2002 forever

En ce moment il y a ce mème amusant qui circule sur Twitter «moi au début de 2016, moi à la fin de 2016".Je réalise aujourd’hui que la plupart de ces mèmes représentent assez bien mon moi de 2002.

Au début 2002, je m’apprêtais à choisir ma future thèse avec l’espoir d’un gouvernement qui allait investir dans la recherche selon la stratégie de Lisbonne http://tomroud.cafe-sciences.org/2011/09/05/3-la-regle-dor-oubliee-de-lisbonne/. A la fin 2002, je commençais ma thèse et on sentait déjà que ça allait être dur, sur le mode SLR.

Entre temps est passé le 21 avril. Et je me souviens maintenant que cet arrière goût de vomi, cette angoisse que j’ai ressentie après l’élection de Trump, je les déjà expérimentés en France alors.

Sur Twitter, je me chamaille régulièrement avec certains jeunes chercheurs qui me disent qu’il y en a marre de «voter utile», que «rien ne change», que «droite et gauche c’est pareil». Souvent je cite cet exemple de 2002: je pense sincèrement que si Jospin avait été élu, la recherche française de ces 15 dernières années aurait été bien différente. Et donc il est fort probable que ma vie à moi aurait été différente (pour le meilleur ou pour le pire). C’est un argument qui est un mélange d’intérêt personnel, d’intérêt général (financement de la science), et aussi de simple constatation qu’une élection est un jeu à somme nulle, et qu’on aurait croire de penser que l’identité d’un gouvernant n’a aucune conséquence sur sa propre vie.

Un des arguments que j’utilise souvent est le nombre de bourses de thèses. C’est très concret (loin de l’argument philosophique homme de paille du «vote utile»), et concerne directement beaucoup de twittos jeunes chercheurs «précaires».

Et ce matin donc:

Non, je ne suis pas surpris que des bourses de thèses disparaissent, mais dans notre nouveau monde, il y a toujours cette triste part d’inattendu: que des sujets de recherche «qui ne plaisent pas» soient spécifiquement visés. Il est vrai que Trump montre l’exemple aux US, qualifiant l’observation de la Terre par la NASA descience politiquement correcte. https://www.theguardian.com/environment/2016/nov/22/nasa-earth-donald-trump-eliminate-climate-change-research?CMP=Share_iOSApp_Other

Alors oui, quel que soit le résultat des élections de 2017, il y a des gens dont la vie va changer. Des gens qui auraient peut-être eu des financements qui n’en auront pas. Des connaissances qui auraient pu être produites à un moment donné qui ne le seront pas. Les connaissances s’en remettront peut-être, les gens je ne sais pas. Et on peut évidemment tourner cet argument «de l’autre côté» en disant que, peut-être, des entrepreneurs ou des petits commerçants ne se remettront pas ou ne se sont jamais remis de l’élection d’un gouvernement de gauche.

Le vote, l’abstention, le vote blanc ne sont pas inconséquents. Le vote ouvre ou renforce des possibilités de politique, et en ferme d’autres. Certains écologistes américains appelaient ainsi à voter Clinton non pas parce que sa politique écologique était satisfaisante, mais parce qu’elle était la seule susceptible d’écouter leurs arguments et donc in fine de mener la bonne politique (modulo une bonne dose de lobbying). C’est peut-être moins sexy que le vote de conviction, mais la politique américaine de ces jours-ci illustre en permanence la pertinence de cette vision. On devrait en tirer les leçons en France, j’aimerais ne pas ressentir en 2017 ce petit arrrière-goût de vomi de 2002, avec son inévitable triste part d’inattendu.