“ Waiting for the train ”

(en français après le texte anglais)

The first time I saw you, you were there, standing along the railway. You told me you were waiting for the train to go to Germany. I thought it’s was quite simple because that was exactly where your parents wanted to go. That made me smile.
The second day, you were at the same place, always with your little suitcase, formerly a case for a professional tool in which you had put the few things that you had been able to keep with you since your hasty departure of Syria due to aerial bombings. You told me that the train was not coming because there was a strike. I thought you were imaginative. I smiled.
On the third day, you were always there with your little suitcase and still your indelible and so charming smile. It was almost noon. You said that the train would not come now because it was too late, that Germany was far and needed the train arrives early to go so far. Your answer took me aback. I suddenly understood that this situation that lasted for almost three months to wait every morning a train that would not come, a border that would not open, began to make everyone a little crazy and you first. So it brought tears to my eyes.

Tuesday, May 24., a bus arrived. As anyone told you where this bus was going off, maybe did you think you were going to cross the border and that this bus would take you to Germany. But the bus went southward, to Thessaloniki, and then landed you and your parents in a disused factory where you live now. Always under a tent, always without hot water or good conditions, always a hard life. Conditions that make me cry.

Nevertheless, even if you still have no news of your future, I hope that you always have great prospects ! I hope today you have kept this ability to invent an excuse for every day that the train does not arrive. I dream that you now think you’re in the factory where they will manufacture the train that one day takes you off for Germany. But I cry because I do not have the strength to draw you a better future than a tent in a Greek disused factory for an indefinite time… because it’s a very long time to build a train.

Idomeni, Greece. May 2016. © Thierry Birrer.

« En attendant le train »

L a première fois que je t’ai croisée, tu étais là, le long de la voie. Tu m’as dit que tu attendais le train pour l’Allemagne. J’ai pensé que c’était bien trouvé puisque c’est là où tes parents voulaient se rendre. Cela m’a fait sourire.
Le second jour, je t’ai recroisée, toujours avec ta petite valise, anciennement une valisette pour un outil professionnel dans laquelle tu avais placé les rares affaires que tu avais pu garder avec toi depuis ton départ précipité de Syrie sous les bombardements. Tu m’as dit que le train ne venait pas parce qu’il y avait une grève. J’ai pensé que tu avais de l’imagination. J’ai souri.
Le troisième jour, tu étais toujours là, avec ta petite valise et toujours ton sourire ineffaçable. Il était presque midi, tu m’as dit que le train ne viendrait plus parce qu’il était trop tard, que l’Allemagne c’était loin et qu’il fallait que le train arrive de bonne heure pour aller aussi loin. Je suis resté interdit. J’ai compris que cette situation qui durait depuis près de trois mois à attendre chaque matin un train qui ne venait pas, une frontière qui ne s’ouvrait pas, commençait à rendre tout le monde un peu fou et toi d’abord. Alors j’ai versé une larme.

L e mardi 24 mai, un car est arrivé. Comme personne n’a dit où ce car vous emmenait, peut-être as-tu pensé que tu allais passer la frontière, qu’il allait t’emmener vers l’Allemagne. Mais ce car est descendu vers le sud, vers Thessalonique, et t’a débarqué, toi et tes parents, dans une usine désaffectée où tu dors aujourd’hui, toujours sous une tente, toujours sans eau chaude, toujours sans avenir. Et je pleure.

Néanmoins, j’espère que tu as gardé cette faculté à inventer chaque jour une excuse pour que le train n’arrive pas. Je rêve même que tu penses maintenant que tu es dans l’usine où l’on fabriquera le train qui un jour t’emmènera en Allemagne. Mais je pleure parce que je n’ai pas la force de te dessiner un meilleur avenir qu’une tente dans une usine désaffectée pour un temps indéterminé. Parce que c’est très long de construire un train.

© Thierry Birrer, 29 Mai 2016.