Démocratie, innovation, si c’est “ouvert” c’est forcément un leurre ?

Les buzzwords ont la vie dure. Depuis la démocratie participative de Ségolène Royal et l’avènement des réseaux sociaux en parallèle d’une économie dite “collaborative” tout cela a beaucoup été théorisé et discuté. A la vitesse où va l’information et avec des citoyens toujours plus concernés et connectés le mythe était en passe de devenir réalité.

Imaginez donc une société où la politique serait faite par le peuple et pour le peuple. Un retour aux sources et à la définition que l’on apprend à l’école de la République…

Cet idéal a pris de l’ampleur avec le développement de nouvelles plateformes rendues possibles par l’avancée du numérique. La CivicTech était née. Avec des initiatives aussi variées dans leurs formes que dans leurs bénéfices réels. Aujourd’hui ce lien entre les acteurs publics et la société civile est loin d’être évident malgré les centaines de congrès, salons et autres rencontres. Il se pourrait même que cette volonté d’ouverture soit même plutôt un écran de fumée, un leurre, selon plusieurs acteurs majeurs de cette Civic Tech à la française.

A la veille du Sommet Mondial du Partenariat pour un Gouvernement Ouvert, des associations et collectifs signent un appel pour dénoncer ce double discours, les voici : April, BLOOM, DemocracyOS France, Fais ta loi, Framasoft, La Quadrature du Net, Ligue des Droits de l’Homme, Regards Citoyens, République citoyenne, SavoirsCom1.

Une bonne dose de “démocratie ouverte washing” ?

Cela pourrait être en substance le résumé du bilan dressé par ce collectif dans un document que je vous invite à lire. Comment donner du crédit à des initiatives pour ouvrir les institutions publiques aux citoyens en assurant les écouter, alors que les libertés fondamentales sont menacées via différents projets de loi déjà adoptés ou en passe de l’être ?

Comment imaginer que cela puisse aboutir quand de nombreux choix, notamment technologiques, font le jeu des lobbys et des grandes multinationales, pourquoi pas à grand renfort de conflits d’intérêts ?

Une simple opération de communication ?

Pour être honnête mon domaine c’est plutôt la communication et le marketing. Un peu moins la communication politique pure et dure. Mais ce phénomène est justement très similaire à ce qui peut se passer dans de nombreuses grandes entreprises. Avec une bonne dose de “transformation numérique”, les “CDO” (Chief Digital Officer, pour les non initiés) font avancer les mammouths de l’économie française pour en faire des startups agiles.

Avec un management plus moderne, des process “digital first”, des super open space pour que tout le monde travaille ensemble sans vraie hiérarchie. A l’américaine, en mode participatif et même collaboratif ! Pour en discuter régulièrement avec des anciens camarades ou collègues en poste dans ces pépites françaises on est souvent (très) loin du compte.

Et que dire de l’open innovation ? Véritable levier d’accompagnement des jeunes pousses par les grands groupes, ou opération de communication à grande échelle pour faire croire qu’on fait bouger les lignes ?

En 2016 il faut être ouvert et collaboratif. Peu importe que cela se traduise réellement dans les faits. Le problème est bien là. Dans le public comme dans le privé. L’innovation à tout prix s’apparente plus à du “open washing” qu’à de véritables avancées sur le long terme.

Quand le long terme à l’échelle politique est de quelques années, un quinquennat tout au plus, on comprend mieux cet empilement de mesurettes de façade. Dommage. Idem pour beaucoup de grandes entreprises qui cèdent aux sirènes des gourous de la “transformation digitale” pour aller dans le sens du vent sans se poser toujours les bonnes questions : dommage.

Dans beaucoup de cas, comme le dit le collectif à propos du Partenariat pour un Gouvernement Ouvert, ce n’est qu’un leurre. En attendant mieux ?

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