La Team-Une DG au pays des Millennials-Episode10

Bénédicte Tilloy
Nov 5 · 4 min read

S01E10 : Le chill, le cool, le fake

Illustration : Aquarelle personnelle

Il aime les estrades et les lâchés de micro. Il a le verbe haut, la chevelure de mousquetaire et une chevalière à l’annulaire, preuve qu’on a beau faire dans les startups, on n’en est pas moins gentilhomme. C’est le genre à emballer les belle-mères et les clients qui pèsent. Il n’a pas son pareil pour marier le respect et l’impertinence. Bref, Gontran n’est pas le plus modeste, mais ce n’est pas non plus le moins sympathique.

Vers 19:00, on a toutes les chances de tomber sur lui, entouré de la cour des innovateurs du jour, attablés autour d’une bière. Si on s’attarde, on peut se faire inviter, y passer une grande partie de la soirée, avant de la prolonger dans les bars du quartier.

Mais même à des heures moins avancées, Gontran est sans conteste le meilleur pour ambiancer la Team. Un skill stratégique, vu que le vrai capital de de la Team, c’est l’ambiance. Elle exerce un pouvoir d’attraction magique sur tous les invités ou visiteurs de passage. Quitter un long couloir triste composé de bureaux tous semblables ou un open space dans lequel on chuchote, pour venir prendre sa dose de coolitude au TeamBar, c’est une expérience. D’où la tactique de sioux des bizdev : toujours se débrouiller pour faire venir les clients plutôt que de se rendre chez eux. Un, çà évite de se déplacer, deux, çà provoque un effet waouh.

La première fois, le presque futur client prend son shot d’étoiles dans les yeux. Une bière, un tour des lieux, on papote avec une startup, un selfie devant un scribing que Lucienne a réalisé lors du dernier atelier, et hop…autant d’armes de destruction massive de mauvais arguments budgétaires engrangées pour plus tard. Et si en plus, Alphonse ou Marcel vous ont laissé gagner au babyfoot…

A retenir : les scribings, ces dessins réalisés en séance pendant une conférence ou un atelier collaboratif, sont la meilleure synthèse qui puisse être faite des moments partagés par une équipe. Bien mieux que n’importe quel écrit, ils capturent les instants clés des échanges et laissent aux équipes une trace plus à même d’en ancrer les enseignements. On devrait apprendre à scriber dans les cabinets ministériels.

Gontran est un homme de goût. Il savoure les slogans fétiches, particulièrement le célèbre “fake it until you make it”, affiché partout sur les murs de La Team, ou son cousin pressé le “better done than perfect”. En gros, que votre projet soit puissant ou misérable, faites d’abord semblant avant d’être capable de le faire en vrai, dépêchez-vous de le commencer tout de suite, et ne perdez pas votre temps en raffinements inutiles.

C’est au nom de ces mantras de la Valley — tout le monde sait qu’on parle de la Silicon, mais c’est mieux de ne pas y faire référence — que des stagiaires tous bébés peuvent se bombarder experts d’un sujet, apprendre un jour une méthode et l’enseigner le lendemain à un comité de direction. La Team se régale de ces défis de potache, de ces rites initiatiques qui alimentent les conversations d’après minuit.

Gontran en rajoute toujours un peu, notamment devant les intrapreneurs, ces cadres de direction qui lâchent leurs mauvaises habitudes pendant 6 mois pour venir apprendre avec la Team l’art d’entreprendre.

Les pauvres prennent un peu cher pendant le premier bootcamp, la colonie de vacances pour adultes depuis lesquels ils envoient à leurs collègues en open spaces des photos de groupes en mode Koh Lanta.

Quand on a passé sa vie dans un grand groupe, on s’est entrainé à l’inertie. Sachant qu’il faut en faire des tonnes pour bouger des grammes, on a parfois prudemment laissé les autres s’en occuper.

La Team a eu beau consigner l’humilité dans le recueil de ses valeurs, le succès que remportent Gontran et ses acolytes devant leur auditoire d’intrapreneurs pourrait leur tourner la tête. Fort opportunément, des propales qui devaient passer à l’aise, ou des projets sur lesquels beaucoup de temps a été investi ne débouchent pas toujours sur les résultats attendus. “Fail it until you make it”, aussi. L’échec est apprenant.

Soyons francs, ces concours de rites ne sont pas toujours du goût de tous et d’ailleurs, ni Adélie, ni Madeleine, ni Lucienne ne les affectionnent particulièrement.

Vous ne connaissez pas Adélie, au fait!

Adélie met beaucoup de soin à grandir et prête attention à sa petite lumière intérieure. Elle avance consciencieusement à la découverte de ses talents. Comme il n’y a de place nulle part et qu’elle répugne à s’imposer, on la trouve souvent accroupie contre un mur, ou dans les escaliers, son ordinateur sur les genoux, concentrée sur sa tâche. Quand on la dérange, elle émerge. Quand on lui parle, son visage s’éclaire, et ses mains commencent à danser. C’est elle qui sait trouver les perles pour staffer les projets.

Très énervant de la voir se faire couper la parole par l’un ou l’autre de ces petits messieurs un peu arrogants. Le mansplaining n’attend manifestement pas le nombre des années .

Chers “He for She”, aidez-nous à lutter contre cette maladie qui fait rage dans les cercles de pouvoir et qui consiste à se faire expliquer par un monsieur condescendant un sujet qu’on maitrise souvent mieux que lui.

Mais, revenons à notre mousquetaire et grâce à lui, finissons en beauté : son talent a encore frappé, qu’on se le dise, une nouvelle promotion d’intrapreneurs est annoncée. Fraîche caillasse est avancée.

…la suite, mardi prochain…

Evidemment, certaines ressemblances ne sont pas fortuites. J’ai juste un peu brouillé les pistes, changé les prénoms, et remasterisé quelques situations. Mais l’essentiel est là…

Bénédicte Tilloy

Written by

Atelier Transfo Sociale SNCF, Pdte Institut Métiers Orange, Cofondatrice France Apprenante, Board Member Wingzy, Auteure de la Série #LaTeam

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