Top, départ !

La recomposition politique est en marche, mais gloser sur la fin du PS et des Républicains comme le font certains analystes est prématuré. Une opposition de bon sens, qui ne serait pas cantonnée (ou ne se cantonnerait pas) à pousser des cris d’orfraie, ne pourrait être que salutaire au bon fonctionnement de la démocratie.

L’enjeu du quinquennat à venir est colossal. Il est dans la continuité de la prouesse réalisée par le “start-upper” Emmanuel Macron qui, en treize mois et sans fléchir, a doublé tous les autres candidats… par la droite, par la gauche et par le centre. Il faut poursuivre sur cette lancée.

Condamné à réussir pour ne pas — d’aucuns le prédisent déjà — mettre le FN au pouvoir en 2022, le Président hérite d’une France pour partie insoumise et, c’est le moins qu’on puisse dire, pas franchement apaisée.

Si le tableau peut paraître sombre au premier abord, je le vois en fait lumineux. En effet, la conjoncture dans laquelle se trouve aujourd’hui notre pays est favorable à la constitution d’un gouvernement de coalition, dont nous sommes d’ailleurs en train d’assister à la genèse.

Emmanuel Macron est le Président idoine pour cela, lui qui a fait de l’absence de clivage un des fondements de son projet. Non par opportunisme ou par louvoiement comme on a pu lui reprocher, mais bien par esprit de synthèse, considérant qu’il y a du positif à prendre de toute part, pour peu que l’on se donne le temps de l’écoute et de l’analyse.

La recomposition politique est “En Marche!”. Le respect du pluralisme de sensibilités qui était un des marqueurs forts fixés par Emmanuel Macron pour les investitures “La République En Marche” a été respecté, même si des candidatures déchues ont donné lieu çà et là à des crispations compréhensibles, en particulier chez des marcheurs de la première heure. La constitution d’un gouvernement pluriel avec des figures emblématiques de différentes tendances en est la consécration.

Les détracteurs d’Emmanuel Macron, qui contestent sa légitimité au prétexte du nombre de voix obtenu au 1er tour, oublient qu’il s’agit là d’une caractéristique de notre scrutin majoritaire qui, depuis les réformes institutionnelle de 2000 (le quinquennat) et 2001 (l’inversion du calendrier des élections), dégage des majorités dont la première particularité est d’être minoritaires.

Non, à ce titre, Emmanuel Macron n’est donc pas une exception, mais contrairement à ses prédécesseurs, il a la clairvoyance de nommer un gouvernement d’union nationale, qui acte une recomposition. Il engage la responsabilité de celles et ceux qui, contraints de rompre avec le jeu des postures propre à l’alternance, ne pourront pas s’opposer à leurs anciens adversaires devenus leurs nouveaux coéquipiers. Cette fois, ils devront mettre en œuvre — ensemble — les réformes que leurs camps n’ont jamais pu faire séparément en exerçant tour à tour le pouvoir.

A chaque fois, en 2002, 2007 et 2012, les élections législatives ont conforté le choix de l’élection présidentielle. La seule véritable incertitude du scrutin à venir réside dans l’ampleur de la majorité parlementaire, dont bénéficiera le gouvernement, et les conséquences qui pourraient en découler.

Un score étriqué pourrait contraindre le gouvernement à chercher des alliances de circonstances et des compromis pour avaliser les réformes. Ce ne serait pas forcément un problème. Une opposition de bon sens, qui ne serait pas cantonnée (ou ne se cantonnerait pas) à pousser des cris d’orfraie, ne pourrait être que salutaire au bon fonctionnement de la démocratie.

Gloser sur la fin du PS et des Républicains comme le font certains analystes est prématuré. C’est aussi manquer de respect à ces partis qui, franchement, “en ont vu d’autres” ! La période qui s’ouvre devrait cependant les encourager eux-aussi à un renouvellement des visages et des idées. La promesse faite par le Président “d’instiller une dose de proportionnelle” à l’Assemblée nationale va dans le sens d’une meilleure représentation et d’une responsabilisation des partis politiques. De bon augure pour la suite…

La voie sur laquelle nous nous engageons promet-elle pour autant d’être une longue marche tranquille ?

Force est de constater que le cahier des charges est pour le moment rempli. Pour l’environnementaliste que je suis, la présence dans les candidats investis de personnalités comme François de Rugy, Barbara Pompili et Matthieu Orphelin (sans compter les talents qui ne manqueront pas de se révéler !), et la nomination inattendue de Nicolas Hulot comme super Ministre de la transition écologique et solidaire, sont au niveau de l’enjeu fondamental que constituent les problématiques environnementales au XXIè siècle.

Depuis son lancement, la trajectoire fulgurante d’Emmanuel Macron déjoue tous les codes et tous les pronostics, alors il y a fort à parier que les prochains mois réservent leur lot de surprises. Souhaitons-les toujours aussi bonnes !