L’autre est la solution
D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours voulu changer le monde.
C’est ce qui m’a conduit très jeune à l’action collective : ONG, politique, tout était bon, du moment qu’on y agissait pour un monde meilleur, ou en tout cas qu’on prétendait le faire.
Les années passant, le doute n’a cessé de grandir. Est-ce que toute cette énergie individuelle et collective servait vraiment à quelque chose ?… Le monde dans lequel vivra notre fils sera-t-il vraiment meilleur que le monde que nous ont laissé nos parents ?
Et surtout, cette question lancinante : est-ce réellement comme cela qu’il faut s’y prendre ?
Je me rendais bien compte que quelque chose n’allait pas. Dans toutes ces réunions, dans toutes ces brillantes stratégies, il manquait un élément et de taille : les gens !

Toi, moi, vous, nous.
S’intéresser aux gens, simplement. S’intéresser à chacun et à tous. Ne plus craindre l’altérité, mais comprendre sa richesse.
Grandir ensemble et non prétendre faire grandir l’autre de gré ou de force…. Lui donner les moyens d’agir, de penser, d’être. Les anglo-saxons ont un joli mot pour cela : empowerment, capacitation citoyenne disent les francophones.
Mettre la bienveillance au cœur de nos relations. Comme une évidence.
S’occuper des gens plutôt que chercher à réformer la société. Simplement changer de point de vue. Choisir le petit bout de la lorgnette. Parier sur l’humain. Non pas sur l’humain, comme ça, de façon vague et indéfinie. Parier sur l’humain en chacun de nous.
Mais encore fallait-il trouver un mode d’emploi. Pas simple. Par où commencer ? A première vue le travail semble titanesque. Et l’actualité nous apporte chaque jour son lot d’événements ne faisant que nous en confirmer l’ampleur.
Et pourtant.
Et pourtant, si nous nous posons deux minutes pour réfléchir dans cette frénésie perpétuelle qui nous tient lieu de vie au 21ème siècle, que constatons-nous ? Qu’est-ce qui fait le sel de notre quotidien, de notre travail, de nos familles, bref, de nos existences ?
C’est un exercice salutaire. Par exemple, prendre un moment pour repenser aux années écoulées. A ce qui nous a rendu heureux, à ce qui nous a fait éprouver de la gratitude pour cette drôle de chose qu’on appelle la vie.
J’ai fait l’expérience. Passant en revue les années, l’une après l’autre, depuis 25 ans. Des rencontres. D’abord et avant tout des rencontres. Des femmes, des hommes, de tous les âges qui pour une raison ou pour une autre, pour un petit ou un long bout de chemin, nous font grandir, nous font rire, nous protègent ou nous bousculent…
Essayez, vous verrez.
Alors oui, aujourd’hui encore, plus que jamais, contre vents et marées, je crois en chacun d’entre nous et en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur, pierre à pierre, pas après pas.
En repartant du début : un, puis deux, puis trois, puis quatre, jusqu’à être des milliers, des millions. La société du lien dont on entend parler de plus en plus, c’est autre chose qu’un joli concept. C’est la relation qui nous unit à l’autre. Elle ne se décrète pas.
Nous sommes les seuls à pouvoir la construire à et la faire vivre. A chaque instant. Dans sa vie personnelle, comme dans son travail. Par chacun des actes que nous faisons au quotidien.
Arrêtons de croire qu’en franchissant la porte de l’entreprise nous devons mettre un masque et être quelqu’un d’autre. Soyons nous-mêmes. Assumons nos faiblesses, nos peurs, mais aussi notre grandeur, nos envies. Parions sur l’humain, avec l’intuition que les hommes et les femmes que nous sommes sont en avance sur les organisations qu’ils font vivre.

Retournons parler à notre voisin avec qui nous sommes fâchés pour une sombre histoire de poubelle / clôture / nuisance sonore / etc. (rayer la mention inutile). Retissons le lien de cette société fragmentée qui nous isole tant, qui nous affaiblit, qui fait de nous des spectateurs de nos vies.
Retrouvons la part de nous qui est dans tous les autres, comme celle des autres qui est en nous. Laissons nos écrans, nos machines, nos masques, nos petites histoires…
Retrouvons-nous !