. Hier j’ai lu trois articles sur la depression des entrepreneurs, notamment celui-ci qui vient de Montréal : “The Founder Institute, Or How It Helped Me Stand Up To A Bully: Depression.” et ca m’a donné envie de partager mon histoire.
N’hésitez pas à créer un post et à partager la votre. C’est aussi en parler.

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