Cette Afrique qui me saoule
Fifa
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Fifa, je comprends votre conclusion, mais pas votre démonstration…

Vous inversez la situation. C’est vous qui êtes la partie immergée de l’iceberg. Vous êtes la minorité. Toute l’Afrique ne tweete pas car elle n’a pas l’électricité ni de connexion, et ne sait pas toujours écrire. Toute l’Afrique n’ouvre pas un robinet pour voir couler l’eau parce que 51% de la population en Afrique Subsaharienne n’a pas accès à l’eau. Alors on la porte encore sur la tête, l’eau. C’est un fait: pas un cliché. Ça ne devrait pas vous soûler (mais vous révolter, peut-être?)

“Nous sommes la génération pour laquelle la fin du monde est un monde sans internet”: Mais vous c’est qui au juste? Non! 28 pays d’Afrique ont un taux d’accès à internet inférieur à 10%.

“Une génération qui n’a pas connu « cette identité africaine pure et dure » sans influences occidentales”: parce que vos parents et grands parents ont vécu avant l’esclavage, l’évangélisation, la colonisation, peut-être? Je ne comprends pas. Nul être vivant n’a connu ça, vous savez…

Non. Vous représentez la jeunesse éduquée, connectée, cultivée et c’est très bien pour vous. Mais peut-être est-il utile de quitter un peu la ville, de regarder les gens vivre (au lieu forger une pensée en suivant les tweets imbéciles et les comptes FB des usagers des capitales et de la diaspora), non?

Vous ne représentez pas l’Afrique plus que la mère en pagne. Pas moins non plus bien entendu. Alors quand je vous lis caricaturer les positions, je me demande pourquoi imposer cette nouvelle Afrique contre une Afrique ancienne. Les deux sont là! Elles communiquent! Elles se nourrissent et vivent ensemble. Et de là naissent les paradoxes, nous sommes d’accord là dessus, mais quelle richesse en cela! Qui parle alors de vivre en autarcie?

Fifa. J’habite une capitale africaine (et vous?). Ici on porte le pagne, on mange le fufu. On porte l’eau sur la tête. Et l’enfant dans le dos. Quand je lis que l’Afrique bouge, vit, qu’elle est dans le numérique, qu’elle est dynamique, qu’il y a des Steve Jobs et des start up à tous les coins de rue, je le sais et je le crois (même si je ne le vois pas tous les jours) Pourtant je ne crie pas au cliché ni au mensonge. Et ça ne me soûle pas…

Alors non, définitivement, il n’existe pas 54 Afriques, mais beaucoup plus. Avec beaucoup plus d’opinions, de manières de vivre avec les traditions, sans les traditions, avec internet, sans internet, avec machine à laver, sans machine à laver, avec FB, sans FB…

C’est ça aussi, l’Afrique existante. Dommage si elle vous soûle: elle est là.

(Et question clichés, si je puis me permettre: ma femme ne paie pas (toujours) l’addition au restaurant, mais a un compte facebook, une machine à laver, et est féministe. Étonnant, non? Quand à moi j’aime beaucoup Beethoven, et aussi l’Aloko…Suis-je malade?)

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