Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien… Soyons curieux !

Vous avez sûrement entendu parler de cette théorie qui prétend que Facebook a contribué à l’élection de Donald Trump. Si cette théorie ne peut à elle seule pleinement justifier ce choix des Américains, il est indéniable que Facebook y a contribué. Pour deux raisons.

La problématique de flux

La première, c’est la problématique de flux. Lorsqu’on s’abonne à des newsletters, à des pages Facebook, à des flux RSS, à des comptes Twitter ou YouTube, on fait des choix. Ces choix sont guidés par nos affinités, nos centres d’intérêt. Toutes ces sources nous alimentent en information et nous confortent petit à petit et inconsciemment dans cette zone que nous avons défini et croyons maîtriser. C’est un comportement humain. Nous ne pouvons lire tout et partout, tout le temps. Nous avons accès aujourd’hui à trop d’information. C’est presque une question de survie que de faire ces choix, surtout quand il s’agit de sujet tels que les élections américaines. Le problème se pose moins lorsqu’il s’agit de s’informer sur l’actualité de la boucherie d’en face.

Malheureusement, cette zone de confinement nous impose malgré nous des oeillères. A moins d’être dans une démarche active de recherche, d’analyse critique, de volonté de mieux maîtriser un sujet, où très vite s’impose la nuance, les particularités, les ramifications qui rendent l’histoire complexe, à moins donc d’être dans l’acceptation du doute — car oui, bien souvent, le savoir mène à toujours plus de questionnements que de vérités -, l’on est tenté au quotidien de se laisser bercer par nos croyances, nos préjugés, nos certitudes. Et ce flux constant nous caresse dans le sens du poil, nous renforçant toujours plus dans nos convictions.

Cet état de fait, c’est probablement la vraie problématique des réseaux sociaux où la prétendue objectivité de l’information est toujours relative au contexte de celui qui la lit. On ne vérifie plus la source de l’information, on se fie à ce que notre réseau partage, et par essence, les choix de lecture que l’on fait biaisent notre apprentissage, notre interprétation.

Alors oui, bien sûr, bon nombre de ces personnes qui ont décidé de voter pour Trump l’ont fait parce qu’ils ont été sans cesse alimentés par des actualités qui les poussaient, les confortaient dans leurs convictions, sans probablement prendre suffisamment de recul, sans investiguer, sans vérifier. Et s’ils l’avaient fait, s’ils avaient été éduqués à le faire, les choses en auraient sans doute été autrement.

La fausse information

La deuxième raison est plus tangible, mais néanmoins tout aussi malheureuse. Elle repose en fait sur la première et en tire un certain profit. Elle part de Macédoine, Véles. Des internautes programmateurs qui s’ennuyaient et cherchaient à gagner un peu d’argent ont créé des sites Web véhiculant des fausses informations, toutes plus grossières les unes que les autres. Rien à voir avec des sites comme Le Gorafi ou Nord Presse (en Belgique), volontairement satiriques, mais plutôt des sites gérés par des personnes sans état d’âme, sans particulière affinité avec Donald Trump ou sa rivale, ni pour leur personnalité, ni pour leurs programmes respectifs. Leur seul objectif? Gagner de l’argent grâce à la publicité affichée sur ces sites. Des sites très bien construits, ressemblant à s’y méprendre à des sites de presse officiels, avec des articles aux titres et aux visuels aguicheurs.

Ces jeunes macédoniens ont simplement exploité la crédulité des gens, et surfé sur la personnalité de Trump, sujette à de fortes et incessantes polémiques. Car oui, pour le coup, Trump lui-même a été un maître dans cet art d’haranguer les foules, tel qu’il a probablement souvent été bien au-delà de la créativité de ces jeunes journalistes fraudeurs. Enfin, non. Ce qu’ils ont fait n’a probablement rien d’illégal. Et même si leur initiative est assez critiquable, elle reste le fait de jeunes qui s’ennuient et qui tentent de gagner un peu d’argent, en exploitant le filon du Web et de ses dérives.

Le cas de la Syrie

J’ai beaucoup lu sur la Syrie et Alep ces jours-ci. Quand je parle de lecture, je parle de recherche, d’analyse, afin d’essayer notamment de vérifier une information que semble affirmer le maire d’Alep-Est, Brita Hagi Hassan, information selon laquelle les forces alliées à Bachar El Assad séparaient les civils quittant l’est pour l’ouest d’Alep, les hommes d’un côté, les femmes et enfants de l’autre, interrogeant tous les hommes âgés de 18 à 40 ans et les exécutant en cas d’implication avec la révolution, même sans avoir touché une arme, secouristes inclus, et forçant les autres à s’engager dans l’armée (source: Télérama). Seul un article de Libération faisait état de faits plus ou moins similaires, sans mentionner pourtant des exécutions systématiques telles qu’évoquées dans Télérama.

Nuage de tags du site Média Presse Infos

Brita Hagi Hassan a-t-il relaté ces faits? Télérama les a-t-il déformés? Libération a-t-il omis de les mentionner? J’ai voulu me tourner vers un jeune français vivant à Alep, Pierre Le Corf, un humaniste ayant fondé une ONG We Are Superheroes. Lui prétend dans ses différents témoignages que l’armée rebelle n’existe pas à Alep-est, que cette zone est exclusivement occupée par les jihadistes, qui martyrisent les civils. Plus récemment, et suite à la “libération” d’Alep, selon les dires des forces de Bachar, j’ai croisé d’autres informations, dont ce témoignage d’une Mère religieuse Agnès-Mariam de la Croix, du monastère de Qara, en Syrie, qui semble aller dans le même sens que ce que Pierre Le Corf dénonce: à savoir la terreur des gens d’Alep, martyrisés par les forces dites rebelles, qui selon elle, ne sont en fait constituées que de jihadistes extrémistes qui violent les femmes, tuent les enfants et empêchent quiconque de sortir de la zone de combat. Après analyse de la source (oui, malgré la piètre qualité du montage de cette vidéo, il m’a semblé que je ne pouvais pas tirer de conclusions sur le biais de cette source d’information), j’ai très vite compris que Média-Presse-Infos semblait tourné vers la cause catholique et extrémiste de droite. En témoignent le nuage de tags des articles de leur site.

Plus tard dans la journée, je voyais passer cette interview d’une journaliste canadienne Eva Bartlett qui dénoncait la manipulation des médias occidentaux à l’encontre de la Syrie prétendant qu’il n’y a pas d’organisations internationales sur le terrain à Alep, que les sources des journalistes occidentaux (L’observatoire syrien pour les droits de l’homme et les Casques blancs) sont corrompues, que les entreprises médiatiques occidentales militent pour un changement de régime en Syrie, et qu’enfin, elle soutient que l’armée syrienne n’attaque pas les civils. La vidéo est hébergée sur la chaîne YouTube de RT France, l’aile française de Russia Today, une chaîne de télévision financée par l’Etat russe. Très certainement donc une chaîne au-delà de tout soupçon.

https://www.youtube.com/watch?v=0DZSPy5KkWg

Un devoir : Tous des apprentis journalistes

Ma conclusion? Elle très claire. Soyons curieux, soyons critique par rapport à ces informations qui défilent. Entrecoupons, vérifions. Car oui, aujourd’hui, les nouveaux médias nous permettent à tous d’endosser le rôle d’un journaliste dans le sens de la mise en écho d’une information. Mais cette possibilité qui nous est offerte nous oblige également à faire ce travail journalistique, de veilleur d’information, qui consiste à vérifier ces informations, avec les moyens dont nous disposons, avant de relayer à notre tour impulsivement ce qui s’affiche dans notre flux.

Comment faire? Identifier les mots-clés, les sources, les noms, analyser une page de résultats de Google en supprimant d’office les titres identiques qui révèlent un relais sans analyse, aller consulter la section Actualités de Google et parcourir les quelques articles qui nous paraissent différents dans leur approche. Sans oublier Wikipédia, qui consitue, si pas la panacée, du moins une source indéniable pour pénétrer un sujet.

Les différents articles cités qui m’ont aidé à élaborer ce billet :

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