Entreprises citoyennes, connectez-vous.

Entreprises citoyennes, capitalisme conscient, entreprises d’utilité publique, label B Corp, entreprises à mission,… la liste des nouveaux noms est interminable pour désigner le mouvement international majeur qui rassemble tous ceux qui font du business différemment.
Car, si le phénomène est désormais massif et soutenu par les acteurs de la société civile, par des dirigeants politiques, il semble urgent de faire le tri entre les modèles à suivre. Comment mesurer le succès ou l’échec des transformations engagées ? Comment différencier au sein de ces acteurs économiques d’un genre nouveau, les prétendants — ceux qui ont l’intention de changer — et les contributeurs — ceux qui explorent, engagent et agissent pour transformer leur organisation et leurs relations à leurs écosystèmes. Et surtout, comment modéliser lesexemples à suivre pour que ce mouvement grandissant des entreprises citoyennes — celles qui s’engagent donc, pour maximiser également leur impact positif et non plus leurs seuls profits — puisse être plus vaste, plus vertueux.

Comment. Les questions concernant les moyens sont nombreuses et certains acteurs ont des réponses. Au cours des dernières années chez Thinkers & Doers, nous avons rencontré, lors de notre cycle de rencontres internationales Follow the Leaders, de très nombreux dirigeants, décideurs, entrepreneurs, chercheurs qui sont dans cette démarche et cherchent des réponses à ces questions. Les États Généraux des Entreprises et des Entrepreneurs Citoyens qui ont lieu au Maroc, à Essaouira les 30 juin et 1er Juillet, sont une manière de répondre à ces interrogations, de proposer un cadre de réflexion et d’action. À Essaouira — cette cité magique où se perpétuent les valeurs d’échange et de vivre ensemble — 100 thinkers et doers se réunissent pour partager leurs réflexions et leurs expériences, pour modéliser des projets de transformation qu’ils ont implémentés dans leurs organisations, observés dans leurs écosystèmes. Ils viennent du monde entier pour rédiger la Déclaration d’Essaouira, qui sera présentée au G20 et au Sommet de l’Union africaine. Ce rapport a vocation à inspirer, proposer des solutions à tous les acteurs économiques qui s’engagent pour le bien-être de leurs écosystèmes, de la société, de l’environnement.
Les États Généraux rééditeront chaque année ce rapport ‘’La Déclaration d’Essaouira’’ qui recensera et suivra les meilleures pratiques, les dirigeants les plus engagés sur leur manière de conduire leur business pour que les profits et l’impact social, environnemental soient maximum.

Plusieurs règles semblent guider ces leaders engagés. Quelques principes se dégagent des discussions que nous avons pour préparer ce rapport et les interventions des participants.
Nous nous rejoignons ainsi sur le fait que les seuls dirigeants qui réussissent à engager leurs entreprises dans cette démarche sont ceux qui sont convaincus que donner du sens, trouver une vocation sociale ou environnementale… est la seule manière de faire du profit durablement. Face aux dérives des 20 dernières années, d’une économie libérale guidée par des impératifs financiers de court-terme, il est désormais impossible que la quête de profit se fasse au détriment de la société. Car, en créant de la valeur pour son propre compte uniquement, l’entreprise détruit de la valeur pour son écosystème. Nous sommes loin des démarches RSE ou philanthropiques. Mettre ses engagements sociétaux au cœur de son business model est la seule manière de faire de la croissance. Jacques Attali, lors d’une de nos conversations a appelé cela ‘’l’égoïsme altruiste’’. Ce premier principe peut en effet se lire avec cynisme. Il y a également un angle plus pragmatique : l’entreprise citoyenne doit désormais renverser le système de pensée classique. Et c’est une bonne nouvelle car il énonce un principe nouveau : désormais, la convergence des intérêts individuels n’est plus le premier levier de croissance durable. C’est la convergence des intérêts collectifs, la prospérité de son écosystème qui permettra la croissance ‘’individuelle’’.
Cette pensée se développe partout dans le monde. En Afrique, un grand groupe, l’OCP se place aux avant-postes de ce mouvement et fait de principe, la clé de son développement. L’entreprise met en œuvre des programmes en interne mais également avec les parties prenantes de son écosystème qui sont considérées comme des partenaires. Un programme, Act For Community, a été développé dans cette logique pour engager les collaborateurs de l’entreprise à mettre à leur disposition leurs ressources et leurs savoir-faire pour des acteurs locaux pendant 4 semaines par an. C’est également la démarche de Whole Foods, l’entreprise de John Mackey, qui a développé le Community Giving Days, jours pendant lesquels 5% des profits des ventes sont distribués pour financer des projets entrepreneuriaux et sociaux locaux.

Nous notons également un autre principe fort, sur lequel tous les intervenants s’accordent. Au-delà d’un impératif social très local, la préoccupation est beaucoup plus large, mondiale. ‘Il y a en ce moment quelque chose qui nous dépasse tous, de beaucoup plus grand et de très urgent’’, précise André Azoulay, conseiller du Roi du Maroc et fondateur de l’Association Essouira-Mogador qui accueille l’événement des États Généraux à la Fondation Dar Souiri. Il faut des changements forts pour répondre aux enjeux urgents de notre monde. Il faut des acteurs du changement courageux, créatifs, agiles et qui ont besoin de travailler, de parler ensemble pour réussir. Les entreprises et les entrepreneurs peuvent contribuer à changer la donne. Dans cette même veine, nos chercheurs, les modérateurs de nos ateliers de travail, Lex Paulson, Maurin Soriano, Tatiana de Feraudy, Benoit Fressier expliquent ainsi ce besoin de collaborer entre les acteurs économiques et politiques. Le coût des destructions environnementales, dont le réchauffement climatique, se répercute de plus en plus sur les acteurs économiques. Les désordres causés par le développement des inégalités sociales ont un impact grandissant sur le fonctionnement des entreprises et les obligent à repenser leurs modèles. L’éducation des générations futures conditionnent la croissance du business. Claude Grunitzky, entrepreneur togo-américain, explique ainsi : ‘’avec TRUE Africa, ma structure dédiée à l’innovation numérique pour accompagner les entrepreneurs africains, je dois d’abord insuffler aux jeunes générations une manière d’entreprendre, un esprit. Le succès des entrepreneurs passera par leur capacité à former les futures générations. C’est ce qu’on doit faire désormais. A grande échelle. Et avec force en Afrique où le potentiel est très fort’’.
Enfin, et c’est le sujet qui revient le plus fréquemment, le besoin universel de créer du sens, des nouvelles relations entre les acteurs qui agissent sur la société et pensent autrement le développement économique. Et cette transformation qui touche l’ensemble de la société ne peut être le travail d’un seul acteur. C’est bien le rassemblement des idées, la coopération, l’engagement collectif entre des acteurs puissants, agiles, innovants et des leaders qui ont le pouvoir d’engager leurs entreprises, leurs gouvernements qui permettra d’amplifier, d’accélérer l’impact des entreprises citoyennes. Car c’est bien là le sujet aujourd’hui. La mise en réseau, la mise en commun pour une mise à l’échelle, une mise en mouvement plus forte des entreprises citoyennes.
