Microaventure, macroliberté

Un récit de Jean-Michel Baroudeur

Cet été, j’ai traversé la France à vélo en rejoignant la pointe Saint-Mathieu (Finistère) depuis Menton (Alpes-Maritimes). Voici ce que j’aurais aimé lire au moment où j’ai eu cette idée à la con.

La vie la vraie

« L’idée ne vient pas vraiment de toi »

J’ai lu qu’on ressemblait aux 5 personnes avec lesquelles on passe le plus de temps. J’aime de moins en moins ce genre de théorie de Rikains qui cherchent à t’expliquer la vie en bullet points, mais je dois avouer que ces derniers mois j’ai beaucoup (beaucoup) traîné dans les livres et les internets de ces gars là :

. Sylvain Tesson qui a raconté sa marche du Mercantour au Cotentin dans Sur les Chemins Noirs.

Après avoir traversé l’Himalaya à pied ou vécu 6 mois dans une cabane en Sibérie, il raconte la liberté qu’offre l’aventure près de la maison : « Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre. »

« Avec ma sale gueule, je peux draguer au musée Picasso »

. Mike Hall, l’un des plus grands cyclistes d’ultra longue distance.

Initiateur de la Transcontinental Race, il a inspiré la naissance d’une nouvelle génération de courses à vélo qui visent à relier deux points distants de plusieurs milliers de km en totale autonomie : la North Cape 4000 (de Florence au Cap Nord), la Japanese Odyssey (de Tokyo à Osaka) ou encore la French Divide (de la Flandre au Pays Basque).

On dirait que plus c’est inutile, plus c’est beau

. Alastair Humphrey : désigné aventurier de l’année 2012 par le National Geographic, il est à l’origine du concept de microaventures : des expériences hors des sentiers battus mais courtes, près de chez soi et qui ne nécessitent pas beaucoup de moyens.

Son credo : l’aventure est au bout de la rue, pas besoin d’aller jusqu’en Mongolie ou en Alaska pour vivre des trucs hors du commun into the wild.

Coucou Chilowé !

Cette vidéo change tout (je trouve)

Au bout d’un moment, j’ai fermé mes bouquins, mon ordi et je suis parti faire un tour à vélo.

De Menton à la Pointe Saint Matthieu : 1600 Km, 12 jours de route

« Pas besoin de plus de 2 x 1/2 journée pour te préparer »

Première étape : faire un check-up de mon Peugeot Tourmalet 30 ans d’âge avec les copains de Ridy.

J’ai eu la chance d’accompagner leurs tout premiers pas quand je travaillais avec Ticket for Change

Meilleur service : où que vous soyez (à Paris), ils viennent vous faire toutes les réparations à domicile !

Deuxième étape : passer en mode bikepacking, le moins mais mieux appliqué au vélo.

Ce que Josh Ibbett emporte pour 1 an autour du monde

Grâce à un post sur le groupe FB du Paris Chill Racing, je trouve une sacoche de selle Apidura 17L d’occasion à deux pas de chez moi. Je complète avec une petite Alpkit Koala qu’on m’a offerte, accrochée au top tube avec un tendeur.

Sur moi j’ai : un casque, des lunettes de soleil, un tee-shirt, un caleçon, un cuissard, une paire de chaussettes, des chaussures de VTT qui évitent de marcher comme un cow-boy.

J’emporte : un hamac en toile de parachute, un duvet, une veste coupe-vent, un savon, un opinel, une brosse à dent, de la crème solaire et des compresses désinfectantes.

J’ai aussi un cadenas en U (qui n’a pas servi du trip) et un chargeur solaire qui multiplie par 8 l’autonomie de mon iphone (moins bien qu’un moyeu dynamo).

Pour mon vélo j’ai : des éclairages avant/ arrière, un support smartphone, 2 chambres à air et quelques outils.

Côté ravitaillement j’emporte deux gourdes, 8 Pom’Pôtes et 12 barres de céréales pour éviter la fringale.

Troisième étape : foncer vers la gare et profiter des dernières heures assis sur autre chose qu’une selle pour me pencher sur l’itinéraire.

En avant Guingamp

« Chacun sa route, chacun son chemin »

Utiliser Strava pour tracer mon itinéraire m’a cramé dès le premier jour (en revanche appli géniale pour mesurer vitesses, calories brûlées, km et dénivelés avalés).

Sans parler du fait qu‘elle m’a emmené escalader les pentes les plus raides de la région, elle m’a aussi dirigé vers ce genre d’endroits :

Y’a plus de route, y’a plus de chemin

Du coup j’ai demandé des conseils aux copains :

Meilleure idée

Et j’ai utilisé Google Maps pour tracer des routes entre les étapes qu’ils m’avaient conseillées.

Pas idéal : il peut parfois t’envoyer sur des grosses départementales très passantes ou sur des chemins creux à fat risques de crevaison (CCFRC) - surtout pour des pneus de route 700 x 25.

Non merci Google

Je réalise en écrivant qu’un outil/ appli parfait m’aurait sans doute privé de ce qui a fait de cette expérience une véritable microaventure : les doutes, les rencontres, les galères, les coins de paradis perdu.

Merci Google

« Tu vas redonner de la valeur aux choses simples »

Sur la route, tu as de grosses préoccupations : atteindre ton objectif de km quotidien, manger & boire, dormir, échanger avec des gens. C’est tout, et toute ton énergie est consacrée à ça.

Roule, mange, dors. Recommence.

Ça fait plus de bien que tous les trucs qui font du bien quand on se sent bien.

La liberté que tu expérimentes est autant dans la route et les paysages qui défilent à l’infini que dans le silence hallucinant qui remplace tout à coup la petite voix qui te dit tous les jours d’habitude que tu manques d’ambition, que tu n’es pas assez grand, que tu te fais marcher sur les pieds ou que ton job n’a pas assez de sens.

Tellement bon de se réfugier parfois dans le bas de la pyramide

Le mieux, c’est quand tu peux répondre à deux besoins en même temps : dormir et rencontrer des gens en demandant l’hospitalité par exemple.

Ce n’est pas la première solution à laquelle j’avais pensé, mais j’avais oublié de quoi suspendre mon hamac et j’avais servi de casse-croûte à des bestioles en dormant dans un champs dès la première nuit.

Un bivouac Jean-Michel Baroudeur

Je n’ai pas trouvé ça très confortable d’aller demander à des inconnus de m’héberger sans que je leur donne quoi que ce soit en retour, mais ça fonctionne.

Fais une proposition concrète et surprenante : en demandant s’il est possible de dormir sur le trampoline que tu as repéré dans le jardin, il est probable qu’on te propose une chambre et une douche à la place.

D’autres solutions d’hébergement nécessitent moins d’efforts, comme les copains qui habitent sur la route ou l’appli Warmshowers, surprenante d’efficacité.

Accueillant le Breton !

La dernière solution est celle qui m’a le plus surpris : en France en 2017, des gens abordent spontanément des cyclistes pour leur proposer de les accueillir chez eux pour la nuit.

Ça m’est arrivé à 2 reprises sur 11 nuits : j’ai eu l’impression de retrouver la même hospitalité qu’en traversant l‘Asie en tuk-tuk avec les Facteurs du Mékong.

Merci Xavier !

Si tu suis bien, tu as compris que le seul besoin de base qui va te coûter quelque chose c’est de manger et boire. C’est sans compter les hôtes qui fournissent le dîner et le petit déjeuner à l’œil.

Nourris toi alors autant de ce qui se trouve dans ton assiette que de tout ce qui constitue l’instant que tu es en train de vivre.

Quand le jour se lève, attablé dans une cuisine inconnue, savoure alors l’intimité d’un café/ tartines partagé avec ce vieil homme qui te décrit les paysages que tu vas traverser dans la journée, avec cette femme qui accueille des cyclistes pour aider son petit-fils à oublier la violence de ses parents, ou avec tes copains expatriés en Auvergne pour créer la boite dont ils rêvent.

En Auvergne

Pour le reste, dévalise toutes les boulangeries que tu croises et remplis tes gourdes aux fontaines des cimetières.

« Attention, tu vas avoir envie de repartir »

Ce n’est pas quelques crampes, une insolation et les attaques de chiens de garde qui vont te refroidir. Tu n’es pas venu(e) jusqu’ici (que) pour souffrir ok ?

Refrain à partir de 0:56

Tu vas être surpris du nombre de nouvelles idées à la con qui vont te traverser l’esprit sans prévenir entre deux coups de pédale.

Si tu as oublié de les noter en route, vas chercher de l’inspiration pour ta prochaine microaventure ici, ici ou ici.

Géronimo !


J’ai partagé quelques images sur https://www.instagram.com/thibautlabey/

Partagez vos microaventures avec le hashtag #jesuisjeanmichelbaroudeur

Merci d’avoir lu jusqu’au bout ! Si ça vous a plu, vous pouvez taper très fort des mains ou partager cet article.

Show your support

Clapping shows how much you appreciated Thibaut Labey’s story.