L’économie collaborative : une opportunité, pas une menace pour la France

« Quand il y a une innovation, les Américains en font un business, les Chinois la copient, et les Européens la réglementent » voilà ce qu’a déclaré Emma Marcegaglia la PDG italienne de Eni. Un constat à peine exagérée si l’on regarde le cas de l’économie collaborative. Elle fait bouger les lignes et effraye bon nombre d’acteurs dans notre société, c’est pourquoi les précédents gouvernements, fébriles, ont fait le choix de tout brider passant à côté d’une immense opportunité.
Blablacar, Airbnb, Ulule, Leboncoin, Uber sont des noms que vous connaissez déjà bien, ils ont 3 points en commun. Ce sont des grands succès, utilisent le principe d’économie collaborative et ne laissent pas insensible l’état français. Blablacar et Leboncoin sont chéris tandis que Uber et Airbnb ne sont pas les bienvenues, serait-il la même chose si ces entreprises étaient françaises ? La question reste ouverte. Quoiqu’il en soit le gouvernement estime que ces services sont néfastes pour l’économie française car ils détruiraient des emplois. Alors la solution choisie est de compliquer leur mode de fonctionnement via des nouvelles lois et attaques en justice.
Le cas Uber, une erreur.
Le 9 Juin 2016, la justice française condamnait Uber Pop à payer 800000 euros d’amende dont la moitié avec sursis pour avoir créé un service payant de transport entre particuliers jugé illégal. C’est le fruit d’un long bras de fer commencé avec les taxis et le gouvernement Hollande dès 2014, l’année de lancement du service. Victime de son succès les taxis se sont sentis menacés et ont fait pression sur le gouvernement afin de voter une loi interdisant Uber Pop. Ce sera chose faite avec la loi Thévenoud entrée en vigueur en 2015.
Une victoire pour les taxis et une triste façon d’agir pour le gouvernement. La colère des taxis a pris le pas sur la vérité, Uber Pop permet à de nombreuses personnes qui en ont besoin de bénéficier d’un salaire complémentaire mais aussi de fournir une alternative aux transports en communs. Si il est vrai que pour la plupart des français il est possible de prendre un Uber à place des transports en communs si cela est plus approprié, prendre un taxi au lieu des transports en commun est plus rare car les tarifs sont très élevés et cela influent grandement sur le comportement. Puis, oui le métier de taxi est voué à disparaitre dans les 20 prochaines années, et ce n’est autre que Carlos Ghosn PDG de Renault-Nissan qui le dit « Compte tenu de l’évolution technologique, avec le développement des voitures autonomes, des voitures sans chauffeur, dans vingt ans il n’y aura plus de taxis»[i], une position appuyée par Pascal Lamy président de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) « si le syndicat des chauffeurs de taxi était intelligent, la transition avec Uber pourrait se négocier ». Une position que n’a donc pas partagé le gouvernement car la transition aurait été douloureuse. Or ce n’est que repousser le problème à plus tard, avec la même façon de réfléchir ce seront les voitures autonomes que le gouvernement interdira.
Le crowdfunding social, nouvelle pépite de l’économie collaborative.
Parmi l’économie collaborative, il y a aussi le Crowdfunding, un concept déjà présent dans l’hexagone depuis de nombreuses années. Interactif et toujours dans l’esprit de communauté, ce système a su séduire autant les donneurs que les porteurs de projets. Ces projets sont pour la plupart dans un but de financer des développements de produit, œuvres artistiques ou des startups. Mais la vraie révolution pourrait bien venir du crowdfunding social. De nouvelles plateformes se focalisent uniquement sur les projets d’ONG afin de faciliter la collecte de dons. En contrepartie, 5 à 10% des sommes levées sont gardées par la plateforme pour les frais de fonctionnement. Une solution qui fait ses preuves à l’heure où l’humanitaire pâtit d’une image négative. En cause de nombreux scandales de détournements de fonds et d’inefficacité comme peut l’attester le triste exemple Haïtien. En 2010, le pays déjà ravagé par la misère a été frappé par un séisme monstre faisant près de 230000 morts. Après une forte mobilisation de la communauté internationale, 13 milliards de dollars ont pu être mis sur la table pour remettre le pays sur pieds, mais deux ans plus tard la situation était toujours déplorable. La Croix Rouge américaine qui disposait à elle-seule de 500 millions de dollars n’y a construit par exemple que 6 maisons au lieu des milliers promises.[ii] Cela fait tâche.
La nouvelle opportunité offerte par ces plateformes sociales est de permettre aux donneurs de contribuer à un projet précis et encadré. Une méthode appréciée car elle permet entre autres une meilleure visibilité sur l’utilisation des fonds. Les ONG s’inscrivent au service et y présentent leur projet avec le détail sur l’allocation des fonds. A partir de là n’importe qui peut commencer à lancer une campagne pour supporter le projet, c’est à dire l’ONG elle-même ou des particuliers voulant faire une bonne action. Plusieurs études ont montré qu’en matière de collectes de fonds, la principale motivation des internautes pour faire un don est la sollicitation d’un proche. Ce type d’approche est jugé acceptable par plus de 90% de la population tandis qu’une demande de don « douce » par les ONG sur les réseaux sociaux est perçu par plus de 50% comme pas acceptable.[iii] Voilà donc une nouvelle opportunité gagnant-gagnant pour les ONG et donneurs.
Références
[i] http://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKCN0PE0MP20150704
[ii] http://www.chicagotribune.com/news/opinion/editorials/ct-edit-redcross-0808-20150807-story.html
[iii] http://straightupp2p.blackbaud.com/blackbauds-2016-peer-peer-fundraising-study/