Pourquoi il faut donner des points aux interventions des étudiants en classe ?

Ce dernier semestre, nous avons voulu, avec deux de mes collègues, significativement augmenter la participation de nos étudiantes pendant nos cours sous forme de petits travaux de groupe, de petites présentations et même simplement sous forme d’interventions. Intuitivement, nous nous sommes dit que ce serait stimulant pour nos étudiantes d’être notées pour chacune de leurs contributions. Rapidement, nous avons mis en place le scénario suivant :

  • 10% des points de l’examen de fin de semestre seront gagnés pendant les cours sur les contributions décrites ci-dessus.
  • Un certain nombre de ces participations seront obligatoires et 70% de rendus seront nécessaire pour pouvoir se présenter à ‘examen final.

Afin de maximiser les participations et collaborations actives dans nos cours de management et gouvernance informatique nous avons mis en œuvre deux méthodologies, l’une découlant de la pédagogie, à savoir la classe inversée et l’autre découlant de la gestion de projet informatique, a savoir la méthodologie Scrum.

La technique de classe inversée, qui part simplement du principe que l’on peut enseigner mais que c’est l’élève qui apprend, propose, lorsque le matériel existe que l’étudiante apprenne seule et avant le cours en consultant la matière sur des supports sans que le professeur n’intervienne. Le temps de la classe est alors consacré à un échange constructif car l’étudiante est déjà initiée.

La méthodologie Scrum met en avant des éléments fort à propos pour notre expérience tels que l’implication, l’auto gestion et la flexibilité. Cette méthode place les intervenant devant leurs responsabilités et met en place des outils pour assurer une autonomie et une responsabilité directe sur ses tâches. Les étudiantes ont donc, en tant que “product owners” du cours, été organisatrices du cours, elles ont décidé de l’ordre des chapitres et aussi de la forme des enseignements. Toujours, en mettant en œuvre les outils de Scrum, les étudiantes se sont impliquées dans tous les rôles tels que celui de client dans les sprint review, d’équipe de projet dans les différentes activités pédagogiques et de scrum master pour animer les daily scrum.

L’enseignement traditionnel souffre d’une concurrence déloyale devant les autres activités très stimulantes que les étudiantes trouvent en dehors des cours constate Jean-Philippe Lachaux cité dans le dossier “grand angle” de l’édition du 19 janvier de l’Hebdo qui m’a inspiré ce billet. La journaliste Sylvie Logean y décrit le “circuit de la récompense”.

C’est pourquoi, il faut donner des points aux contributions des étudiantes en classe. Cette théorie est aussi communément appelée la “Carotte”. Je n’aime pas beaucoup cette simplification mais elle permet d’initier et d’éclairer notre expérience. Oui, c’est un fait, même si les méthodes, dans notre cas “la classe inversée” et “Scrum” sont très pertinentes, à elle-seules elle risquent de ne pas stimuler l’attention et l’engagement des étudiantes tout au long d’un semestre de cours de 3 périodes hebdomadaires. Donner des points est une technique simple qui “oblige” les étudiantes à une engagement en les récompensant mais, ce n’est pas seulement simple, c’est aussi permettre à des temps de classe de pouvoir se comparer à des activités qui paraissent plus excitantes tels que des jeux sur écran ou le simple fait de recevoir des “likes” sur ses publications Instagram. Les ponts obtenus et monnayables dans l’examen ont donc un double effet : primaire comme éléments quantitatifs de la note et, secondaire, en tant que stimulant la dopamine du cerveau, qui comme l’explique notre article de référence, servira de moteur de motivation en réaction au plaisir de recevoir des bons points en récompense d’une présentation d’un travail de groupe ou une bonne intervention dans une activité interactive.

Ce texte a été mis au féminin bien que la classe d’informatique comptait bien plus d’étudiants que d’étudiantes mais c’est notre façon de mettre en avant les jeunes femmes qui nous font l’honneur de suivre une filière encore très, trop, masculine.