“With this freedom maybe, maybe you will find some peace”
Nous l’avons fait ! We’ve made it !

Kulata, Bulgarian border, May 2016. © Thierry Birrer

(In English below)

Nous l’avons fait !

I l fait chaud dans le car, pourtant nous ne sommes pas assis du coté soleil. Il fait chaud parce que nous sommes tendus.
Nous somnolons sans un mot jusqu’à la frontière, une frontière annoncée par une file de camions sur plus de trois kilomètres. Ralentissement du car, elle me prend par le bras.
La porte s’ouvre, l’hôtesse annonce en bulgare :
– Identiti cartas ! Passports !
Je n’ai rien besoin de lui traduire. Un douanier grec monte à bord tandis que les klaxons des camions résonnent à l’unisson. Je la sens frissonner. Silence dans le car. Seulement le klaxon des routiers.
Quand il arrive à notre hauteur, je tends les deux passeports. Le fonctionnaire les prend, regarde les couvertures, ouvre les livrets bordeaux, relève la tête vers nous, puis, sans toujours un seul mot, nous rend nos documents et tend la main vers le passager suivant, deux sièges plus loin. Après avoir contrôlé chaque passager, sans un au-revoir, il quitte le véhicule. L’hôtesse remonte avec la liste des passagers qu’elle avait amenée à la guérite, le car repart. 
Et c’est tout. Je n’arrive pas à y croire.
Il s’arrête trente secondes plus tard, dans le no man’s land entre les deux pays, au Hellenic Free Shop.
Les passagers descendent se dégourdir les jambes, sauf une maman et son bébé, et nous deux. Nous n’osons pas bouger. On a toujours des réactions bizarres dans les moments difficiles ! Les chauffeurs fument une cigarette, puis le bus repart, toujours dans un amoncellement impressionnant de camions qui klaxonnent régulièrement pour protester contre le temps d’attente.

Cent cinquante mètres, le panneau “République bulgare”, en bulgare et en anglais. Nouveau stop.
Nous restons de longues minutes sans avancer, nous sommes silencieux. Que dire ? Je la sens très tendue et moi aussi. Les dés sont jetés, impossible de faire demi-tour ! Ai-je bien fait ? Ai-je vraiment réfléchi à mon acte ? Être sorti de Grèce ne signifie plus aujourd’hui être rentré en Bulgarie ! 
Pas un mot.
Attente. Tension. C’est nerveusement très éprouvant.
Notre véhicule glisse enfin lentement sous le portique “bus” pour stopper vingt mètres après. Le chauffeur ouvre la soute aux bagages, un douanier vérifie les valises, la soute se referme, le bus repart. Je souris nerveusement. Il a cherché à la cave alors que c’était à l’étage ! 
Cent mètres encore, Kulata, Bulgarie. Elle me fait une bise, je frissonne.
Je n’ose lui dire qu’il faudra encore passer les frontières serbe, hongroise, autrichienne, allemande et française, même si je pense qu’elle est sauvée, que la Bulgarie c’est tout de même mieux pour être arrêté que la Serbie ou la Macédoine.
Elle s’effondre, la tête sur mes genoux. Quelques larmes. Je pose mon bras sur ses épaules.
Elle dormira jusqu’à Sofia, 167 km plus loin.
Vu comme ça, c’est presque simple de franchir le mur des Balkans.
Nous l’avons fait ! Zehouania D., syrienne, devenue provisoirement Christelle M., française, vient de rentrer en Europe.
Hasard de la vie, sur les écrans intérieurs du car, la musique de fond du film, c’est “Stoned” de Dido : 
« Peut-être qu’avec cette liberté, trouveras-tu la paix. »

Dans “Free Shops”, il y a “Free”. Et si en pensant cette frontière, elle avait enfin gagné la liberté ?

We’ve made it !

It’s rather hot in the bus, and yet we are not sitting on the sunny side. It is hot because we are strained.
We doze without a word till the border. A large line of trucks over three kilometers announces it. The cars slowns down, she takes my left arm.
The door opens, the stewardess announces in Bulgarian :
- Identiti cartas ! Passports !
I have nothing to translate to her. A Greek customs officer goes on board while the honking trucks resonate in unison. I feel her quaking with fear. Silence in the bus. Outside, the campaign was filling with trucks horns.
When the customs officer arrives near us, I hold both passports for him. He takes them, looks carefully at the blankets, opens the burgundy booklets, holds up his head to us, then, always without one word, gives our documents back and slides along the next passenger, two seats far away. After a few minutes checking every passenger, without saying goodbye, he leaves the vehicle. Then the stewardess goes on with the passengers list she had brought to the customs office. The bus restarts.
And that’s all. I dare not believe it.
The bus stoppes thirty seconds later, in the no-man’s-land between the two countries, at the Hellenic Free Shop.
All passengers go off to stretch their legs. All passengers except a mother and her baby, and us. We do not dare to move. The two bus drivers smoke a cigarette, then the bus starts again, always through an impressive line of trucks honking regularly to protest against their waiting time.

One hundred and fifty meters later, the signpost “Republic of Bulgaria”, both in Bulgarian and in English. New stop.
We remain a long time without moving forward. We keep silent. What to say ? I feel her very tense and me too. What could I say ? The die is cast, no way to make an about-turn ! Do I really thought my act ? In May 2016, coming out of Greece no longer means to enter Bulgaria !
Not a word.
Waiting. Nervous tension. It’s the waiting which is the hardest to bear.
Our vehicle finally slips slowly under the “bus” portico to stop twenty meters after. The driver has to open the baggage hold. A customs officer rapidly check the luggages. Then all doors are closed, the bus leaves. I nervously smile : the officer looked for in the cellar when it was on the floor !
No one enters the bus.
One hundred meters further, Kulata, Bulgaria. She gives me a quick kiss that makes me shudder.
I do not dare to say to her we have now to pass the Serbian border, then the Hungarian one, the Austrian, German and French ones, although I think she is rather saved as Bulgaria is better to be arrested than Serbia or Macedonia.
She slumps over my knees with some teers. I put my hand around her shoulders.
She will sleep up to Sofia, 167 kilometers further.
Seen like that, it’s almost easy to cross the Balkan border.
We’ve made it ! Zehouania D., a young Syrian girl, became provisionally Christelle M., a young French girl, has just entered into Europe.

By a curious coincidence, the film’s background music on the screens of the bus is “Stoned” by Dido :
“With this freedom maybe, maybe you will find some peace”

Why have truck drivers to wait a so long time (a few hours) to enter Bulgaria from Greece as trucks freight are not carrefully checked ?

© Thierry Birrer