La notion d’hospitalité de la mort.

Faire corps avec les morts est le principe qui doit régir les lois entre vivants et défunts. L’hospitalité envers les morts consiste par toute une suite de services rendus et de passage entre un monde et l’autre et de faire des uns des ancêtres, des autres, des humains.

Accueillir les morts, s’en souvenir, les abriter, c’est assurer la transmission d’une histoire, d’une mémoire, d’une affiliation.C’est rendre la mort vivable, maintenir les morts en vie et faire que la vie puisse continuer dans leur souvenir gardé.

Face à une si lourde tâche, de nouvelles formes d’hospitalité s’inventent sans cesse dans les sociétés. C’est le résultat d’un processus complexe où se trouvent mêlé les cultures, les pratiques locales, les croyances idéologiques et des systèmes de pensées. C’est le prix à payer pour la paix des vivants et des morts.

Trouver la bonne place et la bonne distance pour les morts demeure donc une exigence sociale. Dans certaines sociétés, la meilleur façon de se comporter avec un hôte mourant est d’ignorer le sort qui lui est réservé.

Chez certains, c’est une force active qui menace à tout moment de faire irruption dans la vie.Chez d’autres, on parle sans cesse de mort, on la chante, on l’appelle de ses vœux.

L’hospitalité à celui qui va affronter le grand passage, est le fait de tous pour ne pas aviver la souffrance de l’agonisant qui lui aussi à des devoirs durant cette période critique.

Les astuces pour préparer sa mort sont multiples. Qu’importe la forme que prend l’hospitalité des morts, l’important est de les recevoir et de leur permettre de se préparer au grand voyage. Et la meilleure hospitalité qu’on puisse leur offrir, c’est de les garder présents parmi les vivants.

Les rites, les fêtes élaborés par les sociétés pour accueillir les morts visent à aider les uns et les autres à accepter cette séparation. Il s’agit en quelque sorte de soigner ceux qui demeurent.

Tout défunt après ses funérailles doit trouver un asile en un site et doit être confié à un hôte qui le reçoit, l’accueille et lui permette de poursuivre son cheminement de mort. L’espace où sont déposés les morts diffère d’une société á l’autre. Il n’est pas bon asile pour les défunts, que chez soi.

Comme il n’y a de bonne hospitalité que dans sa terre pour que s’accomplisse la réduction physique du mort. Les cimetières, les nécropoles funéraires sont des lieux d’asiles des morts, un havre définitif où règnent la sérénité, le calme et l’attente. Dès lors s’impose à tous l’obligation de les laisser reposer en paix, de les accompagner et de veiller au respect de leur intégrité.

Après l’ensevelissement du mort, s’ouvre un long processus qui se déroule et ne se termine qu’avec la destruction du corps, dans la sépulture, lors de la mise en place d’un nouveau défunt ou lors de nouvelles funérailles.

Les déchirements qu’entraînent les guerres et les grands travaux industriels détruisent les nécropoles funéraires et obligent les populations à fuir loin de leurs maisons et de leurs tombes.

La mort est un passage qu’il faut mener à bien pour les défunts, et pour la société toute entière.

Les morts ne sont jamais loin, ni oubliés. La mort est là, à sa place mais séparée des vivants qui viennent la visiter, l’honorer, l’aidant à avancer vers son devenir définitif.

Dans certaines sociétés, on ensevelis une seconde fois, on accomplit de nouvelles funérailles pour montrer aux morts qu’on ne les oublie pas et surtout pour aider au processus d’ ancestra — lisation que tout défunt doit subir.

Chaque ancêtre doit être régulièrement honoré du processus vital. Ils sont présents dans l’imaginaire symbolique des vivants. La relation physique avec leur mémoire doit être apprécié.

Nourrir les morts est un exemple des façons de commémorer les disparus, de les garder proche de nous. Les morts sont des hôtes comme les autres. Ils doivent recevoir leur lot de rites d’accueil et de bon retour.

Pour perpétuer le souvenir des morts, on peut aussi leur écrire, en parler constitue une autre façon de les sauvegarder, et une possibilité de les accueillir entre soi, pour soi.

Les vivants ont la possibilité d’intervenir dans la destinée des défunts. Même les mauvais morts ont droit à l’hospitalité. C’est à ce prix que les morts laisseront les vivants en paix et garantiront une longue vie pour ceux qui restent fidèles aux engagements pris.

L’hospitalité aux morts doit être donné par amour. Elle s’oppose à la charité, donnée pour s’acheter bonne conscience et à l’ostentation. L’hospitalité aux morts par amour nous met en contact avec la mort. C’est par amour que chaque âme est en contact, en conversation avec chaque autre…

—cp: themonsterp —