Après le Brexit, le Charmexit ?
Le 27 Juin, après un vote a 170 voix contre 170 (incroyable égalité parfaite) le crédit de 2,4 Millions sur 3 ans (2017–2019) proposé par le conseil d’administration des télécabines Charmey les Dents-Vertes est refusé par le syndic qui a la lourde responsabilité de devoir trancher.
Les habitants du Val-de-Charmey se retirent du support inconditionnel aux remontées qu’ils ont démontré jusque là. Le Charmexit !
Etant a 9000km de Charmey ce soir là, je n’ai pas pu voter, et finalement j’ai à la fois le sentiment étrange que mon vote aurait pu tout changer et pas entièrement certain de ce que j’aurais voté dans cette salle, ce jour là…
Le cœur ou la raison ?
Le cœur
Certains l’ont mal interprété, le vote n’était pas “pour ou contre les télécabines”, mais “pour ou contre le plan d’aide tel que proposé par le conseil d’administration des télécabines”. Tout le monde (en tout cas une très forte majorité) est attaché a ces télécabines, elles ont fait la fierté du village, précurseur en la matière. Le problème n’est pas là.
Les familles (y compris la mienne) veulent pouvoir continuer de skier “la bleu forêt”, les parapentistes (y compris moi) veulent pouvoir faire quelques remontées rapides après le travail en été. Les randonneurs apprécient également de pouvoir être transportés, les visiteurs du parc aventure ont peut-être leur premiers frissons lors de cette montée en cabine, les descentes en trottibike depuis Vounetz sont aussi sympa, encore faut-il pouvoir monter, et simplement monter Vounetz pour manger une fondue ou un repas de fête des mères au restaurant avec une vue magnifique…
Donc OUI, on les aime ces cabines ! Au delà de Charmey !
La raison
On les aime ces télécabines, mais elles coûtent… cher… Aucune remontée de moyenne montagne ne dégage suffisamment d’argent pour s’auto-suffire sur le prix des billets, il faut donc aussi de l’argent chaque année de la part “d’investisseurs”.
Entre 2011 et 2015, les contribuables ont payé en moyenne 770'000CHF par an pour les remontées mécaniques, et le conseil communal allait proposer au vote une aide qui aurait abouti a 900'000CHF d’aide pour 2016 (soit environ 10% des recettes fiscales (17% pour les personnes physiques), ou environ 45% des besoins annuels des télécabines)
Quel est le montant raisonnable a payer ? Et qui doit payer ?
Qui doit payer le déficit ?
Comme dit précédemment il est peu probable que les remontées mécaniques de moyenne montagne puissent être bénéficiaire sans changements majeurs, mais vu l’impact économique sur la région, il serait logique de répartir au mieux le déficit en fonction du revenu engendré.
Val-de-Charmey
Le Val-de-Charmey doit bien entendu contribuer, au même titre que les installations sportives (mais contrairement aux bains de Charmey qui peut se permettre une offre auto-suffisante). Mais, pour l’instant, les contribuables du Val-de-Charmey ont été pris pour des vaches à lait (usant de notre attachement émotionnel plus que financier aux cabines). Cela n’incitant pas les autres bénéficiaires des remontées mécanique à mettre la main à la poche.
Canton
Le nombre de 8 Millions de revenu grâce aux télécabines pour la région a été mainte fois évoqué. Si ce montant est juste, le canton récupère en impôts une partie de cet argent, mais a part quelques aides ponctuelles, il manque un financement régulier pour avancer plus sereinement.
Les clients
Les tarifs 2016 ont été revu, fini le tarif “station intermédiaire” et les tarifs sont dans la norme comparé a Moléson ou Jaun. Augmenter le prix des remontées ne serait pas justifié et ferait certainement fuir les visiteurs.
Communes limitrophes
Dans un monde idéal, les communes limitrophes devrait également participer vu que les nuits d’hébergement et le prix des biens immobiliers chuterait en cas de disparition des télécabines de Charmey.
Entreprises locales
Certaines entreprises locales bénéficient de l’impact des télécabines, mais alors qu’on évoque parfois leur possible départ/faillites si les télécabines venaient à disparaître, on ne voit pas ces mêmes entreprises aider a la survie des télécabines (hormis par le biais des impôts si celles-ci sont sur les villages du Val de Charmey).
La proposition du conseil d’administration des remontées mécaniques
Le conseil d’administration proposait un plan a 5 ans (puis réduit à 3 ans). MERCI ! C’est une vision a moyen/long terme que je voulais entendre (j’aurais préféré sur 5 ans, ca permet de construire plus sereinement et d’embaucher les bonnes personnes), comme certains ont déjà évoqué lors de précédent conseils communaux, le Val-de-Charmey injectait continuellement (et toujours de manière extraordinaire) de l’argent sans veritable vision pour sortir du trou, cela aurait suffit si les problèmes avaient été temporaires, mais on sait désormais qu’il faudra espérer plus qu’une météo d’hiver clémente…
Le couperet est tombé, 800'000CHF/an pendant 3 ans, en soit je ne trouve pas le montant exorbitant vu l’historique de 770'000CHF/an sur les dernières années, mais le plan doit être relativement solide.
C’est ce plan qui a été soumis au vote et refusé. Malheureusement je n’ai plus de copie de ce plan…
Les solutions partielles
Il n’y a évidemment pas 1 solution, mais un ensemble de pistes a utiliser ensemble.
Solution 1: Une charge pour le Val-de-Charmey
La première solution c’est d’accepter le fait que la situation ne changera pas de sitôt et qu’en effet les contribuables devront verser 17% de leurs impôts communaux pour maintenir les cabines. Jusque là, la charge acceptée était de 250’000CHF, il faudrait passer cette charge a environ 770’000CHF si on regarde l’historique des attributions ‘extraordinaires’… C’est la solution la plus sûre mais aussi la plus difficile a absorber financièrement vu qu’elle ne repose que sur 2350 habitants.
Solution 2: Pousser les investisseurs
C’est apparemment la solution choisie par le syndic, arrêter de faire payer les contribuables, mettre en danger les télécabines afin de faire réagir les autres acteurs, tel que le canton, pour qu’ils contribuent.
Solution 3: Développer l’attractivité pour la clientèle
Même les sports d’hiver font moins recette, les fréquentations des pistes de ski sont en baisse, ce n’est pas un problème inhérent a Charmey, même si nous avons de très bons skieurs de randonnées (qui n’utilisent pas les remontées)! Les jours d’été se font a perte…
Nous avons heureusement déjà d’autres activités, comme le Charmey Aventure et le trottibike, ce n’est semble-t-il pas suffisant.
Solution 4: Trouver d’autres moyens de financement
Faire payer le parking a été évoqué, c’est certainement à envisager. Il faut tout de même voir le coût d’exploitation et le comparer au coût de revient, il devrait rester gratuit pour les utilisateurs des remontées mécaniques afin de ne pas les faire fuir. (La KeyCard a 5CHF apparaîssant déjà comme un coût caché pour certaines familles, ne frustrons pas plus nos visiteurs).
Il n’est pas incongru de faire payer le parking aux adeptes du ski de randonnée ou au parapentistes adeptes du marche et vol (Outre Sarine, il est fréquent de payer une taxe atterrissage, ca n’arrive certe pas dans les mêmes poches, mais le coût peut rester similaire) à conditions que le tarif reste “correct”, ce n’est pas un parking en plein centre de Zurich.
Le sponsoring a déjà été évoqué, ici encore une fois une solution pérenne pour les télécabines est requise ou les sponsors seront difficile a convaincre.
Ma proposition (naïve)
Je n’ai pas tous les chiffres, je ne connais pas tout le dossier, mais j’ai quand même un avis, le même que je pourrais tout aussi bien donner accoudé au OBar avec une bonne bière blanche.
Faire voter un nouveau plan a long terme (5 ans)
- Comme dit précédemment, je suis content que le conseil d’administration ait proposé un plan a long terme, il ne manquait pas d’ambition mais ne paraissait pas complètement ficelé, ce qui a certainement nuit au vote. Sans cette stabilité, il est impossible d’évoluer sereinement et d’obtenir des engagements de la part d’investisseurs ou du personnel. De plus, le travail des administrateurs devrait se concentrer a développer l’activité plutôt que d’essayer tous les 6 mois de sauver la maison…
Réduire les charges pour Charmey (de 770'000CHF par an)
- Recontacter les potentiels investisseurs (le canton en premier lieu), les habitants de Charmey ont démontré par le vote surréaliste et les diverses études qu’ils étaient à la fois attachés à leurs télécabines et a la fois au bord de l’étouffement financier.
- Mettre en place le parking payant si les revenus compensent largement les coûts…
- Mettre en place le sponsoring Même si la bleu forêt est estampillée Rivella, je préfère ca que de perdre mes cabines…
Investir dans le tourisme 4 saisons (avec l’aide de Charmey)
- Se concentrer sur 1 activité originale que l’on peut pratiquer hors-hiver. Pas de piste VTT (trop tard), pas de luge d’été (Moléson l’a déjà). Éventuellement en complément de Charmey Aventure. http://www.bol-d-air.fr/ par exemple, il y a sans doute de meilleures idées !
- Ajouter des activités telles que chasses au Trésor http://www.le-tresor.fr/catalogue.php (qui peut-être autosuffisant entre le prix du guide et des prix intéressants mais attirer du monde aux télécabines.
- Avec peu de moyens mais des gens motivés on peut aussi développer un/des événement(s) sportif(s) ambitieux sur nos montagnes. Apparemment une course de trail est discutée, il faut aller vite, c’est à la mode mais il y a de plus en plus de course de trails… Un festival de parapente ? Il en existe un imposant a Vevey avec des vedettes, mais il y a certainement moyen de faire quelque chose d’un peu différent.
Et surtout
- Travailler ensemble ! MERDE ! En lisant le rapport du conseil communal, on a l’impression que c’est le conseil d’administration des télécabines contre le conseil communal, le cœur contre la raison. Ca ne peut pas fonctionner… Les deux veulent la même chose, garder les télécabines ! Mais les Charmeysans l’ont exprimé, pas a n’importe quel coût, pas sans vision de sortir de l’impasse.
- Et puis, Charmey Tourisme, les remontées mécaniques, Charmey Aventure, Anémos Parapente , le centre sportif, les hôtels, restaurants et j’en oublie, il faut vous unir, faire une offre collective et forte ! Cachons les différences et faisons de Charmey/Val-de-Charmey/Vallée de la Jogne un grand parc d’attraction sans barrière. Anemos et Charmey Aventure le font déjà, il faut étendre et centraliser la promotion (site web attractif et multilingue, brochures…)… Réduire les coûts et être plus efficaces, ensemble.
- Promouvoir la Vallée de la Jogne, ne pas se restreindre a Charmey, plus il y aura de visiteurs dans la région, plus il y aura d’utilisateurs des télécabines, moins il faudra combler un déficit ! Le trophée des Gastlosen est un parfait exemple, un événement sportif Charmeysan renommé qui a su tirer parti de son environment, sans œillère.
- Les habitants hors Val-de-Charmey n’ont pas de véritable possibilité de montrer leur attachement aux cabines (A part en venant très souvent). Même chez les contribuables du Val-de-Charmey, certains seraient peut-être (on peut rêver) prêts a contribuer plus que d’autres (certains sont bien devenus actionnaires il y a quelques années), certaines entreprises seraient aussi peut-être prêtes à montrer leur attachement. Une campagne de crowdfunding serait intéressante a plusieurs titres, elle permettrait d’afficher publiquement son soutien (ou anonymement pour ceux qui le souhaite), elle serait accessible a tous, et permettrait enfin de se rassembler autour d’un projet commun. L’objet du crowdfunding pourrait porter sur l’activité originale mentionnée plus haut ou autre chose de concret. Je ne pense pas que cela générerait un gros montant, mais certainement une approche plus positive pour la promotion d’une solution plutôt que de se battre entre Charmeysans sur la place publique, dans les journaux et de s’apitoyer sur son sort…
Et enfin…
- Pas de canon a neige comme évoqué ! C’est contre nature, il faudra se faire au réchauffement climatique et à la baisse de fréquentation, même quand il reste de la neige en fin de saison, les skieurs ne viennent plus, ni à Charmey, ni a Moléson selon mon experience… De plus ca va pas dans le sens de la diversification sur les 4 saisons que les spécialistes recommandent vivement.
- Je n’ai pas vraiment compris la suggestion de racheter Charmey Aventure… La société tourne sans investissement externe et amène du traffic sur les télécabines alors gardons les choses comme ca, renforcont le partenariat et si nous avons de quoi investir, investissons dans autre chose.
Conclusion
Tout d’abord, je m’excuse d’abord pour les éventuelles imprécision ou erreur, si j’ai des retours par commentaires, je m’empresserai de rectifier.
Je profite pour remercier le travail du conseil communal du Val-de-Charmey et du conseil d’administration des télécabines, chacun fait de son mieux avec ses propres objectifs dans un contexte très difficile…
Je ne prétend de loin pas tout savoir, et je ne suis pas un donneur de leçon mais je voulais “coucher sur papier” mon point de vue, ca me trotte dans la tête depuis trop longtemps…
Finalement, si je peux aider d’une façon ou d’une autre, je le ferai volontiers !