Faut-il féliciter Mark Rutte ?

16 mars 2017, François Hollande se joint à Angela Merkel pour féliciter Mark Rutte. Ce premier ministre dont le parti est arrivé en tête des élections législatives néerlandaises tout en perdant 8 sièges. Ce premier ministre dont le parti dirigeait le pays avec l’appui non participatif du PVV de Geert Wilders. Celui-là même que l’on a défini comme le loup de cette élection. Il l’est, clairement, mais l’ironie est ailleurs. C’est le retrait de ce dernier de la coalition gouvernementale, et son refus de voter le budget 2017 qui a provoqué la démission de Mark Rutte.

Peux-t-on féliciter ce dernier alors le corps électoral a augmenté, que le pourcentage de vote exprimé a explosé (à 81% soit presque un +7%) et que dans le même temps son parti a perdu 6.5% de votants (en nombre de voix) ? Vu comme cela, c’est moins sûr.
Peut-être le félicite-t-on d’avoir su résister à un parti en expansion sur des thématiques identitaires, xénophobes et euro-sceptiques ? Chose dont rêveraient de se targuer beaucoup dans les mois à venir, lorsque ces partis font 49% au second tour en Autriche (si ce n’est plus au final), menacent de s’installer à l’Élysée, d’avoir pignon sur rue au Bundestag, et ont réussi à obtenir le Brexit. Résistance ? Perdre 8 sièges sur 41 est-ce resister ? 20% de siège en moins dans une perspective propice au vote utile ? Là encore, on peut, pour le moins, douter….

Et encore plus lorsque l’on observe le moyen de cette résistance : le retour de Mark Rutte (si l’on se fit aux sondages, mais le faut-il encore ?) semble être la conséquence du refus de l’entrée sur le territoire néerlandais d’une ministre turque pour un meeting en vue du referendum sur la constitution turque. Le propos n’est pas de défendre la future démocrature turque et l’ego sur-développé et dangereux de Erdogan (loin de là!). Mais n’est-ce pas ce que lui même demandait ? A déclencher des meetings partout en Europe ? Pour pouvoir dire “Les Européens ne veulent pas de nous, ils ne nous ont jamais voulu” et se placer en defenseur des interets turques, victime des européens sans parole? Mark Rutte a saisi la perche car elle lui permettait d’apparaitre comme un rempart protectionniste : un Wilders soft (ironie quand tu nous tiens).
L’Europe ouverte et des futurs possibles est-elle en train d’applaudir un appel du pied droit dont Nicolas Sarkozy et David Cameron s’étaient faits champions ? (avec les résultats que l’on connait)

Tous ces aspects font que non, on ne peut pas féliciter Mark Rutte. Ce d’autant plus que cela semble être une incompréhension du système politique néerlandais. Lorsque en France, le PS gouverne seul, le parti ‘vainqueur’ l’est avec 20% (lire vingt fucking pourcent). On déclare le PS mort, mais qu’en dirait-on à 20%? L’assemblée néerlandaise des représentants est bien plus disparate. On est loin du bipartisme, dans lequel nous ne sommes pas encore totalement. Cela nous laisse supposer une culture de la négociation rendue nécessaire pour arriver à une coalition.(Bon c’est aussi un système des partis mais c’est une autre lutte). Féliciter Mark Rutte c’est donc acclamer le vote utile, le porter sur ses épaules aux yeux de l’Europe et dire :”C’est ce qu’il vous faut faire pour lutter contre la xenophobie et le protectionnisme”. On commence à comprendre le message…

Geert Wilders représente la deuxième puissance du pays. Ce n’est pas un succès pour les forces progressistes et humanistes. Il y a un message de refus, une cassure nette, qui persiste, même si les sondages(faut-il les croire?) l’annonçait un temps à 40 sièges (20 aujourd’hui).
Cependant, malgré ce contexte de vote utile, malgré cette montée de la contestation (+5 sièges), un François Hollande un peu plus ambitieux, ou plus socialiste que technocrate, si il avait voulu se rappeler aux heures des ses promesses de 2012, aurait pu féliciter la gauche verte en hausse de 10 sièges, le parti des animaux (+3 sièges) et la relative résistance du parti socialiste, qui perd un siège, de 15 à 14 parlementaires. Des partis qui portent des ambitions pour la société plutôt que de vouloir limiter la casse, et qui tiennent en contexte de vote utile.
Mais non, on salue le collègue de travail au conseil de l’Europe, de centre droit.

Pour terminer, un fait intéressant est de remarquer que l’on a félicité un homme, comme un boxeur après un brillant combat. Si victoire il y a, elle est aux points (76 places sur 150 dans une coalition à 4). Et surtout, toute la journée, ce sont des citoyens qui sont allés voter. Ils sont allés voter selon leurs intérêts et/ou opinions. Si il y a jamais un succès ce serait le leur.
On pourrait me répondre que c’est la campagne qui conditionne le résultat du vote mais ce serait dire que nous sommes “administrés” à faire ce que l’on nous incite à faire, et voter, non pas en âme et conscience, mais comme on nous incite à le faire. Comme ces propos légitimeraient tout vote contestataire, tout refus du systeme, je ne suis pas sûr qu’on ose me le répondre. Et pourtant ...

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